Le parti d'une génération?

PQ - stratégie revue et corrigée


Au tournant des années 70, le PQ remplaça l'Union nationale comme deuxième grand parti québécois et finit par balayer le Québec francophone. L'ADQ serait-elle à son tour en train de supplanter le PQ?
Mario Dumont aime bien se faire passer pour le successeur de Lévesque, avec lequel il a pourtant bien peu de choses en commun. (Lundi, il comparait sa victoire au 15 novembre 1976... La modestie n'étouffe pas le futur chef de l'opposition.) Mais y aurait-il du vrai dans ces vantardises?
Il y a des années, Vincent Lemieux prédisait que le PQ serait "le parti d'une génération"... Ces élections annoncent-elles la disparition à moyen terme du parti et de l'idéal qui en était la raison d'être?
Ce n'est pas une défaite ordinaire, en effet, que vient de subir le PQ.
Non seulement son score de lundi est-il le plus faible, en termes de pourcentage de vote, qu'il ait jamais obtenu depuis 1973, mais c'est la première fois depuis 1970 que le PQ se retrouve en troisième position à l'Assemblée nationale.
Pire encore, le PQ n'est plus, comme il le fut depuis 1976, le premier parti des francophones. C'est désormais l'ADQ qui peut revendiquer (mais de justesse) ce titre de gloire.
Il y a d'autres indices dévastateurs: pour la deuxième élection consécutive, le taux de participation a été extrêmement faible. Or, on sait que les électeurs âgés votent en masse, beau temps mauvais temps. Même les snowbirds, cette année, ont voté en nombre record. Ce sont ces votes-là qui ont probablement permis aux libéraux de surnager.
Qui donc n'a pas voté? Les jeunes, très vraisemblablement. Les jeunes qui naguère constituaient l'électorat naturel du PQ. André Boisclair, malgré les succès épisodiques qu'il remportait dans les cégeps, n'a pas été capable de ramener la jeunesse au bercail. C'était pourtant en quelque sorte le mandat que lui avaient confié les péquistes, la raison première pour laquelle ils l'avaient préféré à Pauline Marois.
Ces derniers auraient tort, cependant, de faire de leur chef le bouc émissaire de leur défaite. M. Boisclair a fait une assez bonne campagne, si l'on excepte son engagement de tenir un référendum même dans l'éventualité où le PQ formerait un gouvernement minoritaire.
Il aurait certes dû regarder sur sa droite - c'est là que logeaient les aspirations d'une bonne partie de la population - plutôt que de rester collé sur les syndicalistes, la gogauche du parti et "les féministes et les altermondialistes" qu'il appelait naïvement à la rescousse vers la fin de la campagne. Au Québec, pas plus qu'ailleurs, ce n'est pas avec les altermondialistes qu'on gagne des élections! (Un bémol, quand même: si les 8% du vote qui sont allés à Québec solidaire et aux Verts étaient allés au PQ, cela n'aurait pas accru sa députation, mais cela lui aurait au moins épargné l'humiliation de se voir déclassé par l'ADQ.)
Que se serait-il passé si M. Boisclair avait eu le courage de se démarquer du programme de son parti pour s'intéresser davantage aux jeunes familles, aux contribuables écrasés par le fardeau fiscal et la bureaucratie, aux gens en attente de service médicaux? Mais le PQ n'était même pas capable d'offrir aux parents un bulletin chiffré!
Dans un contexte où le Québec était "travaillé" par un fort courant populiste qui charriait toutes sortes de préjugés, M. Boisclair n'était pas l'homme de la situation. Trop urbain, trop cosmopolite, trop ouvert aux minorités... et c'est sûr que son homosexualité et les histoires de cocaïne n'allaient pas l'aider dans les milieux séduits par l'ADQ.
Cela dit, avant de s'en prendre à son chef, c'est le PQ lui-même qui devrait faire son examen de conscience, car rien ne prouve que Bernard Landry (qui serait resté encarcané dans la tradition péquiste) ou Pauline Marois (qui elle aussi parle la langue de bois) auraient fait beaucoup mieux que M. Boisclair.
Ce n'est pas sans raisons profondes qu'un grand parti de gouvernement se fait dépasser par une formation partie de rien. L'ADQ n'avait rien - pas d'organisation, pas d'argent -, rien qu'un jeune chef capable de parler aux gens de ce qui les préoccupe. C'est bien une vague, immense et populaire, qui l'a porté. Il y aura pas mal de leçons à tirer pour ceux qu'on a déjà commencé à appeler "les vieux partis".


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