Les Québécois xénophobes? - Robert Lepage n'a pas voulu dire ce qu'il a dit

Mais le débat qu'il a fait naître en réjouit plusieurs

Québec - pluralité et intégration



Une déclaration de Robert Lepage sur la «xénophobie de Québec» suscite maintes réactions dans la capitale. Or le principal intéressé soutient maintenant qu'on a déformé ses propos.




Québec -- Quoi qu'ait pu dire ou penser Robert Lepage sur la xénophobie des gens de Québec, le débat qu'il a lancé sur cette question est le bienvenu, ont déclaré les intervenants interrogés par Le Devoir.
«Ces propos ont été sortis de leur contexte. Il [Robert Lepage] venait justement de clore un discours plein d'optimisme», a signalé hier Martine Rochon, une porte-parole de la compagnie dirigée par Robert Lepage, Ex Machina. C'est en marge d'une foire sur la diversité samedi dernier, dont il était le président d'honneur, que Robert Lepage a fait ces déclarations controversées sur la xénophobie des gens de Québec.
Le Larousse définit la xénophobie comme «une hostilité systématique à l'égard des étrangers». Or il ne faut pas interpréter les propos de M. Lepage en ce sens, plaide Mme Rochon. «Un journaliste lui a demandé si les gens de Québec étaient racistes. Et, en voulant atténuer ces propos, il a dit qu'ils étaient peut-être xénophobes, au sens de "avoir peur de l'autre". Il est d'autant plus déçu par cette histoire qu'il participait justement à cet événement pour appuyer ce qui se passe de positif dans ce dossier à Québec.»
Robert Lepage a-t-il été mal compris ? A-t-il exagéré ou révélé un tabou ? Quelles que soient les opinions, tout le monde s'accorde sur une chose : ça ne peut pas nuire d'en parler. «Pour moi, le simple fait qu'on en parle est un signe d'ouverture», estime Sylvain Dessy, un Camerounais d'origine qui enseigne le commerce international à l'Université Laval. «La preuve, c'est que ce n'est pas un immigrant qui a fait ces déclarations sur la xénophobie, mais un Québécois.»
Arrivé dans la capitale en 1996, M. Dessy estime que les comportements ont évolué et que les gens de Québec sont beaucoup plus ouverts qu'ils ne l'étaient il y a dix ans. Ayant vécu aux États-Unis avant de venir au Québec, il note que la réaction des gens de Québec n'a rien à voir avec l'attitude beaucoup plus «violente» et «haineuse» observée chez certains de nos voisins du Sud. «Je ne suis pas totalement d'accord avec M. Lepage. Ça m'a l'air d'un gros malentendu. Les immigrants et les Québécois ne se parlent pas beaucoup et on pourrait associer à tort ce silence à de la haine. Pour moi, c'est plutôt une espèce de timidité réciproque.»

Parlons-en, de la xénophobie
Les immigrants, faut-il le rappeler, sont peu nombreux dans la capitale. Le dernier recensement (2001) a établi qu'ils étaient 26 000 à y vivre, soit à peine 3 % de la population. «Nous ne sommes pas confrontés à la même réalité sociologique que Montréal, mais on est quand même en train de changer, commente le commissaire à l'immigration de la Ville de Québec, Yves Dallaire. Mais tant mieux si on en parle. Plus on en parlera, plus cette réalité sera palpable.»
Paradoxalement, il y a une conjoncture favorable à l'immigration actuellement à Québec, note-t-il. «Les chambres de commerce et les gens d'affaires ont pris conscience de l'importance de l'immigration. Ils ont un grand besoin de main-d'oeuvre et la solution la plus simple à ce problème consiste à faire appel davantage aux immigrants.»
Or c'est justement là que le bât blesse puisque c'est la difficulté de trouver du travail à Québec qui pousserait les nouveaux arrivants à quitter la capitale pour Montréal ou d'autres destinations. Pour Ernst Caze, un jeune Haïtien d'origine qui dirige la station de radio communautaire CKIA, les difficultés éprouvées par les immigrants sur le marché du travail méritent qu'on y porte attention. «Il faut comprendre pourquoi les immigrants ont autant de difficulté à se trouver du travail à Québec. On est prêts. Les conditions sont réunies pour cela. C'est le temps d'en parler et de se poser des questions au lieu d'aller chercher des propos rassurants de la part des représentants d'associations immigrantes.»
Collaboratrice du Devoir


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