Réunion annuelle des premiers ministres provinciaux

Le joueur absent

Unité d'action vers des buts divergents...

Moncton -- Pour les habitués des rencontres annuelles des premiers ministres provinciaux, il y avait une sorte de vide cette année à Moncton. Un acteur habituellement omniprésent dans les discussions des leaders faisait figure d'abonné absent: le gouvernement fédéral.
Il s'en trouvera certainement plusieurs pour se réjouir de cette nouvelle approche mais, pour la première fois depuis au moins sept ans, les leaders de chaque province et territoire du pays ne s'en sont pas pris à l'inaction, à la pingrerie ou à l'intrusion d'Ottawa. Pour la première fois, les premiers ministres ont tenté de se convaincre eux-mêmes. De l'importance de combattre les changements climatiques ensemble. De faciliter le commerce entre leurs provinces. De se vendre entre eux de l'énergie.
C'était devenu une rengaine. Ces rencontres estivales entre premiers ministres provinciaux ponctuaient la vie politique provinciale-fédérale et donnaient le ton des débats de l'automne dans chacune des capitales. Les leaders se réunissaient et développaient une stratégie commune pour réclamer presque chaque fois plus de fonds du grand frère fédéral. Un survol des déclarations finales des dernières éditions de ces rencontres suffit pour s'en convaincre.
En 2005, à Banff, les provinces s'étaient entendues pour réclamer au moins 2,2 milliards de dollars de plus pour financer l'éducation post-secondaire. En 2004, à Niagara-on-the-Lake, ils avaient demandé à Ottawa de mettre en place un régime pancanadien d'assurance médicaments au coût de 7 à 11 milliards de dollars par année. L'été précédent, à Charlottetown, ils réclamaient au moins trois milliards pour la santé. En 2002, à Halifax, Bernard Landry avait fait accepter à ses homologues le concept de déséquilibre fiscal et tous soudainement découvraient qu'ils en étaient victimes. Les rencontres des deux années précédentes avaient été monopolisées par les débats déchirants sur le financement de la santé. Et c'est sans compter les rencontres fédérales-provinciales de 2000, 2003 et 2004 (télévisée) sur le financement de la santé.
Pas de cela cette année. «Ce fut une décision délibérée de ma part», explique l'hôte de la rencontre, le premier ministre du Nouveau-Brunswick Shawn Graham. «La tradition consistait à blâmer les autres, soit le gouvernement fédéral sur la péréquation ou encore sur le financement de la santé. Mais devinez quoi? Nous avons confondu les critiques.»
Il faut dire que la rencontre de l'année dernière avait peut-être illustré les limites de la recherche de fronts communs. Les premiers ministres espéraient s'entendre à Terre-Neuve sur les modifications qu'ils demanderaient à Ottawa d'apporter à la byzantine formule de péréquation. Les attentes des uns et des autres étaient à ce point divergentes qu'aucun consensus ne fut possible.
«Nous nous sommes entendus sur le fait que nous ne nous entendions pas», avait déclaré l'hôte, le premier ministre Danny Williams. Ainsi, les provinces avaient donné de facto carte blanche à Ottawa pour imposer sa propre formule de péréquation. Ce que fit le gouvernement conservateur dans son budget de mars, la formule retenue faisant de nombreux insatisfaits (Terre-Neuve, Nouvelle-Écosse et Saskatchewan). Ottawa se retrouve même avec une poursuite sur le dos, Lorne Calvert, de la Saskatchewan, ayant décidé de s'adresser aux tribunaux.
Bref, les provinces se sont rendu compte que, lorsque vient le temps de réclamer de l'argent ou des changements d'Ottawa, mieux vaut peut-être se taire plutôt que d'exposer au grand jour leurs tiraillements. Québec l'a compris, d'ailleurs, on ne tentant pas d'ajouter à l'ordre du jour de la rencontre de cette semaine une discussion sur les limites du pouvoir fédéral de dépenser. Cette limite intéresse peu les autres premiers ministres, et Jean Charest a déjà décidé qu'il réglerait cette question en tête à tête avec Ottawa.
Les occasions de blâmer Ottawa n'ont d'ailleurs pas manqué à Moncton. La rencontre a débuté mercredi par une réunion des leaders et des chefs autochtones du pays. Il s'agissait de discuter des conditions de vie des Premières Nations et des façons de les améliorer. Les autochtones relevant de la compétence fédérale, on aurait pu s'attendre à ce que les provinces réclament d'Ottawa plus de fonds pour régler la question, d'autant plus que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a annulé la fameuse entente de Kelowna accordant plus de cinq milliards de dollars aux communautés pour les sortir de leur marasme. Mais non.
«En tant que premiers ministres, nous reconnaissons que nous ne pouvons pas seulement blâmer le gouvernement fédéral, a déclaré M. Graham mercredi après-midi. Les premiers ministres ont reconnu que nous ne pouvons pas continuer à utiliser l'argument des compétences pour justifier l'inaction. Nous devons aller de l'avant.»
Même constat sur les changements climatiques. À peine l'Ontarien Dalton McGuinty a-t-il indiqué qu'il était insatisfait du plan de lutte contre les changements climatiques du gouvernement de Stephen Harper. Le reste de la conférence a servi à trouver des solutions toutes provinciales.
Ce changement de ton, croit aujourd'hui le premier ministre du Québec, est en partie attribuable à la création en 2003 du Conseil de la fédération, dont il s'était fait le promoteur. «Il y a là la philosophie du Conseil de la fédération. Ce n'est pas juste une question du fédéral, c'est ce que nous pouvons et devons faire ensemble, surtout dans une économie mondialisée.»
«Nous ne devons pas montrer du doigt, a ajouté hier Gordon Campbell, de la Colombie-Britannique. La puissance du Conseil de la fédération se manifestera si nous acceptons nos responsabilités. Cette entité ne devrait pas en être une de discussion, mais d'action.» Comme quoi tout le monde s'est entendu sur au moins une chose cette semaine.
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Rencontre des premiers ministres des provinces

