La Caisse de dépôt continue de miser sur le rendement

Par Pierre Théroux

2006 textes seuls


Le président de la FTQ, Henri Massé, estime qu'elle devrait faire plus pour soutenir le développement économique
Si la Caisse de dépôt et placement du Québec met l'accent sur sa performance financière depuis la nomination d'Henri-Paul Rousseau à sa présidence, elle n'entend pas pour autant délaisser son rôle d'acteur dans l'économie du Québec.
"La Caisse a d'abord l'obligation de faire fructifier les avoirs des déposants, pour assurer sa pérennité, mais elle demeure un grand vecteur de la croissance économique du Québec", a souligné M. Rousseau, en conclusion d'un colloque tenu le 16 mars pour souligner le 40e anniversaire de la Caisse de dépôt.
Il répondait notamment au président de la FTQ, Henri Massé, qui s'inquiétait de voir la Caisse accorder moins d'importance à sa vocation de soutien aux entreprises et à l'économie du Québec. Selon M. Massé, le nouveau libellé de la mission de la Caisse fait trop de cas du rendement financier. Elle devrait faire plus pour s'attaquer aux problèmes qui menacent l'économie du Québec, notamment "le secteur manufacturier, qui est en train de passer au feu".
M. Massé, qui siège au conseil d'administration de la Caisse, a rappelé que le mouvement syndical avait tenu à confier les régimes de retraite d'un grand nombre de ses membres à cette institution "pour avoir de bons rendements, mais aussi pour participer au développement du Québec. Sinon, on aurait pu placer notre argent à Toronto".
Trois zones d'intervention
M. Rousseau a indiqué que la Caisse avait simplement clarifié sa mission, sans pour autant rompre avec le passé.
"La Caisse n'a pas été conçue comme un réservoir financier pour assurer le développement économique du Québec. Avec le temps, on a confondu les retombées de la création de la Caisse avec sa mission."
Cela ne l'empêche toutefois pas de continuer à avoir un impact majeur sur l'économie du Québec, a soutenu M. Rousseau. Pour preuve, a-t-il précisé, la Caisse a identifié trois zones d'intervention dans lesquelles elle compte venir en aide à l'économie québécoise : le capital de risque, les PME et la relève entrepreneuriale.
"Ce sont les conditions du marché qui dictent nos interventions. Nous voulons profiter de notre avantage de proximité et de connaissance du marché québécois", explique Henri-Paul Rousseau.
À l'automne 2004, la Caisse de dépôt et placement du Québec avait d'ailleurs annoncé son intention d'investir 500 M$ dans l'industrie du capital de risque au Québec au cours des trois années suivantes, dont 370 M$ d'argent neuf.
En considérant l'effet de levier de ces investissements, la Caisse pourrait ainsi contribuer à la création de fonds de capital de risque d'une valeur totale de l'ordre de 1,5 milliard de dollars (G$) au Québec d'ici la fin de 2007.
Dans le but d'accroître l'offre de capital de risque étranger au Québec, elle a notamment intéressé des gestionnaires de fonds étrangers à venir s'implanter ici.
D'autre part, afin de venir en aide aux PME, la Caisse a réservé une enveloppe de 150 M$ pour des projets de co-investissement en partenariat avec la Banque de développement du Canada.
Enfin, elle a révisé son programme Accès Relève lancé il y a 10 ans et qui propose des solutions financières au transfert intergénérationnel des entreprises du Québec.
Il s'agit de trois zones d'intervention où "on peut trouver des occasions d'affaires et réaliser des rendements intéressants", dit M. Rousseau.
Rona est un exemple probant de cette stratégie. Au début des années 2000, l'entreprise avait besoin de financement pour concrétiser ses désirs d'expansion à l'extérieur de la province du Québec.
L'action du détaillant en rénovation, qui valait alors environ 3,50 $, a depuis dépassé les 20 $, même après avoir été fractionnée. "C'est le genre de transaction qu'on aime bien faire", a souligné M. Rousseau en souriant.
La Caisse a obtenu un rendement moyen de 14,7 % sur les fonds de ses déposants en 2005. Il faisait suite à un rendement de 12,2 % en 2004 et de 15,2 % en 2003. Son actif a atteint 122,2 milliards de dollars au 31 décembre 2005. M. Rousseau vise un rendement de 7 % sur dix ans.
pierre.theroux@transcontinental.ca


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