La monarchie gravement remise en cause en Belgique

Chronique de José Fontaine


La rédactrice en chef du journal francophone et wallon Le Soir, Béatrice Delvaux, a écrit le 6 septembre 2006 en faveur d'une monarchie honorifique (et ce n'est pas neuf que ce journal s'exprime en ce sens). Le soir à la télé, une émission donnait la parole à des journalistes et politiques flamands s'exprimant en réalité dans le même sens.
La monarchie belge a toujours été plus que constitutionnelle
Du fait que la monarchie belge a été instaurée à la suite d'un vote d'une assemblée élue, qu'il n'y a pas de passé absolutiste de cette monarchie et en raison de l'habileté du premier monarque dans une Europe où il n'y avait pas de régime républicain, en vertu aussi de certaines équivoques de la Constitution belge, la monarchie belge, sans cesser d'être parlementaire, a donné au roi une place politique centrale, qu'il a même renforcée lors de la guerre 1914-1918.
Mais en 1940-1945, le roi s'est conduit de telle façon qu'il a finalement pu être récusé par une insurrection contre lui du pays wallon en 1950.
Après, le roi Baudouin Ier a réussi à rétablir en partie le vieux prestige monarchique, mais avec quelques couacs quelques années avant sa mort: refus de signer la loi sur l'avortement, envoi de militaires au Rwanda, d'autres interventions autoritaires que l'on apprend peu à peu.
Son frère et successeur, plus souple et plus coulant, homme d'expérience (il a plus de 70 ans), bonasse, riant souvent de bon coeur est accepté. Mais son fils, le Prince Philippe, appelé à régner, a commis quelques bourdes qui, peut-être, en d'autres temps, dans des époques où les médias avaient moins la capacité de capter faits, gestes et paroles, n'auraient pas même été perçues. Et en d'autres temps aussi, même si elles avait été publiées, auraient pu être acceptées dans des contextes où l'autorité (en général), parlait haut et fort.
Le problème du Prince-Héritier
Les Flamands, sur fond de conservatisme catholique (qui fut la principale assise de leur nationalisme), furent longtemps très royalistes. IL est possible qu'avec la déchristianisation, le progrès des idées, leur royalisme s'en aille peu à peu. En outre celui qui est promis au trône parle mal le néerlandais ayant par exemple qualifié sa première fille de “vrouwtje”, ce qui en néerlandais veut dire petite femelle. Mais même s'il est francophone, le Prince Philippe s'exprime très mal en français, disant par exemple lors d'une réception officielle dans un pays étranger lié à la Belgique qu'il est “tout excité” de se trouver là.
Républicain convaincu, je ne plaide pas nécessairement en faveur de l'idée de plus en plus répandue que cet homme n'est pas intelligent (pour rester poli). Si, autrefois, les enfants en général héritaient de l'état ou de la fonction de leurs parents, souvent, ceci existe encore mais tend à se diluer de plus en plus. En outre, le fils aîné (ou la fille aînée) d'un roi est encore plus durement formaté qu'un fils d'agriculteur par exemple. Et en outre, dans une monarchie constitutionnelle - surtout la belge - le pouvoir effectif du roi (d'influence), notamment lors des crises ministérielles typiques d'une démocratie parlementaire, est à envisager à condition d'une absolue discrétion du roi en public. C'est un rôle difficile au temps des médias modernes, car il faut à la fois pouvoir s'exprimer et en même temps dire des choses assez générales pour ne choquer personne. Il faut ne pas être intimidé par les médias, etc. Mais si le Prince est peut-être intelligent, les médias ne parviennent pas à en donner le sentiment.
Dérogation à l'idéologie courante
L'éditorial de Béatrice Delvaux dans Le Soir du 6 septembre a un aspect qui a peut-être échappé à son auteur (ou bien elle l'a machiavéliquement mis en avant ?). Elle écrit en effet que le problème essentiel pour le pays c'est de savoir s'il doit rester uni ou non, pas de savoir s'il doit avoir un roi ou non. Elle poursuit :
« Dans une telle configuration politique, et face à un peuple qui tient émotionnellement et affectivement à sa monarchie, le rôle des rois des belges est évident à définir : il doit être réduit au minimum tout simplement. Le système idéal et le plus pérenne pour empêcher les contestations et éviter d'en rajouter aux divisions déjà présentes en Belgique, est ce qu'il est de coutume d'appeler la monarchie protocolaire. »
