L'échec du SPQ libre

PQ - Pauline : gouverner mais encore ?....

Moderniser le programme du Parti québécois, comme Pauline Marois se propose de le faire, ne sera pas une tâche facile. Déjà, le SPQ libre, un regroupement de militants «syndicalistes et progressistes pour un Québec libre» auquel a été accordé le statut de club politique au sein de ce parti, rejette l'idée de remettre en cause les orientations adoptées en congrès il y a deux ans. Pour prendre son parti en main, la nouvelle chef péquiste ne pourra pas faire l'économie d'un affrontement avec ces militants.
Bien qu'elle ne le dise pas publiquement, Pauline Marois ne fait pas mystère de son désir de voir le SPQ libre se dissoudre. Son entourage a transmis à qui de droit des messages clairs auxquels ce groupe oppose une réponse tout aussi claire. Son président, Marc Laviolette, rejetait ce souhait dans nos pages hier, arguant que plusieurs courants existent au sein du Parti québécois et que le SPQ libre a tout à fait le droit d'exister «au même titre que les autres».
Il est vrai que plusieurs courants existent au PQ, au sein duquel on retrouve toutes sortes de tendances qui vont de la gauche à la droite. Il est toutefois faux de prétendre que le courant représenté par le SPQ libre soit sur le même pied que les autres puisqu'il dispose de privilèges de représentation au conseil national (deux délégués) et à la conférence régionale des présidents (un délégué). Ce statut lui donne une voix dont ses 200 membres se servent d'autant plus aisément pour influencer les débats au sein du parti qu'ils disposent au sein de leur club de moyens de concertation que les autres courants n'ont pas.
Au cours des 40 ans d'histoire du PQ, les militants péquistes avaient toujours refusé qu'un groupe quelconque, que ce soit les jeunes, les femmes ou les communautés culturelles, jouisse d'un statut d'exception, contrairement au Parti libéral. L'égalité ne pouvait pas être à géométrie variable, faisait-on valoir. Au dernier congrès, ils ont accepté de reconnaître l'existence de clubs politiques, croyant que le SPQ libre empêcherait l'exode des militants progressistes vers le nouveau parti de gauche qui allait naître sous le nom de Québec solidaire. On estimait à cette époque que le Parti québécois était menacé sur sa gauche alors qu'il l'était plutôt sur sa droite, comme l'ont démontré les résultats des élections du 26 mars dernier.
Pour obtenir le statut qu'il convoitait, le SPQ libre avait eu recours à un argument électoraliste qui avait convaincu le chef du Parti québécois d'alors, Bernard Landry. Attribuant la défaite de 2003 au fort taux d'abstention, ses porte-parole soutenaient que seul un programme social-démocrate était en mesure de ramener dans l'isoloir les 475 500 électeurs péquistes qui avaient fait «l'élection buissonnière», déçus des politiques à saveur néolibérale et de la tiédeur de leur parti en ce qui a trait à la question nationale. Au congrès de juin 2005, le SPQ libre a obtenu le virage à gauche qu'il réclamait mais n'a pas remporté son pari électoral. Les brebis égarées ne sont pas rentrées au bercail. Le 26 mars dernier, le taux d'abstention a été identique à celui du scrutin de 2003 à huit dixièmes de point de pourcentage près.
Pauline Marois ne peut pas forcer la dissolution du SPQ libre avant le prochain congrès, mais elle est certainement en droit de le lui suggérer compte tenu du succès qu'a remporté la stratégie que ce groupe prônait. Tout au moins, il pourrait abandonner les privilèges dont il dispose sur le plan de la représentation au sein des instances du Parti québécois et accepter que ses militants soient sur le même pied que tous les autres pour aborder le débat que veut faire la nouvelle chef en ce qui a trait à la modernisation du programme. Ces privilèges sont d'autant plus injustifiables que le parti n'a jamais voulu accepter d'autres clubs politiques en son sein.
La réaction du SPQ libre ou, à tout le moins, de son président est révélatrice de ses véritables intentions. «Je ne vois pas ce qui est dépassé dans ce programme», nous assure-t-il, confirmant ainsi qu'il voit son rôle comme celui de gardien de l'orthodoxie péquiste telle que ce groupe la conçoit. Mme Marois, si elle tient à se mettre à l'écoute des Québécois, devra auparavant surmonter cet obstacle. C'est en voyant que le programme péquiste est le fruit d'un large consensus plutôt que le fait d'une minorité que les Québécois pourront se convaincre qu'elle a le leadership nécessaire pour être première ministre.
bdescoteaux@ledevoir.com


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