À pas de tortue vers la souveraineté

La population choisira la date du référendum, dit Pauline Marois

PQ - Pauline : gouverner mais encore ?....


Québec -- Quand il est question de réaliser la souveraineté, Pauline Marois préfère adopter l'allure de la tortue. La nouvelle chef du Parti québécois est prête à diriger le Québec pendant un, deux et même trois mandats sans tenir de référendum sur la souveraineté. C'est ce qu'a indiqué Mme Marois au cours d'un point de presse alors qu'elle s'apprêtait à participer, hier matin, à sa première réunion du caucus de ses députés à titre de chef du PQ. Mme Marois était accompagnée du chef de l'aile parlementaire du parti, François Gendron.
Pauline Marois est donc disposée à gouverner le Québec comme province tant et aussi longtemps que la population le souhaitera. «Ça dépendra du moment où les gens nous diront qu'ils veulent qu'on tienne un référendum ou qu'on les consulte sur cette question», a-t-elle dit. La chef péquiste se fie à «l'intelligence» de la population qui, en temps et lieu, «sera capable de nous dire quand elle sera prête à choisir sa destinée».
Entre-temps, un gouvernement péquiste dirigé par Pauline Marois continuera de défendre les intérêts du Québec pour «occuper notre place et réclamer nos pouvoirs [...]. Alors, on va faire progresser le Québec dans le sens de ses intérêts», ce que le PQ a toujours bien fait, a-t-elle fait valoir.
Toutefois, l'objectif de la souveraineté -- l'article 1 du programme du parti -- demeure.
«Ça ne veut pas dire qu'on va rester passifs. On va agir sur tous les fronts», a signalé Mme Marois. «Je souhaite évidemment qu'on convainque [la population] le plus rapidement possible. Et ça va dépendre de notre capacité de nous mobiliser, d'aller rencontrer les gens, de les écouter, de répondre à leurs attentes, à leurs questions, à leurs inquiétudes.»
Mais contrairement à ce que stipule le programme du PQ, il n'est pas question qu'un gouvernement Marois engage des fonds publics pour promouvoir la souveraineté. C'est aux militants du PQ et du Bloc québécois ainsi qu'à l'ensemble du mouvement souverainiste de faire le travail. «Il me semble qu'on a assez de pain sur la planche pour faire ce travail-là nous-mêmes», a-t-elle affirmé.
Pauline Marois a dit comprendre que des Québécois soient d'avis que le PQ devrait abandonner son option souverainiste. Un sondage CROP montrait cette semaine que 68 % des gens interrogés pensent de même, dont 48 % d'électeurs péquistes. Les péquistes ont trop parlé d'échéancier référendaire, du moyen, plutôt que de garder le cap sur l'objectif et de «parler du pays», croit Mme Marois. «Quand on passe notre temps à parler de la mécanique et que personne ne veut entendre parler de mécanique, que personne ne veut entendre parler du moyen, eh bien, évidemment, on ne séduit pas grand monde et on ne convainc pas grand monde.»
Les derniers sondages indiquent que l'«effet Marois» s'est estompé depuis la démission d'André Boisclair, bien que le PQ, à égalité avec l'Action démocratique du Québec, se tire mieux d'affaire en ce moment qu'au cours des semaines qui avaient suivi les dernières élections. «Ce dont je suis consciente, c'est qu'on a du travail à faire», a prévenu Mme Marois. «Il y a eu un bris de confiance entre le Parti québécois et la population québécoise. On a arrêté de les écouter. On a proposé des solutions toutes faites. On s'est parlé entre nous.»
Lors de la soirée d'intronisation de Mme Marois, mercredi, François Gendron a évoqué les «chicanes inutiles» au PQ et la côte à remonter, «raide, abrupte». C'est à l'ensemble du parti, à l'ensemble du mouvement souverainiste, de faire ce travail. «Je n'ai pas l'impression que c'est une personne, soit-elle talentueuse, ait-elle quelque expérience, qui peut changer ça tout d'un coup», a avancé Mme Marois.
Pauline Marois propose aussi de moderniser la social-démocratie, d'offrir autre chose que «le mur-à-mur», tout en gardant le cap sur «l'équité, la justice sociale, la défense et la protection du bien commun». Il ne s'agit pas d'un virage à droite; le PQ continuera de proposer un gouvernement de centre gauche. «Tous les partis occidentaux [...] progressistes ont fait cette démarche-là et l'ont faite, dans la plupart des cas, avec succès. Et on n'a pas besoin de se tasser à droite», estime-t-elle.
Pauline Marois devait présenter hier soir une proposition à l'exécutif national pour faire avaliser par les membres les changements qu'elle veut apporter au programme du parti. Selon des sources péquistes, on veut éviter de tenir un congrès national à court terme, la seule instance habilitée à modifier les statuts et le programme du parti. Le prochain congrès national du PQ doit normalement avoir lieu en 2009.
De passage aux îles de la Madeleine hier, le premier ministre Jean Charest a repris à son compte les critiques formulées par Mario Dumont à l'encontre de Pauline Marois.
Mercredi, le leader de l'ADQ, qui reconnaissait l'expérience de Mme Marois, lui imputait néanmoins les ratés du système de santé et de la réforme scolaire ainsi que l'abandon des familles qui n'ont pas de place pour un enfant dans un centre de la petite enfance.
«Il est intéressant de constater que même M. Dumont aujourd'hui, et j'en suis très heureux, reconnaît qu'en 2007, les problèmes auxquels nous faisons face sont en grande partie [causés par] les décisions de Pauline Marois», a indiqué le premier ministre.
M. Charest a soutenu que les difficultés que la société québécoise connaît dans divers domaines, dont l'éducation et la santé, sont le résultat de décisions prises par Mme Marois. «Les mises à la retraite dans le domaine de la santé, c'est Pauline Marois. La fermeture dans les facultés de médecine, dans les sciences infirmières, c'est Pauline Marois. Et le déficit qu'elle nous a laissé en 2003, c'est Pauline Marois. Le déficit de la SGF, c'est Pauline Marois», a martelé le premier ministre.
Pauline Marois a répliqué aux attaques de Mario Dumont hier en rappelant qu'au moment des mises à la retraite massives dans le domaine de la santé, sous le gouvernement de Lucien Bouchard, elle était ministre de l'Éducation. Quant à la réforme scolaire qu'a décriée M. Dumont, Mme Marois a souligné qu'afin qu'une réforme fonctionne, il faut l'ajuster et la corriger, ce que le gouvernement Charest n'a pas fait depuis 2003.
François Gendron s'est montré cinglant à l'endroit du chef adéquiste. «Il est peut-être temps de demander à M. Dumont c'est quoi, son expérience de gestion», a-t-il lancé «Moi, j'aime mieux me fier sur [sic] quelqu'un qui a eu sept, huit ministères.»
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Avec la Presse canadienne


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