Pas de propagande indépendantiste dans les écoles...

Mais la propagande fédéraliste est bienvenue à partir de la maternelle!

Parlons de souveraineté à l’école


On en convient, la stratégie ayant mené à la publication par Les Intouchables d'un ouvrage du Conseil de la souveraineté du Québec (CSQ) intitulé « Parlons de souveraineté à l'école » et destiné aux professeurs du Québec pour enseigner les bienfaits de l'indépendance à leurs élèves était des plus maladroites. Avec tout le temps que la préparation de ce guide a exigé, on se demande vraiment comment il se fait qu'aucun artisan dudit projet n'ait, à un moment ou un autre, pris conscience que l'angle d'attaque retenu ne pouvait que placer le Conseil dans une position fâcheuse.
Il était plus que prévisible que les chroniqueurs liberticides du Québec accuseraient le CSQ de faire dans la propagande primaire. Considérant que tous au Conseil devaient bien savoir dès le départ que les guides ne se retrouveraient jamais en classe, alors pourquoi avoir ainsi visé bien inutilement l'école ? Pourquoi, ne pas avoir plutôt destiné ce livre, au contenu tout à fait pertinent, à l'usage des parents ? Le CSQ aurait alors pu vendre son projet en arguant qu'il est important d'impliquer, de toutes les façons possibles, les parents dans l'éducation des enfants et que la question nationale doit faire partie de leur formation de citoyen. Tous, ou à peu près, auraient opiné du bonnet. Les parents auraient alors été libres de se prêter ou pas à l'exercice politique ainsi proposé judicieusement par un CSQ qui aurait ainsi atteint l'objectif qu'il s'était fixé sans susciter des grincements de dents à plus finir.
Cela ne veut certes pas dire que le CSQ a tort sur tout la ligne dans cette histoire. Loin s'en faut ! Mais bien que Gérald Larose ait tout à fait raison, par exemple, quand il soutient que les jeunes du Québec doivent avoir accès au discours indépendantiste tout aussi facilement qu'à celui des fédéralistes, dernier discours qui, contrairement au premier, monopolise les différents canaux médiatiques, nul ne semble avoir le courage d'abonder dans le même sens que lui. Tous préfèrent frapper sur le CSQ et son guide, sans apporter les bémols qui s'imposent. Faut-il s'en étonner ?
Pas vraiment, et ce, parce qu'au Québec, la politique du deux poids deux mesures s'applique toujours aussi hermétiquement quand il est question de la question nationale. Cette politique qui impose cette fois que toute la classe politique et journalistique n'ait de cesse de déchirer sa chemise depuis que le CSQ, une organisation non financée par l'État, a osé mettre de l'avant - honte à eux !- une stratégie de propagande. Tel est le premier traitement que l'on réserve toujours, à quelques variantes près, aux indépendantistes au Québec.
Le deuxième traitement, lui, est gentillet, doucereux, mielleux, et est strictement réservé aux fédéralistes, on s'en doute. Il impose que toute cette même classe politico-journalistique déchaînée contre le CSQ et son petit guide feigne simultanément d'ignorer que le fédéral fait bien pire dans nos écoles, en développant des projets de propagande qui sont cette fois financés à l'aide des deniers publics. Comme quoi, le maître (et non papa) a toujours raison !
Afin d'étayer nos dires, rappelons qu'un article du 16 mai 2005 paru dans La Presse sous la plume d'Hugo Meunier et intitulé [« Les commandites à la maternelle » ->666](le seul qui fut publié à ce sujet, et ce, dans tous les médias du Québec) révélait que le gouvernement fédéral canadien envoie une quantité impressionnante de matériel de propagande dans les écoles du Québec (et ce dès la maternelle!!!) sans que personne ne s'offusque, pas même Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec, lui qui a dénoncé le CSQ à hauts cris, jouant ainsi ridiculement aux vierges offensées.
Concrètement, cet article nous apprenait que « des documents intitulés Le Canada se souvient de la campagne d'Italie, Faites découvrir le Canada et sa capitale à vos élèves, des vidéocassettes sur le sénat, la Chambre des communes ou sur les règles de sécurité de la GRC, et même un guide sur les services gouvernementaux du Canada pour les enfants et leur famille » sont envoyés régulièrement aux enseignants qui peuvent d'ailleurs en commander gratuitement de nombreux exemplaires, et ce, parce que payés par les contribuables, bien sûr.
Le journaliste a notamment interrogé Louise Proulx, secrétaire à l'école primaire Saint-Noël-Chabanel dans l'Est de Montréal, qui a confirmé que « des envois du fédéral vantant les bienfaits du Canada atterrissent chaque semaine sur son bureau. En plus d'épinglettes marquées de la feuille d'érable et de calendriers, l'école aurait notamment reçu des boîtes de scrutin à l'image de celles utilisées au fédéral... pour l'élection d'un conseil d'élèves ». Qui dénonce? Qui s'offusque? Une petite montée de lait mon André P.? On nous apprend aussi que, par le truchement d'un concours de dessin, le Défi Mathieu Da Costa (que le gouvernement fédéral financerait à hauteur de 200 000$ par année), on envoie dans nos écoles « 18 000 trousses comprenant de l'information et des affiches ». M. Parent, quand pensez-vous? Mais que vous êtes calme tout d'un coup ! Serait-ce que le chat-chat a mangé la la-langue ?
En tout cas, les commissions scolaires, elles, n'y voient aucun problème! « Ce sont les enseignants qui décident si c'est pertinent », a affirmé Denis Pouliot, porte-parole de la Fédération des commissions scolaires du Québec, à Hugo Meunier. Misère! Et que pensez-vous, M. Pouliot, de l'ouvrage du Conseil de la souveraineté? De la vile propagande qui devrait faire honte à toute la gente souverainiste ? Que vous êtes prévisible!
Aussi révoltantes sont les pratiques de propagande de la fondation Historica (www.histori.ca) qui est financée généreusement par la famille Bronfman, CN, Esso, McCain, Molson, etc., et qui ont pour objectifs de mousser la réforme des pratiques d'enseignement de l'histoire dans nos écoles, de façon à ce qui soit présentée la « vraie » histoire nationale. C'est-à-dire l'histoire canadienne qui se caractériserait, selon les fédéralistes, par une saine collaboration entre francophones et anglophones. Pour y parvenir, la fondation a repris le concept des Minutes du patrimoine de Robert-Guy Scully. On les appelle maintenant les Minutes Historica (Plus de détails dans la prochaine édition du journal Le Québécois)! À l'instar d'André Pratte, cette fondation doit vraiment espérer [sauver la maison de Lafontaine. ->662]!
Étrangement (!), ces derniers cas de propagande n'émeuvent pas les bien-pensants du Québec. Aucun André Pratte qui s'offusque. Aucune centrale syndicale qui s'indigne. Aucun péquiste qui monte au front. S'il est difficilement acceptable de faire des enseignants des chantres de l'indépendance comme se le proposait le CSQ avec son petit guide, il serait plus qu'approprié qu'on condamne du même souffle, avec la même intensité et la même verve, le fédéral et ses sbires qui inondent nos écoles de répugnant matériel de propagande fédéraliste et que les professeurs qui l'utilisent soient sanctionnés sur-le-champ! La politique du deux poids, deux mesures, un moment donné, ça suffit !
Pierre-Luc Bégin
_ Directeur des Éditions du Québécois
Patrick Bourgeois
_ Directeur du journal Le Québécois


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