Le cardinal a la mémoire courte

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La Lettre du cardinal Marc Ouellet

Témoignant à Québec devant la commission Bouchard-Taylor le 30 octobre, le cardinal Ouellet a outrepassé ses compétences et s'est prêté à un exercice de révisionnisme historique en affirmant que la question des accommodements raisonnables ne serait qu'un symptôme de la crise de la famille et de l'éducation causée par l'abandon de la pratique religieuse par les Québécois. Et qu'on la règlerait en un tournemain en y retournant.
Les postulats de M. Ouellet — je me refuse à lui donner du monseigneur puisque l'Ancien Régime est terminé, dans la société occidentale, depuis plus de deux siècles, et que les citoyens ne sont plus des manants — me font dire qu'il a la mémoire courte ou qu'il n'a aucun talent pour ce genre d'exercice (en tant qu'enseignant, je lui attribue un D moins pour sa prestation). J'aimerais bien voir la réaction des Irlandais qui sont arrivés ici au XIXe siècle quand il prétend que nous les avons bien reçus grâce à notre «identité et (à nos) valeurs catholiques».
Faut-il lui rappeler que ces Irlandais, bien que catholiques eux-mêmes, ont été accueillis comme des pestiférés, qu'ils ont dû s'entasser dans des ghettos infects comme le Cap Blanc, à Québec, et qu'ils se sont battus à grandes claques sur la gueule contre les Canadiens français d'alors pour gagner leur pain en construisant des canaux ou des chemins de fer ou comme débardeurs dans les ports ?
Doit-on lui remémorer que le système scolaire catholique d'avant 1964 refusait tout enfant qui n'était pas à la fois francophone et catholique, forçant la majorité des Écossais, des Irlandais, des Juifs et même des Italiens, pour ne nommer que ceux-là, à s'instruire au sein du système protestant (et donc anglophone) ?
Faut-il évoquer de surcroît la fermeture d'esprit des Canadiens français catholiques devant le monde extérieur, leur hantise de l'étranger, qui à cette époque n'était pourtant que le Britannique ou l'Américain, leur antisémitisme, toutes attitudes fortement encouragées par le clergé ?
Pour démonter les fabulations de M. Ouellet, on le voit, point n'est besoin de remonter à l'extermination des Amérindiens par les conquistadors guidés par des clercs porteurs de la soi-disant «bonne nouvelle» ou à ces massacres féroces que furent les Croisades. Le catholicisme qu'il veut nous voir embrasser à nouveau a depuis longtemps fait la preuve de son dogmatisme, de son intolérance et de sa haine de l'autre, fusse-t-il (sic) «païen», «infidèle» ou mécréant. L'injonction «Crois ou meurs !» n'a pas été inventée par des extraterrestres. Sa référence au Bon Samaritain et à l'amour du prochain ne pèse pas bien lourd dans la balance de l'histoire, dont il a manifestement oublié de grands pans.
Les tenants de la laïcité ne réclament des croyants qu'une chose, soit de pratiquer leurs rites entre eux et dans la sphère privée, et ils refusent qu'on leur impose dans l'espace civique des symboles et des dévotions qui n'ont de sens que pour les fidèles de chacune des religions. Ils demandent aussi aux Églises de ne pas intervenir dans les affaires de l'État. Loin d'être un gage de bonne entente entre les peuples et d'ouverture à l'autre, les religions, en particulier les monothéistes, ont historiquement cultivé l'aversion, l'antipathie, le fanatisme, l'hostilité et la xénophobie. Les livres d'histoire regorgent de preuves à l'appui de cette affirmation. Aucune soi-disant recherche de spiritualité ne contredit ce fait brut, implacable : comme l'ont démontré a contrario nombre d'intervenants devant ladite commission, la religion est une exclusion, généralement bénigne, mais souvent mortelle.
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Mgr Ouellet lors de son témoignage devant la Commission Bouchard-Taylor (Photo Le Soleil, Laetitia Deconinck)
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Marc Simard, Ph.D. et Llb.
Professeur d'histoire, Cégep François-Xavier-Garneau
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