Landry songe à revenir

Il juge Boisclair responsable de la «déconfiture» du PQ

Boisclair - chef du PQ



Québec - L'ancien premier ministre Bernard Landry s'est montré prêt à effectuer un retour à la tête du Parti québécois advenant une démission d'André Boisclair, mis à mal par les dernières enquêtes d'opinions et contesté dans les rangs souverainistes. Un péquiste de la première heure, Yves Michaud, a remis en question le leadership de M. Boisclair hier. Ces polémiques bouleverseront assurément une semaine stratégique pour le parti, marquée par un caucus préélectoral demain et vendredi ainsi que par une Conférence nationale des présidents samedi.
Sur les ondes de LCN hier en fin de journée, M. Landry a affirmé qu'il serait prêt à «servir à un poste ou à un autre», avant d'ajouter: «Mais là, le poste de chef du Parti québécois, il est occupé.» Tout en répétant que la question était «purement hypothétique», M. Landry a laissé tomber: «C'est la démocratie qui tranchera [...] et les gens savent que je suis un homme de service public, certains disent même un homme d'État, ce qui est vrai, je le reconnais.»
Visiblement ébranlé par la crise dans laquelle il est plongé, André Boisclair a affirmé hier soir pouvoir «compter sur la solidarité la plus entière de M. Landry, à l'image de celle que je lui ai toujours offerte». Alors qu'il prenait la parole à l'assemblée d'investiture de Pierre Curzi dans Borduas, le chef péquiste a dit qu'il pouvait «faire mieux», invitant du coup les Québécois «à revenir au Parti québécois» (voir autre texte en page A 5).
Toute la journée, M. Landry s'est répandu en entrevues, au cours desquelles il a souligné les multiples «erreurs» d'André Boisclair, tenant même à certaines reprises ce dernier pour directement responsable de la «déconfiture» actuelle du parti. À CHOI-FM, hier matin, il a déclaré: «Ce qu'il [André Boisclair] a fait a provoqué la déconfiture de notre parti. Quand j'ai quitté [le parti], on était à 47 %. Ça veut dire qu'il y a des choses qu'il a faites: cette mésaventure du crucifix, une certaine mollesse dans un débat fondamental, celui des accommodements raisonnables, qui est très lié au destin de la nation québécoise.» Sur les ondes de RDI un peu plus tard, il déclarait: «[J'ai démissionné à 76 %]. C'est sûr que celui qui a moins de 76 % doit être un peu déprimé et doit poser des gestes pour changer le cours des choses.»
Plusieurs des sorties de l'ancien premier ministre confinaient au désaveu de son successeur, bien qu'il ait répété à plusieurs reprises être un «militant exemplaire» soutenant son chef. «C'est un métier difficile. Souvent, dans ces parcours, on fait des erreurs. Ce serait d'une malhonnêteté totale de nier que Boisclair en a commises. C'est à lui à en prendre conscience», a-t-il dit lors d'une entrevue accordée au Devoir.
M. Landry s'est du reste dit «profondément attristé» parce qu'il avait «quitté la direction pour faciliter l'avance vers la souveraineté, pour aider le parti et la nation québécoise». Or les derniers sondages lui indiquent clairement que, «jusqu'à ce jour, ça n'a pas produit les effets souhaités». Au contraire, les coups de sonde laissent entendre que, s'il prenait le pouvoir, le PQ ne gagnerait pas de «manière glorieuse», ce qui nuirait à la préparation de «l'objectif central» du parti: la souveraineté.
M. Landry fustige M. Boisclair pour avoir affirmé que les anciens chefs péquistes avaient entretenu des relations de «copinage» avec les chefs syndicaux. Ce faisant, M. Boisclair a non seulement insulté les syndicats, estime M. Landry, mais il a froissé ses prédécesseurs tout en commettant «une erreur sur le plan historique». «Cette erreur, il l'a commise de bonne foi, j'imagine», a précisé M. Landry. «Le PQ a gouverné de façon responsable avec tous ses chefs», a-t-il affirmé, en rappelant que les rapports entre le parti et les syndicats n'ont pas toujours été très bons: «Est-ce qu'on était copains quand on a coupé 20 % des salaires dans la fonction publique? Est-ce que c'est dans une atmosphère de copinage que s'est faite la Loi sur les services essentiels? Est-ce que c'était dans une atmosphère joyeuse que l'on a fait face à une grève des infirmières?», s'est interrogé M. Landry. Selon lui, «le Parti québécois n'a jamais gouverné pour les syndicats ou pour le patronat, il a gouverné pour le bien public, ce qui a produit des interfaces rugueuses parfois avec les uns, parfois avec les autres».
