Quelques questions pour François Legault

Droite québécoise - Force Québec



Groupe de réflexion, club de désenchantés, mouvement ou parti politique, retour des «lucides», on ne sait trop, mais, malgré le peu de détails dont on dispose, la rencontre organisée il y a quelques semaines par François Legault a été suffisamment prise au sérieux pour faire les manchettes. C'est surtout au Parti québécois que l'initiative a fait le plus de vagues et cela se comprend: malgré le désenchantement populaire, malgré la grogne à l'égard du gouvernement Charest, le PQ fait du surplace, incapable de transformer en appuis le rejet massif du premier ministre et l'odeur nauséabonde qui plane sur son gouvernement.
La composition éclectique des gens réunis autour de MM. Legault et Facal rend hasardeuse toute prédiction précise quant à ses orientations futures même si on a tout de suite qualifié de droite la formation politique qui pourrait naître de cette démarche. Ce que l'on sait en tout cas, c'est que ses instigateurs voulaient qu'elle soit rendue publique.
Peu importe l'orientation politique, il faut se féliciter que des hommes et des femmes de valeur prennent suffisamment à coeur l'avenir de la société pour y consacrer du temps, y réfléchir et contribuer au débat public, sinon à la lutte politique. Notre société souffre de désengagement collectif. Relancer des débats de fond nous rendrait déjà un grand service.
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Selon les fuites bien organisées qui ont provoqué la nouvelle, le groupe de François Legault souhaiterait situer sa réflexion en dehors de la question nationale. Cela est-il possible? On peut le souhaiter. Tous nos choix, toutes les options, toutes les propositions, peu importe le domaine, sont inlassablement mesurés à l'aune de l'avenir et du statut de la nation. Toutes nos difficultés seraient dues à la perversion fédéraliste qui paralyse la volonté nationale, tandis que tous nos succès et nos avancées seraient le fait de notre appartenance au Canada et aux vertus du fédéralisme. Cette grille d'analyse simpliste paralyse tous les débats et tous les choix. Cette polarisation permanente, qui va jusqu'à influencer les élections municipales et, donc, la collecte des ordures et le déneigement, exclut (à tort ou à raison) les anglophones et la majorité des allophones du choix démocratique. Cet électorat ne tolère que des ordures canadiennes. On peut le leur reprocher, mais cela ne mène nulle part. Ce groupe, en revenant à la formule de Daniel Johnson père — «L'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l'indépendance» —, ouvrirait un débat nécessaire que nous avons évité depuis quarante ans, nous contentant de ceci: le fédéralisme ou l'indépendance constituent la condition sine qua non de l'épanouissement de la société québécoise. Et s'il fallait poser la question à l'envers et se demander ce qui ne fonctionne pas: «nous» ou les «autres»? Quelles sont nos propres responsabilités? Voilà un sujet sur lequel ce groupe de réflexion devrait se pencher.
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Dans le domaine économique, par exemple: pourquoi les collectivités locales ne sont-elles prises en compte qu'en dernier lieu et seulement si elles manifestent leur colère? Pourquoi tous les gouvernements (PLQ et PQ) ne privilégient qu'un seul modèle de développement économique, celui du privé, peu importe les situations? Quels sont les coûts réels de la pauvreté en matière d'éducation, de santé et d'exclusion? Est-ce que la lutte contre la pauvreté ne pourrait pas être considérée comme un investissement productif au même titre qu'une subvention à une entreprise de biogénétique?
Dans le domaine de la santé se posent des questions de principe et des problèmes hautement concrets et pratiques. Comment expliquer sans faux-fuyant que le CHUM sera inauguré avec dix ans de retard sur l'échéancier? Est-ce dû à une totale incompétence des gestionnaires et des mandataires ou à un fonctionnement engorgé et totalement désorganisé de l'ensemble de nos structures de décision collectives? Comment se fait-il que le Québec ne réussisse pas à informatiser les dossiers médicaux au même rythme que les autres provinces, qui reçoivent pourtant les mêmes transferts fédéraux que nous? Incompétence de la fonction publique ou négligence gouvernementale? Nous savons depuis des lunes que les urgences sont engorgées par des personnes qui n'y ont pas d'affaire. Pourquoi aucun gouvernement n'a-t-il réussi à mettre sur pied des services de première ligne, même si tous savaient que c'était le meilleur remède? Et enfin, au chapitre des grands principes: existe-t-il des systèmes qui garantissent un accès égalitaire aux soins tout en faisant appel au privé ou en remettant en question l'universalité du système? Pouvons-nous sortir de l'opposition entre le public et le privé?
Enfin, en éducation: pourquoi sommes-nous incapables d'enseigner le français, pourquoi les enseignants parlent-ils mal le français et pourquoi continuer à défendre cette langue si nous ne sommes pas disposés à l'enseigner correctement?
M. Legault et ses amis répondraient à quelques-unes de ces questions que l'existence de ce groupe serait amplement justifiée.


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