Harper ou le retour à Pearson

La nation québécoise vue par les souverainistes québécois

Le premier ministre Stephen Harper propose à la Chambre des communes canadienne de reconnaître officiellement que «les Québécois forment une nation». L'affaire recèle un énorme potentiel pour le souverainisme québécois.
Il est vrai que Harper ajoute «au sein d'un Canada uni». Mais en vertu de quoi, nation à l'intérieur du Canada, le Québec cesserait-il de l'être à l'extérieur? Pourquoi, nation au sein d'un Canada uni, serait-il autre chose dans un Canada désuni? Si Harper fait cet ajout, c'est qu'il ne veut pas que le Québec utilise cette reconnaissance pour faire sécession. Soit. Mais en quoi le Québec pourrait-il utiliser sa reconnaissance nationale pour se séparer du Canada? En ceci que, sur le plan international, l'idée de nation comporte le droit de disposer de soi-même. Si donc, en son premier segment, la proposition Harper reconnaît explicitement que «les Québécois forment une nation», son second segment le reconnaît implicitement.
Quels que soient les calculs tacticiens de Harper, et ils sont évidents, le Bloc québécois a bien fait d'appuyer en chambre sa proposition, car elle permet de toute façon de retourner ces calculs politiciens contre leurs maîtres et de renforcer le combat souverainiste. C'est d'ailleurs pourquoi le Parti libéral du Québec s'est empressé, dès que Harper eut fait sa proposition, d'occuper l'espace public en entonnant les louanges du fédéralisme canadien, son ouverture et sa souplesse. Jean Charest sait bien qu'en réalité la proposition Harper offre aux souverainistes de multiples avantages -- pour peu toutefois qu'ils sachent les exploiter.
1) Il dépend des souverainistes que cette reconnaissance marque la fin de l'ère Trudeau. La proposition Harper est en effet un retour à la formule de Lester B. Pearson, qui, on s'en souviendra, reconnaissait volontiers le Québec comme «nation dans la nation» (a nation within a nation).
2) Il incombe aux souverainistes de faire valoir cette reconnaissance contre la dionesque loi «sur la clarté», par laquelle le Canada prétend s'arroger le droit de disposer du Québec, de sa démocratie, de sa souveraineté populaire.
3) Il leur revient de dire combien cette reconnaissance canadienne de la nation québécoise facilitera sa reconnaissance sur le plan international.
Dire «les Québécois forment une nation», ce n'est pas dire, prétendront certains, «le Québec forme un nation». On voudra interpréter la première formule comme renvoyant aux seuls «Franco-Québécois». Des quotidiens anglais s'y emploient déjà: les mêmes qui disent que les Québécois ne sont pas «inclusive», quand ça fait leur affaire! Mais l'astuce est facile à tourner. Car la définition officielle, politique, de «Québécois», c'est «résidant de la province de Québec». Et, à moins que le Bloc et le Parti québécois aient changé d'objectif, le projet souverainiste est de faire de cette province un État indépendant. Aux souverainistes, donc, d'en profiter.
*appuyé par:
Pierre de Bellefeuille, Claude G. Charron, Gérald Hudon, Claire Jacques, Denis Monière, María Teresa Pérez-Hudon, Jeannine Valois, Membres du Cercle Godin-Miron


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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    29 novembre 2006

    Voilà enfin quelques uns qui ont compris dans quel cadre stratégique il nous faut agir. Vivement une Constitution du Québec et un code de la citoyenneté pour préciser le cadre politique et juridique du projet de la Nation comme étape fondamentale à la réalisation de la Souveraineté.