Désavouer Philpot

Québec 2007 - Philpot et le Rwanda


Le chef du Parti québécois, André Boisclair, doit désavouer son candidat dans Saint-Henri-Sainte-Anne, Robin Philpot. Si les faits rendus publics au cours des derniers jours ne l'ont pas mené à cette conclusion, peut-être les considérations suivantes y parviendront-elles.
On ne finasse pas avec le mot «génocide», comme le fait M. Philpot depuis la semaine dernière. Dans son livre Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali et dans ses écrits ultérieurs, l'auteur a bel et bien nié qu'il y a eu un génocide contre les Tutsis au Rwanda en 1994. Il l'a fait en soutenant que les Hutus avaient été victimes des massacres au même titre que les Tutsis. Il a aussi tenté de démontrer que les motivations des tueurs étaient politiques et non ethniques. Coincé, il prononce aujourd'hui du bout des lèvres le mot «génocide» mais il continue d'en nier la nature, c'est-à-dire que ces centaines de milliers de meurtres commis en trois mois visaient à détruire un groupe ethnique particulier. M. Philpot n'a donc en rien abjuré la thèse que son livre met des dizaines de pages à élaborer.
Or, le consensus international est clair: il y a bel et bien eu au Rwanda un génocide contre une ethnie précise. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a fait remarquer que «des témoins de la Défense comme de la Poursuite ont présenté une preuve écrasante et non-contredite au sujet de massacres organisés de Tutsis, fondés sur leur identité ethnique.» Le Tribunal a rappelé, pas plus tard qu'il y a deux mois: «Il y a eu seulement un génocide commis au Rwanda entre le 6 avril 1994 et le 17 juillet 1994 et celui-ci a mené à la mort de centaines de milliers de Tutsis.»
Lors du 10e anniversaire de la tragédie, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a déclaré qu'il s'agissait du «génocide le plus violent que l'humanité ait connu ces cinquante dernières années et dont plus personne ne peut réfuter l'existence.» Personne, sauf Robin Philpot, candidat du Parti québécois. Jamais René Lévesque n'aurait toléré une telle candidature.
Autre fait grave. En 1998, le TPIR a accepté d'entendre les causes liées aux milliers de viols commis contre les femmes tutsies, estimant que ces viols «sont constitutifs de génocide.» Le Tribunal a constaté que les violences sexuelles commises au Rwanda en 1994 «étaient exclusivement dirigées contre les femmes tutsies, qui ont été très nombreuses à être soumises publiquement aux pires humiliations, mutilées et violées, souvent à plusieurs reprises «. Dans son livre, Robin Philpot dénonce cette décision du Tribunal, estimant que les accusations de viol étaient basées sur de «faux témoignages». Le TPIR, soutient-il en citant l'avocat de certains accusés, a introduit l'accusation de viol dans les causes des génocidaires «afin d'ajouter des accusations qui plairaient à l'opinion américaine» et de «faire plaisir aux bailleurs de fonds américains et surtout à la secrétaire d'État Madeleine Albright, qui voulait que le TPIR soit une de ses grandes réalisations». M. Boisclair n'est-il pas scandalisé par une telle banalisation de viols systématiques, lui qui affirme avec émotion que «l'égalité entre les hommes et les femmes n'est pas négociable»?
La liberté d'expression n'est pas en cause ici. M. Philpot peut bien dire et écrire ce qu'il veut. Toutefois, un parti politique qui prétend à gouverner le Québec doit défendre et refléter, notamment dans le choix de ses représentants, les valeurs humaines qui font consensus ici. Cela vaut d'autant plus pour un parti qui aspire à «la liberté de nous exprimer selon nos convictions sur la scène internationale».
Mario Dumont n'a mis que quelques heures pour destituer un de ses candidats parce que celui-ci avait prononcé trois ou quatre phrases racistes. Robin Philpot, lui, a écrit tout un livre pour nier que les Tutsis du Rwanda ont été victimes d'un génocide, pour sympathiser avec un homme reconnu coupable de génocide et de crimes contre l'humanité, et pour minimiser les violences sexuelles dont ont été victimes des milliers de femmes tutsies. André Boisclair sait cela depuis au moins quatre jours. S'il a l'étoffe d'un chef, d'un premier ministre, il n'attendra pas une minute de plus pour retirer à M. Philpot l'autorisation de se présenter sous la bannière du Parti québécois.

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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