L'Ontario ne veut pas « des plaines » en Ontario

On peut désobéir mais à la condition expresse de ne pas perdre

Tribune libre 2009

"Pas dans ma plaine", a dit Dalton Mc Guinty, premier ministre de l'Ontario, qui refuse de voir la bataille des plaines d'Abraham se reconstituer sur son territoire.

Et ce n'est pas de sa part une faveur envers le Québec.

Dalton Mc Guinty est Irlandais, sinon de naissance du moins de descendance, d'ethnie et de coeur.

Chaque année en Irlande du Nord, (Ulster) , les Orangistes célèbrent la bataille de la Boyne du 12 juillet 1690, alors que les Irlandais ont été battus par les Anglais. Il s'en est suivi un horrible massacre de l'Irlande, déjà systématiquement entrepris par Oliver Cromwell 40 ans auparavant. Ce qui n'est pas White Anglo Saxon Protestant et Orangiste n'existe pas et ne peut pas exister. None is too many.

Cela vaut bien une célébration annuelle par les Orangistes pour humilier le peuple Irlandais, ces "losers" comme les "lousy frogs" que nous sommes. Comprenez que les Irlandais en ont beaucoup souffert et en souffrent encore. Ne pensons pas qu'à nous-mêmes et apprenons à compatir avec la souffrance des autres.

Les Écossais celtiques, très nombreux en Ontario, ne veulent pas non plus aucune célébration de la bataille de Culloden du 18 avril 1746. Culloden est en Écosse et les Écossais ont perdu cette bataille. Avec sa sauvagerie habituelle, l'armée britannique, une des plus criminelle de toute la terre, a sévèrement "puni" les Écossais pour avoir désobéi à Sa Majesté. Les Écossais en souffrent encore et c'est ce qui les fait hésiter à choisir une indépendance prometteuse avec un parti politique, le Scottish National Party, dont la compétence et l'intégrité ne font aucun doute.

Alors que pour nous, la bataille des plaines d'Abraham n'était pas réellement perdue. Il n'y a eu qu'une escarmouche le matin et lorsque les deux généraux ont été tués, la bataille a cessé. Elle a repris le printemps suivant, le 29 avril 1760 et les Anglais ont été battus. Entre-temps, s'ils se sont installés au chaud dans la ville de Québec, c'est parce que les bourgeois et notables de la place leur ont ouvert la porte, en échange de l'or anglais.

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Quand allons-nous comprendre que ces circonstances sont attribuables à des conditions géopolitiques qui nous échappent encore?

Encore une fois, après Culloden comme après la Boyne, les "losers" ont été punis et les Écossais des environs ont subi un horrible massacre, pour leur montrer ce qu'il en coûte de désobéir à Sa Majesté Britannique et de perdre.

On peut désobéir mais à la condition expresse de ne pas perdre. L'avoir compris m'a permis d'organiser dans les Forces Armées Canadiennes un réseau de résistance efficace que personne n'a pu détruire. Je n'ai pas eu à jouer au martyr sur les barricades et nous avons gagné au point de tuer dans l'oeuf au moins trois nouvelles tentatives d'envoyer l'armée au Québec pour régler leur compte aux Québécois.

C'est ce que George Washington et ses révolutionnaires ont compris. Autrement, ils auraient fini sur l'échafaud comme nos patriotes de 1837-39 et Louis Riel.

Et pourtant, Louis Riel n'avait commis aucun crime mais il était un "loser" et sa pendaison devait servir d'exemple pour faire trembler les Québécois jusqu'à aujourd'hui.

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Lorsque Dalton Mc Guinty se dit membre de la famille de ceux qui comprennent cette anxiété, je ne crois pas qu'il soit nécessaire de vous faire un dessin pour vous aider à comprendre...

Au Québec, où l'argent des commandites coule encore à flot, attendons pour voir quelle bassesse vont nous infliger Môssieu Juneau et consorts. Il reste beaucoup d'argent et nous pouvons nous attendre à autre chose bientôt.

Ce ne sont pas les conservateurs qui vont ordonner que cet argent soit remis au gouvernement. Avec des représentants comme Josée Verner, n'en demandez pas autant.

Les Québécois vont peut-être finir par comprendre que nous ne sommes pas les seuls à avoir subi les foudres de notre insoumission envers la Couronne de Sa Majesté Britannique.

Ce qui a fait que nous avons été moins maltraités que les autres est attribuable à des conditions géopolitiques dont la trame a passé à côté de nos acquis de conscience.

Les facteurs en cause, qui ont échappé aux historiens, n'échappent pas à la géopolitique, qui a pour objet l'étude des continuités dont les effets à long terme dépassent souvent les prévisions les plus pessimistes, défaitistes et misérabilistes. (Cf. Géopolitique et avenir du Québec, Guérin 1994)

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René Marcel Sauvé, géographe spécialisé en géopolitique et auteur de
Géopolitique et avenir du Québec et,
Québec, carrefour des empires (Éditions du Québécois 2006)

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René Marcel Sauvé217 articles

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J. René Marcel Sauvé, géographe spécialisé en géopolitique et en polémologie, a fait ses études de base à l’institut de géographie de l’Université de Montréal. En même temps, il entreprit dans l’armée canadienne une carrière de 28 ans qui le conduisit en Europe, en Afrique occidentale et au Moyen-Orient. Poursuivant études et carrière, il s’inscrivit au département d’histoire de l’Université de Londres et fit des études au Collège Métropolitain de Saint-Albans. Il fréquenta aussi l’Université de Vienne et le Geschwitzer Scholl Institut Für Politische Wissenschaft à Munich. Il est l'auteur de [{Géopolitique et avenir du Québec et Québec, carrefour des empires}->http://www.quebeclibre.net/spip.php?article248].





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2 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    19 mars 2009

    L'Eau oui M. Poulin, c'est vrai l'Eau ! Celle de l'Art de la Guerre de Sun Tzu aussi.
    Depuis la dernière trahison du traître qui maniait bien son canot sur les rivières du Canada, le Temps joue désormais pour l'Indépendance du Québec. Les gouvernements du Québec, d'Ottawa, de Washington en sont avisés.

  • Raymond Poulin Répondre

    19 février 2009

    Les maîtres mots de votre texte : «les effets à long terme». C’est la faiblesse d’indépendantistes à la fois romantiques et exaltés : ils n’incluent pas le temps dans leur équation. Toute science naturelle véritable compte sur ce facteur dont l’action est par nature incompressible. Le reste n’est que l’ébauche d’un rêve bientôt démenti par les faits, et qui mène à la désespérance. La force de l’eau qui ravine le roc : le temps.