Pas d'OPA en économie sociale

Collectif - RISQ

2006 textes seuls

Libre opinion: Le Chantier de l'économie sociale dénonce l'article publié le 17 mars par Le Devoir à propos d'une supposée OPA dirigée contre le Réseau d'investissement social du Québec (RISQ). D'une part, les propos véhiculés par Kathleen Lévesque constituent une attaque personnalisée et injustifiée contre la présidente-directrice générale du Chantier, Nancy Neamtan. D'autre part, ils introduisent une analyse biaisée de la situation ainsi que des affirmations qui ont pour objectif de miner la crédibilité de l'organisme et de sa p.-d.g.
Nous souhaitons rappeler ici que dans ce dossier, toutes les démarches entreprises par Mme Neamtan l'ont été à la suite de décisions prises unanimement par le conseil d'administration du Chantier, et c'est en respectant ces mandats qu'elle a agi.
Autonome mais pas indépendant
Rappelons que le RISQ a été créé en 1997 par le Chantier. Ses règlements généraux prévoient que la majorité des membres du conseil du RISQ ainsi que tous les membres de la corporation, à l'exception des contributeurs, sont nommés par le Chantier. De plus, la présidence du conseil du RISQ est assurée par la p.-d.g. du Chantier. Il est donc clair que les liens du RISQ avec le Chantier s'apparentent à ceux d'une filiale.
La volonté de maintenir ce type de liens de gouvernance a été réaffirmée récemment à l'unanimité par les membres du conseil du Chantier. Dans ce dossier, il n'y a donc aucun lien à faire avec une offre privée d'achat (OPA), hostile ou pas. Ce type de gouvernance est fréquent dans les structures de développement au Québec.
Le Chantier est d'accord avec la position du gouvernement du Québec en ce qui a trait à l'importance de maintenir une distance entre les aspects de gouvernance et de fonctionnement; il n'a d'ailleurs jamais été question de remettre en cause cette façon de fonctionner, en vigueur depuis la constitution du RISQ. Le Chantier a toujours respecté l'autonomie du RISQ en ce qui concerne les investissements. Le Réseau a un comité d'investissement qui recommande au conseil du RISQ les projets qui devraient être soutenus. Un directeur général par intérim est en fonction et les activités de l'organisation se déroulent normalement.
Ainsi, le RISQ est autonome, mais il n'est pas indépendant. D'ailleurs, ce n'est pas l'autonomie de gestion du RISQ qui est au coeur de ces discussions, c'est l'interprétation des liens de gouvernance.
Le Chantier est quant à lui un réseau de réseaux regroupant notamment des promoteurs d'entreprises d'économie sociale oeuvrant dans de multiples secteurs d'activité, des acteurs du développement local et des représentants des grands mouvements sociaux. Ses mandats sont la promotion, la concertation, le développement et la représentation. Il s'appuie sur une vision commune, rassembleuse et inclusive.
Réalité déformée
Le débat a été déclenché, ironiquement, par de bonnes nouvelles pour l'économie sociale : l'arrivée imminente de nouveaux outils importants et très attendus par les entreprises d'économie sociale à travers le Québec. Cependant, les nouveaux mandats liés à la mise en place de ces outils, couplés à la nécessité de résorber le déficit structurel du RISQ, exigent des réajustements normaux dans les circonstances. Les efforts du Chantier visent à renforcer le rôle du RISQ dans sa capacité d'offrir aux entreprises collectives des produits financiers encore plus diversifiés, ce qui est au coeur de la mission du Réseau.
Par ailleurs, le RISQ n'est pas le lieu de partenariat de la finance solidaire. La responsabilité des partenariats financiers relève d'un ensemble diversifié d'organisations partout au Québec.
L'article du Devoir déforme également la réalité en ce qui concerne l'initiative fédérale en économie sociale. Rappelons que le soutien financier accordé au secteur de l'économie sociale par le gouvernement du Canada est survenu à la suite des démarches entreprises par les membres du conseil du Chantier, en partenariat avec le Réseau canadien de développement économique communautaire (RCDEC), qui ont unanimement fait valoir la nécessité de mettre en place des outils de capitalisation adaptés au secteur de l'économie sociale. À la suite de quoi, dans le discours du Trône, l'économie sociale a été citée comme un dossier d'intervention privilégié.
Contrairement à ce que prétend la journaliste, l'action du Chantier et de ses membres se déploie sur l'ensemble du territoire québécois. Au Québec, bon nombre d'initiatives, qu'elles soient de nature coopérative ou des OSBL, sont le fait d'organisations de l'action communautaire. Partout au Québec, l'action communautaire représente une force vive du développement local et régional, tout comme se retrouvent bon nombre de coopératives à Montréal.
Vouloir encore une fois créer un clivage entre Montréal et les régions, c'est bien mal connaître la réalité du développement. Les pôles régionaux d'économie sociale, partenaires du Chantier, sont, de par leur composition même, des exemples concrets de développement concerté. Ils sont composés d'acteurs qui développent l'économie sociale dans toutes les régions du Québec : des entreprises collectives, des organisations de soutien (CDR, CLD, SADC, CDEC, CDC), des représentants des mouvements sociaux (femmes, secteurs syndical et communautaire). Le Chantier a signé des ententes avec 11 régions et espère, d'ici la fin de l'année, conclure des accords avec l'ensemble des régions.
En conclusion, le Chantier de l'économie sociale déplore non seulement les propos mais également l'esprit dans lequel l'article a été rédigé ainsi que certains commentaires qui l'ont nourri, parfois de façon anonyme. Le Chantier s'appuie, tant dans ses principes que dans ses pratiques, sur des valeurs de solidarité, de démocratie, de transparence et de respect.
Nous sommes convaincus que les gens qui adhèrent à ces valeurs ne seront pas dupes des propos biaisés de l'article du Devoir et continueront, avec le soutien du Chantier de l'économie sociale, leur formidable travail sur l'ensemble du territoire québécois en faveur d'une économie plus démocratique et inclusive dans laquelle l'économie sociale aura toute sa place.
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* Les membres du comité exécutif du Chantier de l'économie sociale :
Patrick Duguay, Pôle régional d'économie sociale Outaouais-Laurentides, président; Thérèse Sainte-Marie, Regroupement des CDEC du Québec, vice-présidente; Daniel Berthiaume, Conseil québécois des entreprises adaptées, trésorier; Marc Lamarche, Fédération des coopératives d'habitation intermunicipales du Montréal métropolitain, secrétaire; Denis McKinnon, Table nationale des CDC, administrateur; Manon Loranger, Pôle régional d'économie sociale de Laval, administratrice; Lucie Villeneuve, Réseau québécois du crédit communautaire, administratrice; Guy Larocque, Collectif des entreprises d'insertion du Québec, administrateur.
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Réplique
Le Chantier remet en question mon professionnalisme. Les deux points de vue ont pourtant été exprimés. Des documents soutiennent les faits. Quatorze personnes ont été contactées dans ce dossier. La plupart d'entre elles ont requis l'anonymat, certaines par crainte de représailles.
Vous parlez de valeurs de démocratie et de transparence. Tant mieux. C'est dans cet esprit que j'ai révélé la crise que vous vivez. Ne vous en déplaise, il n'existe aucune icône dans notre société qui ne puisse faire l'objet de critiques. Tout comme les politiciens que vous fréquentez, quiconque a une charge publique ou, dans ce cas-ci, gère des fonds publics, qu'il soit de gauche ou de droite, peut voir son travail expliqué à la population.
Kathleen Lévesque


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