La dette, connais pas!

institutions internationales et grandes banques, des régulateurs? Ayoye, l'angélisme!


MARC SIMARD
L'auteur enseigne l'histoire au cégep François-Xavier-Garneau, à Québec.

Cette campagne électorale a un côté désespérant, soit la propension des chefs de partis à prendre des engagements électoraux coûteux et à engloutir ainsi des milliards de dollars provenant d'on ne sait trop où. Chacun se garde bien de dire que ses promesses feront croître la dette, mais si le passé est garant de l'avenir...
Ainsi, Jean Charest prend bien soin de se dissimuler derrière l'austère Raymond Bachand, mais il augmentera néanmoins de 3,7 milliards en cinq ans ce qui sort des coffres du gouvernement.
Pauline Marois s'assure de rester vague, mais elle promet des dépenses pour le réseau des CPE et les soins à domicile de 1 milliard annuellement (que ses adversaires chiffrent à 3 milliards), et certifie du même souffle qu'elle gèlera les tarifs d'Hydro-Québec et des CPE et qu'elle annulera la hausse des droits de scolarité, privant ainsi l'État de revenus «naturels», rattachés au coût de la vie.
François Legault est plus généreux que les deux premiers (4,3 milliards par an, principalement dans le système scolaire et la santé), mais il jure que ces dépenses seront compensées par des coupes dans la bureaucratie et par les revenus des ressources naturelles, des paris risqués.
Quant à Québec solidaire, ses jovialistes leaders veulent augmenter les dépenses courantes de 8,6 milliards par année (plus 21 milliards en immobilisation lors de leur première année de mandat), s'engageant à prendre cet argent dans les poches des riches et des grandes entreprises qui, bien sûr, se laisseront tondre sans protester. Misère!
Tout cela dans un contexte économique fort incertain, avec la faillite appréhendée de la Grèce et une nouvelle récession à la porte, et une dette publique de 183,8 milliards en 2012 selon le budget Bachand (252 milliards selon l'Institut économique de Montréal, soit «la dette brute du gouvernement, à laquelle on ajoute la dette des réseaux de santé et d'éducation, des municipalités et des autres entreprises sous la responsabilité finale du gouvernement»).
Plusieurs minimisent notre endettement en arguant de notre richesse en ressources naturelles (minerais et hydroélectricité) ou en rappelant que nous faisons partie d'une fédération dont le gouvernement central est en bonne santé financière. Mais ces garanties ne pèsent pas bien lourd dans le climat économique actuel où les grandes agences internationales de notation de crédit ont la décote facile.
Et c'est sans compter sur l'inévitable hausse des taux d'intérêt, qui gonflera brusquement un jour pas si lointain notre service de la dette, qui s'établit déjà à environ 10 milliards par année: comment le gouvernement du Québec pourra-t-il faire face à ce moment à de telles échéances s'il n'a pas déjà entrepris de faire le ménage dans les comptes publics?
Parmi les cinq principaux partis qui se font la lutte lors de ces élections, trois veulent l'indépendance du Québec: le PQ, Québec solidaire et Option nationale. Mais l'option reste largement minoritaire (environ 35%) dans la population, qui se méfie avec raison du chant des sirènes.
Avec un État dépensier et un aveuglement volontaire collectif devant la nécessité de réduire notre passif et de vivre selon nos moyens, l'aventure souverainiste nous mènerait tout droit à la banqueroute et à l'appauvrissement généralisé à la méditerranéenne, avec une réduction des salaires, des pensions et des services publics et une hausse tragique du chômage.
La vraie souveraineté n'est pas politique, mais financière. Croit-on vraiment, à l'heure qu'il est, que la Grèce, le Portugal et l'Espagne sont encore des pays souverains?
Mieux vaut décider de notre sort et nous imposer nous-mêmes les sacrifices nécessaires pendant qu'il est encore temps que de laisser les institutions internationales et les grandes banques nous dicter leurs conditions, qui seraient à coup sûr draconiennes.


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