Devoir de mémoire ou d'histoire ?

Le supposé « négationniste » Philpot instruit davantage que les moralistes du « plus jamais ça ! »

Québec 2007 - Philpot et le Rwanda

[Lettre proposée au Devoir, qui ne l'a jamais publiée. — Richard Gervais, 8 mars 2007.]
Depuis l'enquête de Robin Philpot, Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali, je ne peux recevoir sans extrême réserve le roman de Courtemanche, Un dimanche à la piscine à Kigali ou la bédé de Stassen, Déogratias. Ces œuvres braquent le projecteur sur le « génocide » pour mieux perdre dans le halo tout ce qui peut l'expliquer ; elles rétrécissent la perspective aux amis et à la famille au mépris des rapports politiques à l'œuvre en Afrique centrale. Et merci au Devoir qui a publié les questions topiques de Philpot au général Dallaire.
Des lecteurs s'en indignent : Quoi ? Nous le tenons notre crime contre l'humanité : « génocide », et vous viendriez nous l'enlever ! Oui, nous fermons les yeux sur les circonstances de la tragédie rwandaise, mais c'est pour ne pas justifier les coupables : nous méprisons l'histoire par devoir de mémoire, voyez-vous ! D'ailleurs, parlons-en des conditions, des causes, des facteurs… Il n'y a qu'une chose à comprendre et c'est que là-bas le Mal en personne a frappé — le général Dallaire, dégoûté, lui a même « serré la main ! » Et voilà le chapitre.
Pourtant, à ne vouloir rien voir autour, on ne saura non plus rien voir venir. Par-delà l'indignation morale, le jugement politique est le meilleur moyen d'accéder aux leçons de cette horreur et d'en empêcher la répétition historique. Le supposé « négationniste » Philpot instruit davantage que les moralistes du « plus jamais ça ! » qui se font bien voir en mangeant du « génocidaire ». Philpot risque moins qu'eux d'être le jouet des propagandes titanesques qui s'affrontent dans la région parce qu'au moins, lui, il ne fait pas le choix de les ignorer.
Richard Gervais

Sainte-Adèle, 24 janvier 2004


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