Intégration des jeunes immigrants à l'école

Québec souhaite baliser «l'accommodement raisonnable»

Québec - pluralité et intégration


Le récent cumul de situations délicates en ce qui a trait à l'intégration de jeunes issus de l'immigration à l'école incite le gouvernement du Québec à créer un comité consultatif afin de faire le bilan sur cette question et de proposer une stratégie d'action.
L'objectif de cet exercice consiste à permettre l'arrimage des convictions exprimées par des communautés culturelles, religieuses et linguistiques avec les valeurs des institutions québécoises. Le milieu scolaire a besoin de balises claires et applicables dans le quotidien, a expliqué hier le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier.
«Je crois à une société ouverte où on doit essayer de faire une place pour chacun et ne pas décider de mettre les gens à l'extérieur du système. [...] On doit être à l'écoute, mais ça ne veut pas dire écouter n'importe quoi», a-t-il ajouté.
Le ministre Fournier ne cache pas que les nombreux litiges des derniers mois ne sont pas étrangers à la décision d'analyser la situation au sein d'un comité. C'est d'autant plus vrai que la limite des accommodements appliqués dans certains dossiers jusqu'à maintenant a soulevé bien des interrogations dans l'opinion publique, a-t-il souligné.
En avril 2003, une centaine d'étudiants de l'École de technologie supérieure réclamaient un local de prière. L'accommodement raisonnable a consisté à offrir un espace multiculturel. En mars dernier, la Cour suprême du Canada rendait une décision permettant le port du kirpan (un couteau symbolique religieux dans la communauté sikhe) à l'école. En mai, une école a jugé dégoûtante la façon de manger d'un enfant de sept ans d'origine philippine; il utilisait une fourchette et une cuillère en même temps. Toujours dans la région montréalaise, trois adolescentes de confession musulmane ont obtenu le droit de suivre leur cours de natation à un moment différent du reste de la classe parce qu'elles refusaient d'être en maillot de bain en présence d'hommes.
Tout récemment, l'existence d'une école clandestine fréquentée par des enfants liés à une secte religieuse a été mise au jour. Au même moment, on apprenait que des écoles juives n'étaient pas conformes à la Loi sur l'instruction publique.

Tous ces dossiers ont forcé une réflexion gouvernementale. «Vivre ensemble en société, ce n'est pas toujours aussi simple que ça. Si ce l'était, on n'aurait pas besoin de comité, sûrement pas besoin d'accommodements raisonnables, et une loi aurait dit à tout le monde : faites ceci. [...] Des fois, c'est le dialogue qui ouvre des portes plutôt que le diktat, qui agit comme un coup de marteau», a dit le ministre Fournier.
Le Comité consultatif sur l'intégration et l'accommodement raisonnable en milieu scolaire sera présidé par Bergman Fleury, jusqu'à tout récemment responsable du dossier de l'intégration culturelle à la Commission scolaire de Montréal. Trois experts assisteront M. Fleury. Il s'agit de R'kia Laroui, professeur en sciences de l'éducation à l'UQAR, Charley Lévy, de l'Association des écoles juives, et Marie McAndrew, titulaire de la Chaire en relations ethniques à l'Université de Montréal. Par ailleurs, des représentants de différents groupes comme l'Association des commissions scolaires, la Fédération des syndicats de l'enseignement et la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse seront appelés à participer aux travaux du comité.
Bergman Fleury estime qu'il y a un risque à ne pas avoir de règles. Cela peut créer une certaine confusion et accentuer la judiciarisation de problèmes locaux. «Il s'agit maintenant pour nous de trouver un juste équilibre entre le respect réel des valeurs et des lois qui constituent les bases de notre société démocratique québécoise et l'expression de la diversité», a affirmé M. Fleury.
Le rapport du comité est attendu en juin 2007. Le ministre Fournier a refusé d'indiquer si les recommandations conduiront le gouvernement à légiférer ou à réglementer.


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