Dans l'intérêt de qui?

La décision que s'apprête à prendre le gouvernement Charest ne sera pas respectueuse de l'opinion publique si elle ne s'accompagne pas d'une démonstration non équivoque de nos besoins en gaz naturel.

Rabaska

Échaudé par les échecs désormais célèbres de la centrale au gaz du Suroît et de la privatisation du mont Orford, le gouvernement Charest fait tout pour éviter de braquer l'opinion publique dans les dossiers environnementaux. Sa crainte de subir un autre revers l'a mené à cacher son parti pris en faveur du projet de port méthanier Rabaska, à Lévis. Son manque de transparence et sa manipulation des règles du jeu n'auront réussi qu'à braquer davantage les opposants à ce projet.

Depuis jeudi, plus personne ne doute de la volonté du gouvernement libéral de donner le feu vert à Rabaska. Invoquant l'urgence, le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, a retiré à la Commission de protection du territoire agricole (CPTA) l'examen de ce projet. Un avis préliminaire de cet organisme laissait présager son refus d'accorder la dérogation de zonage demandée. Alors que les promoteurs sont en train de négocier des contrats d'approvisionnement en gaz sur les marchés russe et algérien, le gouvernement leur a ainsi donné un feu vert officieux en attendant la décision finale, attendue d'ici deux semaines.
Cette manoeuvre, car c'est bien de cela qu'il s'agit, n'est pas contraire à la Loi sur la protection du territoire agricole, qui accorde un tel pouvoir au gouvernement. Toutefois, Québec n'y a eu recours qu'exceptionnellement. En le faisant, le ministre Béchard rompt un processus de consultation publique que la nature même du projet Rabaska rendait indispensable de mener à terme. L'installation d'un port méthanier dans une zone urbaine densément peuplée aura des impacts sur le plan de la sécurité et de la qualité de l'environnement. Au terme de ce processus, les citoyens auraient dû avoir la conviction que tout ait été dit. Cette décision dévalorise les processus de consultation publique. Le ministre nous indique que seuls les avis favorables à ses positions sont recevables.
Les arguments invoqués par Claude Béchard peuvent se ramener à un seul: l'intérêt public. Lors des audiences qu'il a menées sur ce projet, le BAPE a retenu la proposition selon laquelle les réserves de gaz de l'Ouest canadien s'épuisent et que le Québec a besoin de nouvelles sources d'approvisionnement. Une opinion qu'ont retenue les défenseurs de Rabaska au sein du gouvernement.
Une démonstration convaincante de cet argument n'a jamais été présentée publiquement. Il n'y a jamais eu ni examen en profondeur des besoins en gaz naturel ni élaboration de stratégies favorisant le recours au gaz naturel comme source d'énergie de remplacement de l'huile et de l'électricité pour le chauffage. Si, a priori, on peut croire que le Québec a besoin d'un port méthanier pour assurer sa sécurité énergétique, deux ports sont-ils nécessaires? Ne se dirige-t-on pas vers une surcapacité de nos équipements? Si c'est le cas, il est bien évident qu'un de ces ports servira au transit du gaz vers les États-Unis. Dans ce cas, le gouvernement ne pourrait pas justifier une décision favorable à Rabaska en raison des risques que pose l'installation de ce port dans la région de Québec.
La décision que s'apprête à prendre le gouvernement Charest ne sera pas respectueuse de l'opinion publique si elle ne s'accompagne pas d'une démonstration non équivoque de nos besoins en gaz naturel. Pour éviter qu'on lui reproche tout parti pris, il ne devrait pas hésiter à suivre la suggestion du Parti québécois de confier à la Régie de l'énergie le soin de produire une telle analyse. Il ne s'agit pas de rallier tous les opposants à Rabaska mais de nous convaincre que ce projet servira bien l'intérêt général et non celui de ses promoteurs. De l'aventure du mont Orford, Claude Béchard ne semble pas avoir compris qu'il ne sert à rien de tenter de bulldozer l'opinion publique.


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