État de la Nation

La recette pour remettre la souveraineté à l’avant-plan est de la rendre désirable.

2011 - actualité souverainiste

Un 24 juin pluvieux et gris mais propice à une réflexion sur l’état de la nation après une déconfiture du Bloc le 2 mai et une crise au PQ qui ne finit plus par finir.
Pour le Bloc, poussière retombée, il ne faudrait pas tomber dans un défaitisme démoralisant.
En envoyant 59 néo-démocrates à Ottawa on doit se réjouir que le Québec ait parlé haut et fort pour un changement et ce, aussi illusoire soit-il. Le vote du Québec est demeuré homogène et suscite toujours une séduction distincte. Les résultats de cet appui solide à Jack Layton ne mentiront pas sur les intérêts que le NPD ne peut défendre pour les Québécois. C’est là que les survivants du Bloc auront la chance de démontrer les limites d’un parti pan canadien à défendre les intérêts de la nation quand ils se heurtent à ceux de la majorité canadienne.
Dommage qu’il faille refaire encore des preuves interminables sur les vrais rapports de force existant depuis toujours en ce pays qui tient la nation prisonnière d’un carcan politique.
Pour les individus on appelle cela de la dépendance affective. Le Bloc pourra continuer à démontrer sa pertinence malgré une députation affaiblie, les occasions à cet égard ne manqueront certainement pas.
Se sentant condamnés par défaut à élire le PQ aux prochaines élections au Québec, les québécois ne voulaient pas tout mettre leurs œufs dans le même panier.
Il ne faut pas oublier ce paradoxe historique du vote des québécois. Bleu à Québec, Rouge à Ottawa et vice-versa. Jouer sur tous les tableaux et tourner en rond. Nous avons ce que l’on mérite, diront certains.
Quoique difficiles les crises ont le mérite de redynamiser l’action. Je salue l’honnêteté intellectuelle de Pauline Marois qui avoue son erreur de ne pas avoir consulté son caucus pour le projet de loi de l’amphithéâtre.
D’avoir cependant donné son aval à la lettre des douze à l’endroit de Jacques Parizeau fut d’une maladresse évidente. On ne fait pas de remontrance à un icône de la grande cause. Les raisons de Benoit Charrette motivant sa démission expliquent assez mal sa participation au groupe des douze qui imploraient monsieur Parizeau de leur faire confiance. Pauline Marois aurait du avoir le flair minimum de savoir que Jacques Parizeau ne se laisserait pas museler et que la réplique serait cinglante. Pour celle là, elle aura été d’un masochisme déplorable pour son parti.
Que certains déserteurs du camp péquiste évoquent que le nouveau programme ne va pas assez loin et que d’autres évoquent qu’il va trop loin a pour effet de consolider le programme du parti défendu par Pauline Marois et d’épurer le parti de ses insatisfaits. Il est normal qu’après un Congrès on se rallie ou bien on quitte. Dieu merci que certains ont l’honnêteté et le courage de quitter pour leurs convictions. Faut-il aussi qu’ils profitent de cette décision pour changer des choses.
La recette pour remettre la souveraineté à l’avant plan est de la rendre désirable. À cet égard, d’avoir éliminé du programme la nécessité d’une réforme du mode de scrutin pour le rendre proportionnel est une erreur fondamentale car ce projet était au programme du parti depuis sa fondation et reflétait un changement souhaité.
Le Parti Québécois a aussi abandonné sa mission d’éducation politique pour promouvoir son option. Aucun autre moyen efficace n’a plus remplacer les assemblées de cuisine dans lesquelles on distribuait les petits livrets questions-réponses intitulés entre autre ‘’C’est pas sorcier!’’ On ne peut pas faire progresser une option quand on n’en parle pas, quand on ne la colle pas à la réalité de tous les jours et quand on ne travaille pas à la rendre souhaitable.
Contrairement à Québec Solidaire qui représente strictement des indépendantistes de gauche, le Parti Québécois est une coalition qui, autant qu’elle soit historiquement difficile à gouverner, elle représente quand même une mixité sociale représentative face à l’option.

Insatisfaits de la stagnation des gouvernements, le 2 mai doit nous apprendre que les citoyens veulent du changement et ils vont voter pour celui qui leur propose des changements souhaités depuis longtemps.
Souhaitables ou pas les changements proposés par François Legault ont le mérite de brasser la cage pour remettre de l’ordre dans les systèmes sclérosés du gouvernement québécois. Devant les situations déplorables actuelles tant en santé qu’en éducation notamment, tout agent de changement proposé sera appuyé. Étant le plus taxé en Amérique du Nord les services que nous nous sommes donné se doivent d’être d’une qualité irréprochable.
Je dois redire que les québécois ne feront pas le grand pas vers l’indépendance si nous sommes incapables de prouver notre capacité à gérer nos juridictions actuelles. C’est un préalable essentiel à toute reprise de la lutte. L’étape Legault pourrait bienêtre jugée primordiale pour plusieurs indépendantistes.
En l’absence d’un mode de scrutin proportionnel nos députés démissionnaires devraient y aller immédiatement d’une nouvelle façon de faire de la politique tel que prôné par Pierre Curzi. Former le parti des indépendants afin d’y associer tous les députés indépendants. Le but ultime du parti serait d’être un parti reconnu avec 12 députés ce qui lui procurerait un droit de parole spécifique à chaque député de même que le partage équitable entre les députés indépendants des budgets de recherches alloués aux partis reconnus. Il sera évidemment difficile pour chaque député indépendant de se faire réélire si l’électeur n’y voit pas une plus-value. Un député qui ne serait pas tenu par une ligne de parti pourrait grandement rehausser la valeur des débats. Le peuple est écœuré du minable spectacle donné au salon de la race qui limite la qualité des débats à une partisanerie souvent dégradante et démagogique.
En attendant le courage politique d’instaurer un mode de scrutin proportionnel, un parti des indépendants pourrait être utile à la cause.
Il ne manque que 3 députés pour rendre ce projet réalisable. Imaginez des députés libres de leur droit de vote, de leur droit de parole et libre de défendre les dossiers qui leur tiennent à cœur.
Fort à parier que ce projet pourrait séduire d’autres députés pour le rendre possible. L’hémorragie n’est peut-être pas terminée !

