400e - une affaire canadian ?

Pour qui le 400e anniversaire de la ville de Québec ?

C’est plus que la Fête qui va être gâchée, c’est l’avenir même de l’indépendance du Québec qui est bloqué une fois de plus

Chronique de Bruno Deshaies



Le 400e anniversaire est une opération charme organisée par le pouvoir dominant, c’est-à-dire le pouvoir fédérant au Canada. Qui est-il ? C’est le gouvernement fédéral avec l’assentiment du Parlement canadian. Même Guy A. Lepage qui fut un fidèle, un apôtre ou un épigone de Bourgault ne fait que des « steppettes » dans la cour de son maître, comme le fou du roi à la cour au Moyen Âge. Il rend service. Un point, c’est tout !
Voir : [« Un Coup d’envoi décousu et fourre-tout. Vu de la télé, le Coup d’envoi du 400e manquait nettement de cohésion. »->Un-Coup-d-envoi-decousu-et-fourre] Dans Le Soleil, mardi 1er janvier 2008.
Dans cet article, le journaliste Richard Therrien met en évidence le simplisme de ce coup d’envoi des Fêtes du 400e. Sa critique est globalement juste. Cependant, le problème est beaucoup plus profond que ce qu’il imagine. La mission de Radio-Canada consiste en premier lieu à PROMOUVOIR L’UNITÉ CANADIENNE. C’est la loi même de cette institution qui nous le dit. Cette institution en est une de propagande systématique du fédéralisme comme panacée politique – ET À NOS FRAIS, EN PLUS !
L’apôtre souverainiste de l’émission TLMP n’est qu’une marionnette du pouvoir fédérant à son corps défendant. La rediffusion de l’entrevue avec Yvon Deschamps à TLMP nous montre à quel point cette émission peut être manipulée. Par exemple, on a surtout retenu la déclaration d’Yvon Deschamps qui annonce que l’indépendance du Québec n’a été qu’une question de génération. À 72 ans, il trouve immoral d’imposer à la prochaine génération son option personnelle. Il laisse aux autres le choix de faire ce qu’ils veulent. À son âge, nous dit-il, il n’a plus à s’en mêler. Quelle décevante déclaration. S’il voulait au moins en discuter avec les indépendantistes de son âge, il s’apercevrait qu’il fait fausse route. Personnellement, j’ai la conviction qu’il ne veut même pas en discuter ni même accepter une rencontre qui pourrait mettre certaines de ses idées dans une perspective plus large qu’une question de génération. Quand avons-nous remarqué une fatigue de Bernard Derome au sujet du fédéralisme au cours de la même génération et encore aujourd’hui ?
Le pacte entre les deux nations est évoqué en ce moment par le premier ministre Stephan Harper en soutenant fièrement que le 400e anniversaire de Québec fait partie de l’histoire du Canada uni d’hier à aujourd’hui. Il persiste à nous faire admettre subliminalement que les Québécois sont annexés pour toujours au Canada-Anglais. Pourtant, la lutte nationale continue, même si nous ne la voyons pas (ou que nous ne voulions pas l’admettre). Nous aimons être flattés. Naïvement, les fédéralistes québécois croient que le Canada leur appartient. Quelle fumisterie ! Aucun autre premier ministre du Canada n’a agi ou n’agirait autrement.
Il y a deux méthodes : l’une forte, l’autre idéologique. La première, c’est l’intervention armée. C’est ce que Pierre Elliott Trudeau a fait. La seconde, c’est l’intervention symbolique. C’est ce que fait Harper après Mulroney qui a suivi la tradition politique canadian depuis John A. Macdonald ainsi que les fondements du rapport Durham. Croyez-vous sincèrement que ces deux méthodes seront vraiment abandonnées après la chute du pouvoir par Harper aux prochaines élections ?
Ne jouons plus à l’autruche. Ce qui s’en vient sera la plus immense offensive d’assimilation politique du Québec. L’inconscience du gouvernement fédéraliste de Jean Charest et son manque de sensibilité au problème national des Québécois-Français sont tragiques. La désorganisation des indépendantistes, pour ne pas dire leur désorientation et leur désunion, n’en n’est pas moins alarmante. Le PQ et le BQ se complaisent trop dans leurs certitudes politiciennes. Quel malheur ! Le 400e anniversaire de Québec en est une preuve supplémentaire.
Bruno Deshaies
http://blogscienceshumaines.blogspot.com/
P.-S. Pour votre plaisir, aller consulter The Achilles Heel of the Separatist Man, le rêve canadian sur UNI.CA en réaction à notre chronique du 18 octobre 2007.

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Bruno Deshaies209 articles

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BRUNO DESHAIES est né à Montréal. Il est marié et père de trois enfants. Il a demeuré à Québec de nombreuses années, puis il est revenu à Montréal en 2002. Il continue à publier sa chronique sur le site Internet Vigile.net. Il est un spécialiste de la pensée de Maurice Séguin. Vous trouverez son cours sur Les Normes (1961-1962) à l’adresse Internet qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 (N. B. Exceptionnellement, la numéro 5 est à l’adresse suivante : http://www.vigile.net/Les-Normes-en-histoire, la16 à l’adresse qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-15-20,18580 ) et les quatre chroniques supplémentaires : 21 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique 22 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 23 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509 24 et fin http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19636 ainsi que son Histoire des deux Canadas (1961-62) : Le PREMIER CANADA http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5 et le DEUXIÈME CANADA : http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29 et un supplément http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

REM. : Pour toutes les chroniques numérotées mentionnées supra ainsi : 1-20, 1-5 et 1-29, il suffit de modifier le chiffre 1 par un autre chiffre, par ex. 2, 3, 4, pour qu’elles deviennent 2-20 ou 3-5 ou 4-29, etc. selon le nombre de chroniques jusqu’à la limite de chaque série. Il est obligatoire d’effectuer le changement directement sur l’adresse qui se trouve dans la fenêtre où l’hyperlien apparaît dans l’Internet. Par exemple : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 Vous devez vous rendre d’abord à la première adresse dans l’Internet (1-20). Ensuite, dans la fenêtre d’adresse Internet, vous modifier directement le chiffre pour accéder à une autre chronique, ainsi http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29 La chronique devient (10-29).

