Une situation étrange

Chronique de José Fontaine


La Belgique est un pays quand même étrange. Ainsi, par exemple, il n'existe plus de partis nationaux ou fédéraux, c'est-à-dire que tous les partis, tout en gardant une référence idéologique commune quand ils sont socialistes, libéraux, verts ou démocrates-chrétiens, sont devenus des partis parfaitement distincts.
Plus de parti fédéral en Belgique
On croirait donc qu'ils sont des partis qui n'agiraient plus que dans le cadre des Etats fédérés.
C'est vrai et ce n'est pas vrai. Il est par exemple sûr que le Parti socialiste est aux commandes de la coalition qui gouverne Bruxelles et de celle qui gouverne la Wallonie, de même que à la commande de l'absurde Communauté française de Belgique qui regroupe Wallons et Bruxellois pour la culture et l'enseignement.
C'est même plus fort que cela. Le président du PS est aussi le Président du Gouvernement wallon (or, ce n'est pas la tradition chez nous que les chefs de partis soient aussi ministres et présidents de partis).
Mais...
Mais ce président, Elio Di Rupo, est aussi un homme qui, comme chef du PS, est un partenaire de la coalition gouvernementale belge et aussi du gouvernement régional bruxellois.
Dès lors, lorsqu'il apparaît à la télé, on ne sait jamais exactement qui parle et au nom de quoi. Parle-t-il comme Président du Gouvernement wallon ou comme président d'un parti qui a son mot à dire au niveau fédéral belge?
Les rôles s'entremêlent et se confondent et, dans tout cela, c'est son rôle wallon qui est mis à un rang secondaire.
Pourtant, être le Président de la Wallonie n'est pas une sinécure. C'est même fondamentalement en Wallonie que le président du PS s'assure l'essentiel de son pouvoir car son parti y est largement dominant.
Par ailleurs, on prête au contraire au Président flamand, l'autre Etat fédéré important du pays, de viser à une carrière qui ne serait plus belge mais flamande. Cela peut sembler d'autant plus étonnant que ce Président, Yves Leterme, dont le père était wallon, parle le français avec une grande aisance et que le rapport de force politique lui permettrait aisément de devenir Premier Ministre belge.
Vers un accroissement des compétences des Etats fédérés
Il faut dire que, d'ores et déjà, 51% des compétences étatiques ont été transférées (en 25 ans, cela va donc assez vite) de l'Etat fédéral aux Etats fédérés. Et que la Flandre souhaite que d'autres matières soient encore transférées, ce qui a bien des chances de se produire, les Wallons n'étant certes pas demandeurs (pour le moment), mais n'ayant pas non plus un intérêt réel à refuser de tels transferts, au contraire.
Ce sont tout de même les élections nationales prévues pour l'an prochain qui vont décider de ce nouveau transfert de compétences qui va affaiblir l'Etat fédéral.
J'aurais tout lieu d'être heureux de cette perspective plus que plausible.
Mais pourtant, du côté wallon et bruxellois, tant lorsque l'on se plaint des Flamands que lorsque l'on parle de la Belgique, on n'use pas du vocabulaire de personnes qui ont à assumer un Etat souverain, car c'est ainsi aussi que l'on peut qualifier un Etat fédéré.
Dans l'Encyclopédie de la Grande Guerre, Patrick Cabanel parle (certes dans un contexte différent, celui de la France d'avant 1914), de deux nationalismes, l'un explicite, l'autre, comme il le dit, “de sentiment général”, plus implicite et par là même plus largement partagé. Qui, si je comprends bien, est adapté à la structure “France”, mais sans se thématiser dans une idéologie.
Si je devais parler de la Wallonie le plus honnêtement possible, je dirais que nous sommes au coeur de deux nationalismes implicites, l'un belge, l'autre wallon, mais dans l'attente quand même d'une évolution qui va défavoriser le belge et avantager le wallon. (1)
José Fontaine
(1) Je pense que ce qui montre le mieux cela, ce sont des études universitaires dont j'ai résumé l'essentiel sur Wikipédia .

PS - S'il y a dans mes lecteurs des contributeurs à l'Encyclopédie Wikipédia, je voudrais leur faire part du projet d'une page à réaliser sur les relations entre Québec et Wallonie, si du moins cela est possible selon les règles de cette Encyclopédie et selon les voeux de mes interlocuteurs québécois éventuels.

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José Fontaine355 articles

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Né le 28/6/46 à Jemappes (Borinage, Wallonie). Docteur en philosophie pour une thèse intitulée "Le mal chez Rousseau et Kant" (Université catholique de Louvain, 1975), Professeur de philosophie et de sociologie (dans l'enseignement supérieur social à Namur et Mirwart) et directeur de la revue TOUDI (fondée en 1986), revue annuelle de 1987 à 1995 (huit numéros parus), puis mensuelle de 1997 à 2004, aujourd'hui trimestrielle (en tout 71 numéros parus). A paru aussi de 1992 à 1996 le mensuel République que j'ai également dirigé et qui a finalement fusionné avec TOUDI en 1997.

Esprit et insoumission ne font qu'un, et dès lors, j'essaye de dire avec Marie dans le "Magnificat", qui veut dire " impatience de la liberté": Mon âme magnifie le Seigneur, car il dépose les Puissants de leur trône. J'essaye...





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