Un peu d’histoire et de géopolitique

Le gourou et la sorcière

Tribune libre

Dans le Journal de Montréal de dimanche 30 septembre, deux photos avec notes explicatives méritent notre attention :
En page 6, une photo du Gouverneur général du Canada venu hier à Montréal rendre hommage aux Black Watch sur la rue de Bleury et aux Canadian Grenadier Guards sur la rue Esplanade.
C’était, selon le texte, en honneur au 150e anniversaire du Black Watch, sous-entendu, des 150 ans passés par le Black Watch en Amérique Britannique du Nord (alias le Canada).
Il n’a pas été question de mentionner ni de suggérer que le Black Watch, un régiment loyaliste, a allègrement participé à la bataille de Culloden en Écosse le 28 avril 1746 et au massacre qui s’ensuivit des populations celtiques des hautes terres d’Écosse, avec la participation enthousiaste de James Wolfe, « héros » de la bataille des plaines d’Abraham du 13 septembre 1759, et criminel de guerre.
Si Culloden a littéralement abattu l’Écosse pour des siècles à venir, la bataille des plaines d’Abraham n’a pas été ni décisive ni la dernière, comme le suggère une propagande destinée à nous abattre moralement depuis le commencement de la présence anglaise dans le Saint-Laurent et à Québec cinq jours après cette bataille.
La dernière bataille a été celle de Sainte-Foy le 28 avril 1760, et elle a été gagnée par l’armée franco-québécoise du général Lévy. La décision finale a été prise trois ans plus tard, le 10 février 1763, avec le Traité de Paris, qui ne tint aucun compte des batailles gagnées ou perdues sur le sol du Québec.
Ce traité était basé sur le fait qu’il n’y avait plus de bois dans le Québec pour construire les navires à voiles et que l’Europe devait se tourner vers la Russie pour son bois et en même temps pour les fourrures.
Ce traité était aussi basé sur le fait que les Yankees de Nouvelle-Angleterre, dont le nombre dépassait deux millions, étaient devenus une sérieuse menace pour l’Empire Britannique et, en conséquence, l’armée Britannique avait besoin de têtes de pont au nord des Appalaches américaines, c’est-à-dire dans le Saint-Laurent et au Québec, qui avait perdu tout intérêt économique à cette époque.
Effectivement, la vallée du Saint-Laurent est devenue une base d’opérations logistique pour l’armée britannique pendant la guerre d’Indépendance américaine.
Après cette guerre, les Anglais ont conservé l’Amérique Britannique du Nord pour les mêmes fins, et après la guerre de 1812 que fête maintenant Ottawa pour signifier la « victoire » anglaise sur les Américains, la construction du chemin de fer intercolonial était censée renforcer l’appareil
logistique des Britanniques contre les Américains.
En fait, comme les événements en firent la preuve, le chemin de fer intercolonial et intercontinental a surtout servi au développement économique et politique des provinces, dont le Québec, qui en a profité comme il a profité du Saint-Laurent, de ses avantages et de ses limites, pour devenir nation et créer les fondements de son propre État.
Ces réalités n’ont rien en commun avec la paranoïa anglo-protestante qui s’est traduite hier par une nouvelle provocation en Irlande du Nord, comme on peut le voir en page 26 du même journal.
Cette parano et ses manifestations hystériques surchargées de haine, je l’ai bien connue au cours de mes 28 années de service comme officier dans la Canadian Army.
C’est animé de la même parano que Richard Henry Bain est monté sur les estrades du théâtre dans lequel se trouvait Pauline Marois le soir du 4 septembre dernier. Se prenant sans doute pour un gourou, il s’est donné pour mission sacrée de « monter vers l’autel » pour tuer et brûler la « sorcière » Pauline Marois.
Voyez par vous-même le visage de l’homme dans les journaux : un illuminé qui a vu la « lumière » qui éclaire tout homme venant en ce monde et qui lui indique le « vrai » chemin, comme nos illuminés Libéraux et « fédéralisses » qui connaissent les « vraies affaires » alors que les autres ne voient ni ne connaissent rien. Eux aussi tentent de discréditer et détruire notre « sorcière ».
Et si notre « sorcière » était une stratège accomplie et qui n’a rien d’une illuminée? Que chercheront alors à faire les Richard Henry Bain et les « illuminés » comme ceux que nous voyons dans les pages 6 et 26 du Journal de Montréal d’aujourd’hui pour nous abattre?
Nous ne sommes pas tellement loin de la mentalité qui a prévalu lors du procès des sorcières de Salem.
Nous devons travailler et étudier de toutes nos forces pour développer d’une manière réaliste nos aptitudes en matière de géopolitique, extrêmement exigeante et qui n’a rien d’un mythe, et de stratégie d’État, qui n’a rien de mythique non plus. C’est par son réalisme qu’Athènes, pourtant plus faible que Spartes, a fini par gagner.
Il y a du travail à faire.
JRMS

Featured 751d93ca198caacf4590a022022f5bc8

René Marcel Sauvé217 articles

  • 250 457

J. René Marcel Sauvé, géographe spécialisé en géopolitique et en polémologie, a fait ses études de base à l’institut de géographie de l’Université de Montréal. En même temps, il entreprit dans l’armée canadienne une carrière de 28 ans qui le conduisit en Europe, en Afrique occidentale et au Moyen-Orient. Poursuivant études et carrière, il s’inscrivit au département d’histoire de l’Université de Londres et fit des études au Collège Métropolitain de Saint-Albans. Il fréquenta aussi l’Université de Vienne et le Geschwitzer Scholl Institut Für Politische Wissenschaft à Munich. Il est l'auteur de [{Géopolitique et avenir du Québec et Québec, carrefour des empires}->http://www.quebeclibre.net/spip.php?article248].