Vous pouvez aussi consulter une série de chroniques consacrée à l’enseignement de l’histoire au Québec. Il suffit de se rendre à l’INDEX 1999 à 2004 : http://www.archives.vigile.net/ds-deshaies/index2.html Voir dans liste les chroniques numérotées 90, 128, 130, 155, 158, 160, 176 à 188, 191, 192 et « Le passé devient notre présent » sur la page d’appel de l’INDEX des chroniques de Bruno Deshaies (col. de gauche).

Finalement, il y a une série intitulée « POSITION ». Voir les chroniques numérotées 101, 104, 108 À 111, 119, 132 à 135, 152, 154, 159, 161, 163, 166 et 167.





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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    22 mars 2008

    Il n'est tient qu'à nous de célébrer les 400 ans du Québec, et pas seulement de la Ville de Québec.
    Commes les 400 ans de la colonisation de la Nouvelle-Angleterre en 2007.
    Comme les 400 ans du peuple acadien en 2004.
    Il n'en tient qu'à nous de nous donner un Pays aussi ...

  • Archives de Vigile Répondre

    23 janvier 2008

    Selon moi, le 400e tel que présenté, n'est pas pour les Québécois, mais c'est une récupération, pour la propagande fédéraliste. C'est mon avis et je constate avec plaisir que je ne suis pas seule de cet avis
    Je suis très déçue de l'affirmation d'yvon Deschamp. A 84 ans, je souhaite plus que jamais l'indépendance du Québec, et au moins quatre (possiblement cinq) de mes six enfants, ainsi que plusieurs de mes petits enfants désirent fortement un Québec indépendant. Nous le désirons davantage que le Parti Québécois... Annette Houle

  • Archives de Vigile Répondre

    5 janvier 2008

    Oubliez le 400e.
    Célébrez le 250e anniversaire de la victoire de Fort-Carillon (Ticonderoga) qui sauva la Nouvelle-France d'une invasion continentale et du nettoyage ethnique comme ce fut le cas dans les Maritimes.
    Le régiment des Highlanders (Black Watch) y subit sa pire défaite de son histoire multicentenaire. Et ce, malgré la supériorité des troupes britanniques sur les quelques centaines de soldats français et miliciens canadiens.
    Je doute qu'Ottawa voudrait s'y impliquer.

  • Gaston Boivin Répondre

    4 janvier 2008

    Après avoir toujours refusé de reconnaître notre différence et après avoir décidé depuis quelques décennies de la filtrer pour empêcher son affirmation dans sa boîte à propagande "Radio-Canada", le fédéral, depuis 1995, cherche maintenant à nous en déposséder dans la vie de tous les jours et à l'extirper de nos coeurs et de nos esprits. Cela a commencé avec l'extravagante et folle croisade, l'avalanche devrais-je dire, des petits drapeaux de Sheila Coops, puis on a eu droit à l'opération commandite, à l'invasion et à la manipulation de nos institutions universitaires par la voie de la subvention et de la création de Chaires canadiennes de ci et de cela qui se multiplient à outrance, à la banalisation de l'existence de la nation par sa reconnaissance futile dans un Canada uni, et, maintenant, avec la comlicité d'un gouvernement indigne de représenter notre peuple et de certains de ses autres suppôts issus d'une certaine élite de Québec, il se permet de filtrer notre histoire et la fête commémorant la naissance de notre peuple pour l'ajuster au diapason de l'hymne national canadien. Non seulement, il nous censure ainsi notre fête mais nous sommes tous par là victimes d'une immense tentative de rééducation nationale. On se croirait en Chine sous la férule de Mao Tse Tung! Nous, les vieux de la vielle, nous sommes à l'abri de toutes ces manipulations décrites et de toutes ces autres que j'ai passées sous silence, mais, dans 20 ans, 30 ans, toutes ces manigances risquent de faire les ravages que leurs auteurs anticipent chez notre decendance. Il faudrait que certains de nos leaders nationalistes se révellent et qu'ils s'attardent à ce que nous avons entendu de certains fédéralistes pour expliquer et justifier certaines de leurs exactions et infamies:" Si c'était à refaire, je le referais: nous étions en guerre, nous sommes en guerre!" Pour reprendre l'expression de monsieur Julien Lotbinière, ils devraient se dire comme lui:"Nous, nous sommes sous occupation"! Quant à moi j'ajouterais pour renchérir ce propos de monsieur Julien que la Confédératio canadienne n'est que l'institutionnalisation de la COLLABORATION. Bravo, monsieur Deshaies pour votre texte très pertinent.

  • Archives de Vigile Répondre

    3 janvier 2008

    Voilà pourquoi le peuple du Québec doit se donner rendez-vous le 3 juillet prochain, à 13 heures, devant la statue de Samuel de Champlain dans le Vieux-Québec.
    C'est à suivre!