D'ailleurs, le club politique de gauche Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ-libre) ne décolérait pas hier, au sujet des déclarations de M. Boisclair. Notamment la présidente du PQ, Monique Richard, ancienne présidente de la CSQ. Un des membres éminents du club politique, Pierre Dubuc, a indiqué que le conseil d'administration du SPQ-libre s'était réuni lundi pour conclure que les précisions apportées par M. Boisclair à la télé dimanche soir «n'étaient pas satisfaisantes» et ne consistaient aucunement en une rétractation. Chose certaine, les échos venant des milieux syndicaux sont très défavorables au chef péquiste, a-t-il rapporté: «Les gens disent: "Qu'il nous oublie s'il compte sur nous pour organiser des visites d'usines pendant la campagne électorale".» Le porte-parole du club politique et ancien président de la CSN, Marc Laviolette, a dit avoir hâte de participer à la conférence de samedi: «On a besoin d'une bonne mise au point.»
Michaud
Le «Robin des banques», Yves Michaud, est d'avis que M. Boisclair doit envisager de démissionner, et ce, avant les élections et que Bernard Landry - qui a à ses yeux «la stature d'un homme d'État» - pourrait prendre sa place. L'ancien député et diplomate s'est demandé si le chef péquiste avait toujours la confiance du parti et du peuple. En parlant de l'état de déconfiture du PQ, Bernard Landry «a ouvert une crise majeure sur le leadership» d'André Boisclair, un leadership «fragilisé», juge M. Michaud. «Il est manifeste que toutes les déclarations, une par une, d'André Boisclair ont créé un profond malaise.»
Au reste, ce n'est pas la première fois que Bernard Landry se montre prêt à revenir en politique, après l'avoir quittée brutalement après le vote sur son leadership au congrès de juin 2005. Quelques jours après sa démission, un groupe avait mis sur pied un site Internet pour inciter l'ancien premier ministre à se porter candidat à sa propre succession. Le principal intéressé avait jugé l'appui manifesté par ces quelques inconditionnels insuffisant mais avait à l'époque admis qu'il regrettait d'avoir démissionné. Depuis l'affaire Brokeback Mountain (parodie à laquelle M. Boisclair a participé avant les Fêtes), qui selon nos sources l'a révolté, plusieurs indiquent que Bernard Landry est dans un état de grande «fébrilité»: «Il attend le putsch, il n'en dort pas la nuit.»
La leader parlementaire péquiste Diane Lemieux a refusé de commenter les rumeurs de grogne au sein du caucus mais a tout de même reconnu avoir formulé des critiques: «J'ai fait et j'ai dit ce que j'avais à dire et à faire auprès des personnes concernées. Je n'aime pas jouer la game dans les médias.» Elle a ajouté: «Je vois bien, ces derniers jours, que le sport national de bien des commentateurs, journalistes et quelques militants du Parti québécois, c'est de critiquer et de taper sur André Boisclair. Ce n'est pas mon rôle.»
Le député de Rousseau, François Legault, estime qu'«il ne faut pas dramatiser». Les péquistes doivent resserrer les rangs, adopter «une attitude positive même s'il y a de la turbulence». Il a dit mal comprendre pourquoi Bernard Landry faisait de telles déclarations. «La pire chose qu'on pourrait faire, c'est de commencer à se tirer dessus l'un et l'autre», a-t-il dit. À la réunion du caucus péquiste cette semaine, les députés prendront connaissance de la plate-forme électorale du parti, préparée par le député Camil Bouchard et retravaillée par le conseiller Daniel Audet. «Ça devrait aider. Ce n'est pas vrai qu'André Boisclair n'a pas d'idées», a fait valoir M. Legault.
L'ADQ sur un nuage
Pour sa part, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, ne pouvait que se réjouir des résultats du sondage Léger Marketing-Le Devoir qui montrait que son parti avait gagné quatre points de pourcentage, à 24 %. Selon le chef adéquiste, «le gigantesque problème» d'André Boisclair, c'est d'avoir tenu le haut du pavé pendant un an sans que l'électorat sache aujourd'hui quelles sont ses idées. «Alors que toutes les caméras étaient braquées sur lui, tous les micros étaient donnés à lui, il était incapable de prendre des positions claires, de marquer l'imaginaire des gens, de lancer des débats de société. C'est comme si son tour était passé», a dit Mario Dumont au cours d'une conférence de presse où il a annoncé la candidature de Gilles Taillon dans Chauveau, en banlieue de Québec.
Avec la collaboration de Kathleen Lévesque


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