L’étonnante histoire du parlement du Québec

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11 octobre 1884 : deux attentats à la bombe contre le Parlement de Québec alors en construction

À 133 ans, le parlement du Québec a tout vu. Tout entendu. Les attentats à la bombe. Les débats enflammés. Les coups bas. Les manifs monstres. Les petites et les grandes révolutions. Sans oublier la fusillade du 8 mai 1984. Au moment où l’édifice inaugure son principal agrandissement depuis un siècle, Le Soleil vous raconte un lieu surchargé d’histoires.


L’édifice du parlement voit le jour dans des circonstances dramatiques. Le projet est ambitieux. À Québec, on parle du chantier «du siècle». Mais les conditions de travail sont difficiles. L’entrepreneur principal, Simon-Xavier Cimon, passe pour un dur. On chuchote que sa popularité n’excède pas celle d’une épidémie de choléra...


Le 25 mai 1878, l’entrepreneur Cimon diminue le salaire quotidien de 60 à 50 cents. C’est la goutte qui fait déborder le vase. Les ouvriers quittent le travail. Ils réclament un dollar par jour. La grève s’étend. Au bout d’une semaine, presque toutes les usines et les chantiers de la ville sont paralysés.


Les patrons embauchent des briseurs de grève. Le ton monte. Pendant quelques jours, il flotte sur Québec une ambiance révolutionnaire. Des milliers de grévistes et de chômeurs défilent derrière le drapeau rouge du communisme! Le premier ministre Henri-Gustave Joly est attaqué en pleine rue. Un entrepôt de farine est pillé. Les plus hardis tentent de se procurer des armes. «La populace s’est rendue maître de la ville»! panique le journal La Minerve. (1)


Le 12 juin 1878, l’équivalent de la loi martiale est proclamé. (2) La police à cheval charge la foule dans la Côte de la Montagne. L’armée ouvre le feu. Un passant est tué d’une balle dans la tête. Des centaines de personnes sont arrêtées. Dès le 14 juin, le travail reprend dans une ambiance tendue.


Mince consolation, les ouvriers ont obtenu une augmentation de 20 cents par jour.


Explosions


La malchance s’acharne sur le futur parlement et ses locataires. Le 19 avril 1883, un incendie ravage l’édifice qui sert d’assemblée pour les députés, sur la côte de la Montagne. Comme le nouveau parlement n’est pas entièrement complété, les élus doivent s’entasser avec les fonctionnaires dans les espaces disponibles, au milieu d’une pagaille indescriptible... 


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Le pire est à venir. Le 11 octobre 1884, deux attentats à la bombe causent des dégâts considérables au nouvel édifice. Des pierres énormes sont arrachées. Le souffle des explosions casse les fenêtres dans les rues avoisinantes. Les dommages sont évalués à 30 000 $ [près d’un million $ en argent d’aujourd’hui].


La rumeur s’emballe. On soupçonne quatre étrangers à l’accent anglais, entendus dans un hôtel. On croit avoir aperçu un inconnu déguisé en prêtre, qui posait des questions suspectes. Les amateurs de complots accusent même la police provinciale. Peine perdue. Malgré des mois d’enquête, on ne parviendra jamais à dénicher un coupable.


Les attentats compliquent le «chantier du siècle». Les coûts explosent. Pour économiser, on utilise des détenus de la prison de Québec, payés beaucoup moins cher. Rien à faire. À partir de 1883, les travaux de construction étaient évalués 185 000 $. Ils finissent par coûter un million $, dont 875 000 $ payés en extra au principal entrepreneur. (3)


Dépassement des coûts? Délais? Extra? Toute ressemblance avec des événements d’une autre époque ne serait pas entièrement imputable au hasard...