L'âge du Canada

Si le Canada avait 400 ans, la Fête du Canada serait le 3 juillet et non le 1er juillet.

Québec 2008 - 400e anniversaire de la fondation du Canada?...

Quel âge a donc le Canada? Aura-t-il 400 ans ce jeudi 3 juillet, comme nous le suggère le premier ministre Stephen Harper chaque fois qu'il nous parle du 400e anniversaire de Québec, ou a-t-il plutôt célébré hier ses 141 ans, comme nous le rappelaient les cérémonies du 1er juillet, journée dite de la Fête du Canada? La réponse est évidente. Si le Canada avait 400 ans, la Fête du Canada serait le 3 juillet et non le 1er juillet.
Il n'a jamais été question bien sûr de faire du 3 juillet la Fête du Canada. Ce n'est que depuis cette année que l'on nous présente l'arrivée de Samuel de Champlain à Québec ce 3 juillet 1608 comme l'acte fondateur du Canada. Après Jamestown en Virginie, Québec sera le deuxième établissement permanent en Amérique du Nord et le premier en Nouvelle-France. Selon le premier ministre Harper, qui le disait encore une fois hier, Champlain aura été le premier gouverneur du Canada.
S'il n'a aucune velléité de changer quoi que ce soit au calendrier des fêtes nationales, que cherche donc Stephen Harper en louant à répétition le rôle de Champlain, si ce n'est à s'approprier cet anniversaire pour renforcer le sentiment national canadien, dans la droite ligne du «nation building» pratiqué par tous les gouvernements fédéraux ces dernières décennies? En parlant d'acte fondateur, il ne fait d'ailleurs que reprendre les mots du premier ministre Paul Martin lorsque, en 2004, il célébrait le 400e anniversaire de Port-Royal, fondé le 26 juin 1604 par Pierre Dugua, sieur de Mons, et Samuel de Champlain dans ce qui est aujourd'hui la Nouvelle-Écosse. À la différence de Québec, l'établissement de Port-Royal ne fut pas permanent, comme l'avait rappelé Jean-Paul L'Allier, alors maire de Québec.
S'il ne peut être question de changer le 1er juillet comme Fête du Canada pour le 3 juillet ou, pourquoi pas le 26 juin, c'est que la Nouvelle-France et l'Acadie ne font pas partie, pour les Canadiens non «Canadiens-français», de l'histoire commune du pays. Les colonies françaises font partie de la pré-histoire, pas de la vraie histoire du pays, qui commence avec la Confédération en 1867. Pas surprenant puisque, selon les résultats d'un sondage effectué pour le Dominion Institute et publié hier, les Canadiens connaissent mieux l'histoire des États-Unis que la leur!
La valorisation que fait Stephen Harper de cette période est du même ordre que ses efforts pour commencer toujours ses interventions en français, première langue officielle du Canada. Ou encore pour faire voter aux Communes la reconnaissance de la nation québécoise. Des gestes qu'il faut classer au rang des nobles intentions dont on ne peut cependant réalistement espérer qu'elles soient suivies de gestes concrets. Il sait qu'en dehors du Québec, il n'aurait pas l'appui nécessaire pour donner une portée politique réelle au concept de la nation québécoise, comme bien des Québécois l'attendent. Son discours s'appuie sur le postulat des deux peuples fondateurs auquel adhère toujours le Québec, mais de moins en moins, sinon plus du tout, le Canada anglais.
Le Québec et le reste du Canada, exception faite de l'Acadie, vivent dans des mondes parallèles. Il est d'ailleurs de plus en plus difficile de parler du reste du Canada comme étant le Canada anglais. Les espaces communs, du moins au plan culturel, sont de plus en plus ténus. Par la force des choses, même les fêtes prennent une signification différente selon que l'on est du Québec ou d'une autre province. Ainsi, la Fête du Canada n'était hier pour bien des Québécois qu'un simple jour de congé et bien peu la fête nationale que c'était pour les autres Canadiens. Demain, jour anniversaire de la fondation de Québec, sera vécu à l'inverse.
Bien peu en dehors du Québec vivront le rappel du 3 juillet 1608 comme le point de départ de leur histoire. Normal, car pour le percevoir ainsi, il faut se sentir partie de cette histoire. Il faut aussi se sentir lié au destin de ce peuple fondateur qui lutte toujours pour perpétuer le premier établissement français en Amérique du Nord. Il n'y a rien de choquant à cette différence d'attitude. Le sont toutefois les tentatives de détourner le sens de cet événement, qui est moins de magnifier le Canada que d'assurer la pérennité de la langue et de la culture françaises sur ce continent.
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bdescoteaux@ledevoir.com


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