Limitation du pouvoir fédéral de dépenser: McGuinty est inquiet
Moncton -- Le premier ministre ontarien Dalton McGuinty s'est inquiété hier du peu de consultations que mène le gouvernement de Stephen Harper pour réaliser sa promesse de limiter le pouvoir fédéral de dépenser.
«Je suis un peu inquiet à ce sujet», a déclaré M. McGuinty hier matin alors que se déroulait la rencontre annuelle du Conseil de la fédération, au Nouveau-Brunswick. Comme il l'avait indiqué la veille, il ne voit pas d'un bon oeil l'idée d'interdire au gouvernement fédéral de mettre sur pied des programmes sociaux pancanadiens.
Le premier ministre du Québec a indiqué avoir abordé ce sujet pendant quelques instants avec ses homologues au cours de la rencontre de trois jours, simplement pour leur dire qu'il entendait discuter seul à seul de ce sujet avec Ottawa. «Il n'y a pas de mystère là-dedans», a dit Jean Charest au terme de la rencontre, hier midi. Puis, il a ajouté: «Je conçois très bien que l'intérêt du Québec pour cette question puisse ne pas être le même qu'ailleurs. Je ne demande pas aux autres gouvernements d'adhérer aux positions du Québec.»
Palpable
Le peu d'appétit pour ce débat a été palpable toute la semaine à Moncton. Hier, le premier ministre de la Saskatchewan, Lorne Calvert, s'est prononcé en faveur d'un gouvernement fédéral fort, quoiqu'en ajoutant un bémol. «Les domaines qui interpellent le plus les Canadiens, soit la santé, l'éducation et, dans une certaine mesure, l'environnement, sont pris en charge par les provinces et les territoires. Les relations fiscales doivent respecter ces priorités.»
Le Manitobain Gary Doer est peut-être celui qui s'est montré le plus ouvert à l'imposition d'une limite du pouvoir d'intervention fédéral dans les champs d'activité des provinces. «Je ne crois pas aux duplications ou à la prolifération des bureaucraties, qui dilapident l'argent en fournissant des services aux citoyens. Mais nous croyons aussi au rôle d'un gouvernement national dans la redistribution des chances entre les régions qui en ont besoin.»


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