Je m’ennuie de René Lévesque

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Il a été un plus brillant ministre des ressources naturelles que Premier ministre

Je m’ennuie de René Lévesque.


En cette ère où la classe politique québécoise est tout sauf enthousiasmante, mon affirmation aura l’air d’un cliché éculé. Qui ne se réclame pas, aujourd’hui, de René Lévesque, à commencer par ceux qui dilapident son œuvre à temps plein?


Je veux d’emblée dire que je m’oppose à l’abus de glorification de la mémoire de René Lévesque, et que j’ai même été très critique face à celle-ci, dans mon premier livre, en 2014.


Cette chose étant dite, alors que nous apprenons de plus en plus, à nos dépens, les coûts de la tyrannie médicale au Québec, le René Lévesque de 1962 nous manque cruellement. Je terminais d’ailleurs mon dernier texte ainsi: «Un ministre de la Santé négociant avec les fédérations médicales, ça doit ressembler aux rencontres entre René Lévesque et les trusts hydroélectriques en 1962, qui exploitaient sans vergogne les richesses naturelles du Québec. Et pourtant, ils ont été nationalisés. Mais nos élus ne sont pas de la trempe de René Lévesque. La question médicale est un enjeu colonial.»


En 1962, alors ministre des Richesses naturelles, René Lévesque a effectivement nationalisé les ressources hydroélectriques. Il était, tout d’abord, un communicateur hors pair et un pédagogue à la verve impressionnante. Prenez le temps de regarder la vidéo suivante, ça vaut la peine:




«Ça, c’est, en gros, le tableau du système de fou qu’on a actuellement. [...] La nationalisation baroque des dépenses, mais pas celle des profits, qui coulent en dehors de la province.»


Ça ne vous fait pas penser au présent système médical, permettant à des entrepreneurs privés – qui font partie du 1 pour cent le plus riche au Québec – d’engranger des profits pendant que la RAMQ débourse les yeux fermés, et ce, malgré les multiples scandales de surfacturation qui ont été dénoncés par le passé? N’en avez-vous pas marre des ententes de plusieurs milliards de dollars pour gâter encore plus une minorité privilégiée, des millions déboursés par erreur et des investissements en «santé» qui se retrouvent essentiellement dans les poches des médecins?


L’éléphant dans la pièce, c’est le mode de rémunération des médecins. Il faut en faire des salariés de l’État, ce qui revient à nationaliser la médecinedans un système de santé qui se veut public.


La nationalisation de l’hydroélectricité ne s’est pas réalisée en criant ciseau. Dans les années 1930, les tarifs exagérés ont mené le gouvernement du Québec à créer, en 1934, la commission Lapointe, qui se prononça en faveur d’une nationalisation. Mais ce n’est qu’en 1944 que le gouvernement du Québec l’a fait, mais seulement sur l’île de Montréal, créant ainsi Hydro-Québec.


En 1962, quand M. Lévesque a voulu nationaliser l’ensemble des ressources hydroélectriques, il a d’abord fallu convaincre son parti et ses collègues ministres, notamment par les études économiques de Jacques Parizeau. La bataille a été ardue. Puis, il a fallu gagner la bataille de l’opinion publique lors d’une élection référendaire avec pour slogan «Maîtres chez nous». Il a aussi été nécessaire de convaincre les Américains, à New York, d’octroyer un prêt pour permettre la nationalisation. Mais il a surtout été impératif, pour le ministre, de tenir tête à onze compagnies privées qui faisaient la pluie et le beau temps sur la province, et qui étaient habituées à littéralement contrôler les orientations politiques du ministère.


Et pourtant, il l’a fait.


Aujourd’hui, la puissance des fédérations médicales est comparable à celle des trusts hydroélectriques dans le Québec d’avant 1962. Dès 1970, la commission Castonguay-Nepveu, qui mena à la création de l’assurance maladie, proposait d’abandonner progressivement le mode de rémunération à l’acte des médecins. En 2018, ça n’a toujours pas été fait. Tenir tête à cet «État dans l’État» est tout sauf facile.


«Maintenant, comment est-ce qu’on peut sortir d’un système comme celui-là? Bien, c’est la nationalisation qui nous le permet et elle nous le permet de façon à ce que ça soit profitable», disait René Lévesque.


Qui sera notre nouveau René Lévesque?


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Simon-Pierre Savard-Tremblay179 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).