La démocratie adéquiste

ADQ - un homme et son parti... - démission de Sylvie Tremblay

Il faut parfois du temps à un parti politique pour acquérir une certaine respectabilité. Pendant des années, l'ADQ a été l'objet de sarcasmes, malgré la sympathie dont bénéficiait personnellement Mario Dumont.
Au fil des ans, les assemblées adéquistes sont devenues moins folkloriques, même si l'on continuait d'y croiser quelques personnages pittoresques. Progressivement, les débats ont gagné en sérieux, et le programme s'est raffiné.
Ce qui n'a pas changé, en revanche, c'est l'extrême concentration du pouvoir entre les mains du chef et de son entourage immédiat. Que ce soit au sein du caucus des députés ou dans la base militante, il n'existe aucun contrepoids.
À en croire Sylvie Tremblay, qui vient de démissionner avec fracas de son poste de vice-présidente, après avoir été candidate de l'ADQ dans Verdun-L'Île-des-Soeurs aux élections de mars 2007, l'ADQ n'est pas précisément un modèle de démocratie. Ce parti qui est né de la dissidence ne la tolère pas.
Dans une lettre ouverte au directeur général du parti, Jean-Simon Venne, Mme Tremblay soutient que l'on a tenté de l'intimider pour l'empêcher de briguer la vice-présidence. Elle s'opposait à l'octroi d'une allocation de 100 $ par semaine aux parents d'un enfant de moins de quatre ans qui ne bénéficie pas d'un service de garde subventionné, y voyant une façon d'inciter les femmes à rester à la maison. Un membre de l'exécutif lui aurait intimé de se «fermer la gueule», sans quoi elle aurait des problèmes.
Elle s'est plainte à Mario Dumont, mais n'a jamais reçu la moindre réponse. «Il semblait être d'accord avec ce genre de comportement», conclut-elle. «J'espère que l'ADQ n'entrera pas au pouvoir aux prochaines élections, car ce parti [...] me fait peur, au sujet des droits des femmes et du manque de démocratie. Le gouvernement serait sûrement dirigé de la même manière que l'on dirige présentement ce parti. La dictature, ça me fait peur.»
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Certes, Mme Tremblay n'est pas la première à claquer la porte d'un parti politique en dénonçant le comportement autoritaire ou encore rétrograde de ses dirigeants. Les récents démêlés de Gilles Taillon avec l'exécutif de sa circonscription de Chauveau, qui a démissionné d'un bloc pour protester contre son comportement qualifié d'irrespectueux envers les militants, laissent toutefois l'impression que certains à l'ADQ font un power trip.
Il est vrai que l'exemple vient de haut. Mario Dumont a toujours considéré l'ADQ comme sa créature. D'ailleurs, quand il a voulu ajouter un supplément de 50 000 $ à son salaire de chef de l'opposition officielle, il n'a pas senti le besoin de consulter l'exécutif du parti, ni même son président. Il s'est adressé directement au directeur général, qui s'est exécuté sans maugréer.
Inévitablement, un chef fondateur exerce un plus grand ascendant sur son parti que celui qui hérite d'une organisation plus ancienne, avec son histoire, sa culture, ses clans et ses chapelles. C'est encore plus vrai quand il est seul à tenir le fort, comme M. Dumont l'a fait à l'Assemblée nationale pendant des années.
Au PQ, l'absence de René Lévesque avait permis à l'aile parlementaire de développer une certaine autonomie. Quand il a pris le pouvoir, les Camille Laurin, Claude Charron, Jacques-Yvan Morin, Robert Burns et Lucien Lessard avaient déjà gagné leurs galons. D'autres, comme Jacques Parizeau ou Claude Morin, avaient une connaissance intime de l'administration publique, alors que les nouveaux élus de l'ADQ sont tous des néophytes.
La base militante du PQ était également d'une autre étoffe. Quatorze ans après la fondation de l'ADQ, l'autorité de Mario Dumont demeure incontestée. On ne peut pas l'imaginer dans l'obligation de brandir la menace d'une démission et de déclencher un «mariorendum» pour imposer ses orientations à son parti.
Même au PLQ, où l'on n'a pas l'habitude de contredire le chef, un minimum d'égard pour les militants est de mise. Au conseil général de septembre dernier, les délégués ont clairement fait savoir qu'il y avait des limites à l'affirmation de l'identité québécoise. Le message a été très bien compris.
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Plutôt que de favoriser une direction plus collégiale, l'élection soudaine d'une quarantaine de députés dépourvus de toute expérience politique a plutôt rendu impératif d'imposer une discipline stricte. Certaines interventions malheureuses en ont d'ailleurs démontré la nécessité.
Même Gilles Taillon, qui devait en principe être fiable, commence à donner des signes inquiétants. Se laisser entraîner dans une guéguerre judiciaire en accusant Pauline Marois d'être personnellement intervenue pour faire octroyer un crédit d'impôt d'un million à Norbourg, et aider ainsi Vincent Lacroix à flouer d'autres investisseurs, n'était pas très avisé.
À l'époque où M. Dumont était plus jeune, quelques aînés ont pu exercer une sorte de mentorat: Jean Allaire, bien sûr, mais aussi Moncef Guitouni, Guy Laforest, Léon Courville, Marcel Dutil. Les résultats n'ont pas été très heureux. Après le désastre électoral d'avril 2003, le chef de l'ADQ a décidé qu'il n'y aurait plus d'éminence grise.
La malheureuse expérience de la participation de Pierre Bourque à la campagne de 2003 a également été riche d'enseignements. Au sujet de l'ancien maire, il a confié à son biographe, Denis Lessard: «S'insérer dans une organisation qui marche sur autre chose que ses propres règles, je ne pense pas que ce soit possible pour lui.» À l'ADQ, M. Dumont ne le pourrait pas non plus. Autrement dit, tout le monde doit suivre ses règles à lui.
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mdavid@ledevoir.com


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