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James A. Wilkins
Lac Brome
24 juin 2011


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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    26 juin 2011

    Me Pierre Cloutier qui écrit : «Solution ? Une coalition citoyenne indépendantiste avec 125 candidats et candidates connus et respectés de la population»
    Bonne idée en principe mais 2 petits problèmes ici :
    -Recruter 125 candidats connus et respectés de la population…tout un défi.
    -Les présenter contre des candidats du PQ et de Québec solidaire, ce qui diviserait las souverainistes en 3 parties plus ou moins égales.
    Faudrait que le PQ et que Québec solidaire se fasse hara-kiri. Peu probable. Ils ne voudront même pas fusionner.

  • Archives de Vigile Répondre

    25 juin 2011

    M.James A. Wilkins
    Le vote proportionnel est le nouveau miroir aux alouettes. Cela semble intéressant, mais en pratique vous changer un mauvaise système par un pire. Car le première année, le modèle est intéressant jusqu'au moment que les partis de coalition apparaissent. À partir de se moment vous vous retrouvez avec un système à parti unique.
    En France, tous les partis sont composés de gauchistes, de droitistes et de verts. Et la très grande majorité de ces partis sont centriste. Conclusion c'est un modèle fantastique, mais uniquement si vous êtes centristes.
    Honnêtement, vous croyez pas que, tant qu'à se donner un nouveau modèle, que l'on devrait prendre un modèle qui nous permet de dire notre mot:
    - Quand les politiciens vont des traités internationaux sans nous demandez notre avis.
    - Quand les politiciens modifient unilatéralement la Constitution.
    - Ou que les juges interprètent d'une façon ridicule ce que devraient être un accommodement raisonnable.
    - Ou que les politiciens semblent plus intéressé à ramasser des enveloppes brunes que de faire leurs travails
    Si vous croyez que le peuple devrait avoir le dernier mot dans toutes les situations. Et surtout le pouvoir de changer les choses, il n'y a que le modèle politique des Suisses: La démocratie directe.
    Mais sur le diagnostique, je suis entièrement d'accord avec vous. Le problème principal n'est pas Mme Marois. Le problème est que ce projet de souveraineté est une coquille vide. Et que l'on doit le redéfinir pour en faire un projet intéressant.

  • Archives de Vigile Répondre

    25 juin 2011

    Un (autre) parti d'indépendants et un mode de scrutin proportionnel: voilà des propositions qui pourraient provenir du Bureau du Conseil privé (http://www.pco-bcp.gc.ca/index.asp?lang=fra)
    « La représentation proportionnelle est un système éminemment raisonnable et évidemment juste ; seulement, partout où on l’a essayée, elle a produit des effets imprévus et tout à fait funestes, par la formation d’une poussière de partis, dont chacun est sans force pour gouverner, mais très puissant pour empêcher. C’est ainsi que la politique devint un jeu des politiques. »
    Émile Chartier, dit Alain, philosophe français (1868-1951), Propos, 1er septembre 1934.

  • Archives de Vigile Répondre

    25 juin 2011

    La proportionnelle est une lubie que je m'explique pas.
    Le PQ a été élu à 4 reprises
    1976 : 41% des voix, 71 députés sur 110
    1981 : 49% (merci à Claude Ryan), 80 comtés sur 122
    1994 : 44,75% contre 44,40% pour les Libéraux ; 77 comtés sur 125
    1998 : 42,87% contre 43,55% pour les Libéraux ; 76 comtés sur 125.
    Dans le meilleur scénario, dans le scénario de rêve, que dis-je, dans le scénario miraculeux, Pauline pourrait aller chercher 38 à 40% gros, gros max ce qui lui donnerait, dans le système actuel, le pouvoir et les deux mains sur le volant.
    Alors est-ce qu'on pourrait m'expliquer pourquoi faudait changer le système afin que le PQ ne prenne jamais le pouvoir majoritaire puisque je ne vois pas comment il pourrait un jour aller chercher 50%?

  • Archives de Vigile Répondre

    25 juin 2011

    Vous avez un bon flair. J'ajouterai ceci :
    1 - En 2011, à l'heure de l'Internet, on n'a pas besoin d'une parti politique traditionnel de masse, comme le Parti québécois, pour faire l'indépendance. Trop lourd, trop hiérarchique, trop énergivore. Déficit démocratique important.
    2 - Pas besoin non plus d'un programme électoraliste de gouvernance provinciale pour prendre le pouvoir provincial et conquérir le gouvernement de la province de Québec.
    3 - Solution? Une coalition citoyenne indépendantiste avec 125 candidats et candidates connus et respectés de la population, unis par un simple Pacte à 2 volets : souveraineté de l'État et souveraineté du peuple . Déclaration d'indépendance et constituante.
    4 - Pas de chef mais un simple coordonnateur. Pas de ligne de parti sauf les 2 éléments du pacte. Pas de gouvernance provinciale prolongée. Liberté de parole des députés. Des charges temporaires et non renouvelables.
    5 - Bref, un changement de paradigme total et complet. Si non, on s'enlise et on est MORT.
    Pierre Cloutier