Les eaux dormantes

PQ - XVIe congrès avril 2011



On dirait une figure imposée pour un premier ministre canadien. Trois mois avant la victoire péquiste de 1976, Pierre Elliott Trudeau avait décrété: «Le séparatisme est mort.» À la veille de quitter la scène, en mai 2003, Jean Chrétien déclarait à son tour: «Nous pouvons dire sans gêne que, dans le dossier de l'unité du pays, c'est mission accomplie.» Deux ans plus tard, la souveraineté atteignait un sommet de 55 % dans les sondages.
Ces précédents devraient peut-être inciter Stephen Harper à une certaine prudence avant de pavoiser. «Même avec la possibilité d'un changement de gouvernement à Québec, on ne parle plus de souveraineté. M. Duceppe fait encore campagne pour la souveraineté, mais il le fait aux États-Unis et en Europe», a ironisé M. Harper dans une entrevue à La Presse.
«L'appui à la souveraineté a beaucoup diminué au Québec depuis notre arrivée au pouvoir», a-t-il ajouté. Ce n'est pourtant pas ce que disent les sondages. De toute évidence, nous ne sommes pas à la veille d'un autre référendum, mais il faut toujours se méfier des eaux dormantes.
Selon Crop, l'appui à la souveraineté a même augmenté entre l'automne 2004 et décembre 2010, passant de 38 % à 40 %, avec un creux de 32 % en juin 2007. Il est à noter que la question posée était plus «dure» — ou «claire» — que celle de 1995, qui portait sur une souveraineté assortie d'un partenariat avec le reste du Canada: «Si un référendum avait lieu aujourd'hui vous demandant si vous voulez que le Québec devienne un pays indépendant, seriez-vous tenté de voter oui ou de voter non?»
Léger Marketing n'a pas sondé les intentions de vote référendaire depuis juin 2009. À cette date, l'appui à la souveraineté était cependant au même niveau (44 %) qu'au moment où toute référence à un éventuel partenariat a disparu du questionnaire, soit depuis avril 2006.
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En juin 1995, le traité d'alliance tripartite entre le PQ, l'ADQ et le Bloc québécois, qui s'étaient entendus sur la formule de souveraineté-partenariat, avait fait grimper le OUI au-dessus de la barre des 50 %. Sans partenariat, l'appui à la souveraineté n'était cependant ni plus ni moins élevé qu'aujourd'hui. M. Harper devrait peut-être se garder une petite gêne.
Il est vrai que la Loi sur la clarté, dont le premier ministre peut revendiquer la paternité spirituelle, même si Stéphane Dion en a été le parrain officiel, semble avoir changé les règles du jeu.
Le PQ en avait d'ailleurs pris acte. Le programme adopté au congrès de juin 2005 prévoit de «faire porter le référendum directement sur l'accession du Québec au statut de pays selon la règle de la majorité des votes déclarés valides, soit 50 % + 1 des votes».
La formulation de la «proposition principale», qui sera soumise à l'approbation des militants au congrès d'avril prochain, est toutefois moins précise. On y dit simplement que «le Parti québécois a pour premier objectif de réaliser la souveraineté du Québec à la suite d'une consultation de la population par référendum tenu au moment jugé approprié par le gouvernement».
Certes, on est encore très loin du moment où il faudra rédiger une question référendaire, mais il est facile d'imaginer différents scénarios, par exemple un référendum qui porterait sur un projet de constitution. Certains préféreraient encore une défaite avec une question claire à une victoire ambiguë, mais il serait très étonnant qu'un gouvernement fasse exprès pour poser une question «perdante». En 1995, même Jacques Parizeau s'était résigné à mettre de l'eau dans son vin.
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À la décharge de M. Harper, bien des péquistes doutent aussi que Pauline Marois ait l'audace suffisante, ou même l'envie de tenter le coup, et son «plan pour un Québec souverain» n'a rien pour les rassurer. D'où les résolutions que l'association de Crémazie et le SPQ libre, entre autres, veulent faire adopter au congrès d'avril pour la forcer à accélérer les préparatifs référendaires et à en rendre compte aux militants.
Il ne faudrait cependant pas sous-estimer l'impact que la simple élection d'un gouvernement péquiste pourrait avoir au Canada anglais. La «gouvernance souverainiste» n'impressionne peut-être pas grand monde au PQ, mais la réaction dans le reste du pays risque d'être passablement négative.
Légalement, rien n'interdit le Québec de se doter d'une constitution interne ou de créer sa propre citoyenneté, mais cela provoquera inévitablement un certain agacement, qui risque de se transformer carrément en agressivité si la clause nonobstant est invoquée pour interdire les écoles passerelles et si la loi 101 est étendue aux cégeps.
La paix constitutionnelle dont M. Harper se félicite tient essentiellement au fait que le gouvernement Charest n'a réclamé aucun amendement depuis 2003, tandis que le plan de Mme Marois contient une longue liste de pouvoirs à rapatrier. Tout cela ne mènera pas nécessairement à un référendum, mais il faudra certainement oublier la paix.
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mdavid@ledevoir.com


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