Laissez un commentaire



3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    2 octobre 2012

    C'est une milice fournie par les clans écossais qui habitaient Montréal, et non le véritable régiment qui est resté en Écosse. C'est son parrainage qui a permis le transfert d'appellation.

    La fête des 150 ans du régiment des Black Watch est donc
    un faux, puisque le régiment était présent en Amérique du
    nord en 1758 et auparavant à Culloden en 1746.
    Si on recule 150 ans en arrière, on arrive en 1862.
    Qu’est-ce que cette fête cherche donc à cacher ?

    Les survivants du BlackWatch original furent déplacés aux Antilles en 1759 et n'ont pu participer à la bataille de Québec.

  • Archives de Vigile Répondre

    1 octobre 2012


    La fête des 150 ans du régiment des Black Watch est donc
    un faux, puisque le régiment était présent en Amérique du
    nord en 1758 et auparavant à Culloden en 1746.
    Si on recule 150 ans en arrière, on arrive en 1862.
    Qu'est-ce que cette fête cherche donc à cacher?
    JRMS

  • Francis Déry Répondre

    1 octobre 2012

    Le régiment original des Black Watch Highlanders a subi un carnage lors de l'assaut du fort Carillon sur le lac Saint-Sacrement en 1758. Ce qui poussa la gloire de Montcalm au maximum. Les survivants furent déplacés aux Antilles pour une job d'occupation.
    Ici, nous parlons d'une milice dont les membres originaux étaient issus des clans écossais habitant Montréal.
    Sans doute créé pour remplacer ou régulariser les milices du Doric Club. L'affiliation au régiment Black Watch d'Écosse, c'est pour professionnaliser la milice et maintenir une identité écossaise. La position de leur caserne est indicatif du genre de tâche qui leur était évolue : bloquer toute invasion du Golden Mile en provenance des faubourgs de l'Est de Montréal. Le régiment recrutait dans la jeunesse qui fréquente McGill.
    Ce régiment de réserve fut appelé à combattre en Europe lors du débarquement de Normandie. Il a pris toute une raclée déshonorable lors de la bataille de la Crête de Verrière.
    L'opération Spring est lancée le 25 juillet, avec deux jours de retard sur le plan initial. Celui-ci prévoit que le Black Watch lance son attaque vers 5h30 à partir d'un point de rassemblement situé à St-Martin, à 6 km au sud de Caen. Cependant, la progression des Canadiens le long de la route de St-Martin est lente en raison de la forte opposition allemande et le régiment atteint le point de rassemblement un peu avant 8h. Le commandant et son adjoint sont tués avant l'arrivée au point de rassemblement et le commandement est alors assuré par le major Phil Griffin âgé de 24 ans. À 8h30, il est rejoint par le commandant de la 5e brigade, le brigadier général W. J. Megilland. Malgré l'absence des chars prévus pour soutenir l'assaut, la décision est prise de poursuivre l'attaque.
    À 9h 30, les régiments d'infanterie canadienne qui attaquent la crête sont pris sous le feu des nids de mitrailleuse, mortiers, chars, canons anti-chars de 88 mm et lance-roquettes multiples Nebelwerfer allemands. Les communications du Black Watch sont coupées après quelques minutes de combat. Quelques membres du Black Watch parviennent à atteindre la crête mais subissent un feu encore plus fort lors des contre-attaques de la 272e division d'infanterie et du groupement Sterz de la 9e division blindée SS30. Des 325 hommes présents au point de rassemblement initial, 315 sont tués, blessés ou faits prisonniers. Le Black Watch perd tous ses officiers supérieurs et deux compagnies du régiment sont presque entièrement anéanties. Le 25 juillet est la journée la plus coûteuse pour un bataillon canadien depuis le raid sur Dieppe de 1942.


    http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_cr%C3%AAte_de_Verri%C3%A8res#Attaque_du_Black_Watch
    Pour ce qui est de la Garde des Grenadiers Canadiens, je ne connais pas leur histoire. Désolé de les avoir francisé.
    J'ai déjà porté plainte contre le régiment des BlackWatch parce que le frontispice ne portait aucune inscription française, ce qui devrait être le cas de toutes institutions fédérales, et parce que leur site web était en anglais seulement. Je leur avais trouvé un nom français :
    Le Régiment Royal des Chasseurs Alpins de la Garde Noire.
    Chou blanc pour cause de tradition militaire et leur site web était une initiative privée de soldats.
    En fouillant dans mes archives, je pourrais fournir le texte de ma plainte.