C'est curieux pace que, d'habitude, la monarchie belge a été toujours représentée comme ce qui fait l'unité du pays. Somme toute, ici, on considère (non sans raisons), que la monarchie crée des divisions, et donc défait l'unité du pays. Notons par parenthèse que la monarchie a souvent, effectivement, défait l'unité. Or, il existe maints auteurs (André Molitor, Pierre Wigny par exemple), qui veulent bien admettre que le système républicain est ce qui convient le mieux à la démocratie, mais qui font valoir qu'en Belgique une monarchie est nécessaire en raison de la dualité nationale du pays. Or non seulement on admet que le roi ne fait plus l'unité, mais qu'en plus il relève de l'une de ces dualités : c'est un francophone, disent les Flamands (ce qui est vrai: il est de langue maternelle française).
Une étape vers le renforcement des autonomies des Etats fédérés...
Dans la mesure où la croyance (fausse mais efficace), selon laquelle le roi des Belges est garant de leur unité a du plomb dans l'aile, on peut à nouveau penser que l'on va voir encore la Wallonie se dissocier plus de la Flandre. Il faut se méfier de cette prophétie parce que le fédéralisme belge, en même temps qu'il organise une très grande indépendance des entités fédérées, les oblige à coopérer étroitement dans un certain nombre de domaines très concrets: les routes communes, les nappes phréatiques communes par exemple mais aussi un tas d'autres domaines, et notamment en matière internationale puisque les entités fédérées (ou Etats fédérés), sont pleinement compétentes dans ce domaine. Au Canada ce dernier point pourrait être perçu comme une tutelle de l'Etat fédéral, mais en Belgique, l'Etat fédéral n'est que celui à quoi consentent en ordre principal la Flandre et la Wallonie. D'ailleurs les lois (plus que constitutionnelles), qui obligent à coopérer, obligent autant l'Etat fédéral que les Etats fédérés. Et cette obligation est perçue aussi comme un trait de confédéralisme. C'est en somme une obligation que la Flandre et la Wallonie s'imposent librement.
... et vers le confédéralisme
On va vers un véritable confédéralisme, soit une Belgique qui ne sera plus que l'associations d'Etats en réalité souverains mais s'obligeant à demeurer ensemble par consentement mutuel et aussi par intérêt, dans le cadre européen. A cet égard, l'estompement évident du prestige royal à travers les bourdes et le peu d'intelligence (apparente au moins) du Prince héritier, Philippe de Belgique, constitue, sur le plan symbolique, un recul de l'idée belge et une montée des sentiments wallons et flamands que viennent de ponctuer des déclarations très wallonnes du Président du Gouvernement wallon, Elio Di Rupo, d'habitude très réservé quand il parle de la Wallonie, de son histoire et de son identité. Il est allé jusqu'à citer Chateaubriand et à ressortir l'idée d'aimant dont il s'était servi il y a au moins une quinzaine d'années mais à son propos: “Le wallon, c'est quelqu'un qui est attaché à la Wallonie par un aimant invincible”. Il a aussi honoré les Wallons les plus radicaux comme José Happart, Robert Collignon et Jean-Claude Van Cauwenberghe. Dans sa bouche, c'est inédit. Certes, la Fête de la Wallonie a lieu dimanche prochain 17 septembre, mais dans son chef, aller jusqu'à honorer le Rassemblement wallon et son rôle historique des années 60 et 70 est encore plus inédit.
On avance donc, insensiblement, d'une manière si lente que parfois cela désespère, c'est vrai, mais on avance.

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José Fontaine355 articles

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Né le 28/6/46 à Jemappes (Borinage, Wallonie). Docteur en philosophie pour une thèse intitulée "Le mal chez Rousseau et Kant" (Université catholique de Louvain, 1975), Professeur de philosophie et de sociologie (dans l'enseignement supérieur social à Namur et Mirwart) et directeur de la revue TOUDI (fondée en 1986), revue annuelle de 1987 à 1995 (huit numéros parus), puis mensuelle de 1997 à 2004, aujourd'hui trimestrielle (en tout 71 numéros parus). A paru aussi de 1992 à 1996 le mensuel République que j'ai également dirigé et qui a finalement fusionné avec TOUDI en 1997.

Esprit et insoumission ne font qu'un, et dès lors, j'essaye de dire avec Marie dans le "Magnificat", qui veut dire " impatience de la liberté": Mon âme magnifie le Seigneur, car il dépose les Puissants de leur trône. J'essaye...





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