Fête de famille

On doit toutefois prendre acte de cette évidence: les derniers tiraillements politiques autour du sens profond du 400e de Québec n'ont rien de «colon», bien au contraire.

Québec 400e - imposture canadian

Parlez-en en bien, parlez-en en mal... mais parlez-en! Daniel Gélinas, directeur général de la Société du 400e anniversaire de Québec, peut affirmer qu'il n'a que faire de la bisbille politique entourant les festivités de l'été: c'est à celle-ci qu'il doit d'avoir fait connaître le 400e.
Depuis que, de La Rochelle à Paris en passant par Québec et Ottawa, on s'ergote et on chipote sur le sens profond de ces 400 ans d'histoire, jamais n'aura-t-on autant parlé des célébrations à venir. En marketing, on appelle sûrement cela un heureux accident de parcours.
Le maire de Québec, Régis Labeaume, est peut-être exaspéré de tous ces démêlés historico-politiques, allant jusqu'à affubler les Québécois du quolibet de «colons» pour leurs émois entourant le passage en France de la gouverneure générale Michaëlle Jean, les faits sont éloquents: une analyse médiatique classait cette semaine l'anniversaire de Québec au sommet des nouvelles les plus médiatisées. Merci, polémique!
Les organisateurs frappaient cette semaine à la porte de la métropole pour faire mousser leur produit: 400 ans d'histoire à célébrer, une programmation riche et imposante, une pluie d'arguments destinés à convaincre même les plus récalcitrants d'aller fureter du côté de Québec cet été pour goûter un morceau d'apparat.
Montréal, hélas, est reconnu pour ses réticences presque maladives lorsque vient le temps de louer les mérites du berceau de l'Amérique française. En faisant la tournée des médias cette semaine, Daniel Gélinas n'a pas camouflé son objectif: convaincre Montréal et le reste du Québec médiatique que les fêtes du 400e ne riment pas uniquement avec déconvenue et dispute.
Il faut le dire: jusqu'en janvier dernier, les faux pas et les erreurs de parcours ont nourri la chronique mondaine. Mais ce murmure, qui a quitté Québec depuis lors, au point où la ville s'enorgueillit maintenant des célébrations annoncées, piaffant d'impatience face à l'éclat des activités à venir, ce murmure, donc, n'a pas quitté Montréal qui, boudeur, persiste et signe: cette fête ne rime qu'avec cafouillage!
Dont acte. Les organisateurs n'ont plus à persuader quiconque du plaisir que tous et chacun pourront avoir à leur guise cet été à Québec, qu'on s'y rende pour économiser en consommant moins d'essence -- un argument de «vente» utilisé hier par M. Gélinas -- ou tout simplement pour allier délices estivales et retour sur le passé.
On doit toutefois prendre acte de cette évidence: les derniers tiraillements politiques autour du sens profond du 400e de Québec n'ont rien de «colon», bien au contraire. Ils prouvent avec éloquence que le 400e est bien plus qu'une fête où on choisira d'applaudir Céline Dion, de s'émerveiller avec Robert Lepage ou de suivre le regard de Jean-Claude Labrecque. Une grande fête de famille, oui, mais rivée sur un socle: celui d'une histoire aux multiples visages.
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machouinard@ledevoir.com


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