Gouvernement Marois

Dur, dur d’être minoritaire

L’obligation de rechercher des compromis a un prix.


L’Assemblée nationale a suspendu ce vendredi ses travaux pour la relâche des Fêtes de fin d’année. Ce fut pour le gouvernement Marois une première session en montagnes russes, ses erreurs occultant souvent ses bons coups. On l’avait cru mieux préparé.

Le résultat de l’élection du 4 septembre ne fut pas celui qu’attendait Pauline Marois. Elle avait espéré un gouvernement majoritaire, mais le pire des scénarios s’avéra avec un gouvernement minoritaire obtenu à l’arraché sans perspective d’alliance avec l’un ou l’autre parti d’opposition. Sa marge de manoeuvre allait être mince.
Dans les circonstances, le gouvernement Marois aura su composer avec la situation. Son premier souci fut de se donner du temps, ce qu’il a réussi à faire en déposant immédiatement un budget que l’opposition ne pouvait rejeter sitôt après les élections. Pourvu qu’ils aient l’intelligence de ne pas agiter de chiffons rouges devant leurs adversaires avec des projets de loi inutilement provocateurs, les péquistes peuvent ainsi espérer contraindre libéraux et caquistes à attendre au printemps 2014, moment du prochain budget, avant de les défaire.
Cela étant, la première ministre Marois aura voulu démontrer qu’un gouvernement minoritaire n’est pas condamné à la paralysie. D’entrée de jeu, dès le jour de son assermentation, elle a manifesté sa volonté d’agir en annonçant la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2 et l’abandon du soutien financier à l’exploitation de l’amiante. Deux décisions qui ont soulevé un doute tant elles ont paru soudaines et brutales pour les populations concernées. Le mot « improvisation » a vite collé à l’image du gouvernement quand s’est ajoutée la décision d’abolir la taxe santé remplacée par un impôt rétroactif pour les contribuables à hauts revenus.
Le qualificatif était largement mérité. On se pressait. On ne faisait pas ses devoirs avant d’annoncer des décisions sur lesquelles il faudrait revenir. Prévalait la volonté de tenir des promesses électorales sur le sens des responsabilités. On sut alors que le Parti québécois était bien moins préparé à assumer la direction des affaires gouvernementales qu’il ne l’avait prétendu. Des ministres comme Daniel Breton et Martine Ouellet se commirent ainsi sur des sujets qui obligèrent la première ministre à corriger le tir. Elle-même dut se corriger cette semaine à propos de la double nomination accordée à André Boisclair à la délégation du Québec à New York avec le titre de sous-ministre. Les électeurs ont été sages en donnant au Parti québécois un mandat minoritaire. S’il avait été majoritaire, le nouveau gouvernement aurait agi sans doute avec moins de retenue.
La première ministre Marois aura su néanmoins prendre la vraie mesure de sa situation. Sur le plan parlementaire, elle a su trouver avec l’opposition les nécessaires consensus. Le meilleur exemple en est l’adoption du projet de loi sur le placement dans l’industrie de la construction, qui a exigé de la part du gouvernement et de l’opposition de surmonter l’esprit partisan qui fait trop souvent oublier l’intérêt public. Un piège que les députés ont su éviter lorsque fut le temps de débattre des projets de loi sur l’intégrité et sur le financement des partis politiques, qui ont été adoptés à l’unanimité. Convenons qu’ils ne pouvaient faire autrement tant les attentes des Québécois sont élevées en ce qui a trait à la lutte contre la corruption.
L’obligation de rechercher des compromis a toutefois un prix. Le gouvernement Marois ne peut se permettre de s’éloigner trop de sa base électorale naturelle en lui donnant l’impression qu’il sacrifie ses valeurs. À cet égard, la première ministre a pu décevoir certains de ses militants. Le projet de loi réformant la loi 101 n’a pas le tonus attendu. Le budget Marceau n’a par ailleurs pas répondu aux attentes de ses alliés à gauche en privilégiant la lutte contre le déficit aux dépens des mesures d’équité.
Gouverner en situation minoritaire est certainement l’un des cas de figure les plus difficiles pour un premier ministre. La moindre erreur peut s’avérer coûteuse. Mme Marois en a certes commis plusieurs, mais, à sa décharge, elle a su éviter l’immobilisme dans lequel le gouvernement minoritaire de Jean Charest s’était réfugié en 2007. Cela aurait été une erreur fatale, car les Québécois attendent du gouvernement qu’il gouverne. Cela, elle l’a fait.


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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    9 décembre 2012

    L'avantage d'être minoritaire pour le PQ, c'est qu'ils peuvent prétendre être progressiste sans l'être.
    C'est peut-être la première fois de l'histoire que le PQ n'a pas besoin de brandir la carotte indépendantiste pour garder ses troupes dans le rang afin d'appliquer leur agenda néo-libéral en toute liberté.

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