Critères de réussite de l'indépendantisme

Les critères qui mettent le Québec en tête

Chronique de José Fontaine

Je me souviens très bien avoir commencé sous le titre Le Québec vers l’indépendance une série d’articles en 1977, pour un hebdomadaire proche des partis autonomistes wallons et Bruxellois, 4 Millions 4. Il me semblait que le Québec y allait. Bien que les faits m’aient fort démenti, je ne suis pas à proprement parler déçu. La marche sera encore longue, mais elle a repris mardi passé avec la reconquête par le PQ de la deuxième place, l’élection d’un indépendantiste de gauche…
Qui comparer ?
On ne compare pas assez souvent la démarche québécoise à d’autres démarches. J’exclus de la comparaison les indépendances du tiers-monde ou de l’ancien bloc soviétique, non pas que ce soit entièrement étranger au Québec et sans intérêt, mais parce que les conditions politiques, sociales et économiques de ces indépendances sont fort différentes. Ces différences c’est d’abord l’avance économique et technologique et ensuite l’ancienneté de la tradition démocratique. Il me semble que l’on se doit de situer la démarche du Québec dans le monde atlantique (Europe occidentale d’avant la chute du mur de Berlin + Amérique du Nord). Or, en cet espace depuis la fin de la Première guerre mondiale, sauf le cas de l’Irlande, aucun pays n’est devenu indépendant. Avec sans doute les exceptions des îles de Malte et de Chypre en Méditerranée. Je ne néglige ni ne méprise évidemment ces deux pays, mais ils ont tous les deux moins d’un million d’habitants et sont, justement, des îles. Ce qui est un atout supérieur en matière de lutte indépendantiste (conclusion que l’observation des faits impose).
Catalogne, Ecosse, Flandre, Pays basque, Québec, Wallonie : pourquoi ces six-là
Dans l’espace tel que je viens de le définir, il y a pas mal d’aspirations indépendantistes. Pour resserrer le champ de la comparaison, je ne prends pas en compte les aspirations nationalistes de certaines Régions de France dans la mesure où elles ne correspondent pas (pour l’instant) à l’existence d’une puissance publique souveraine. Il y a la forte aspiration bavaroise, mais si elle se développe, elle, dans un cadre souverain (au sens du fédéralisme), elle le fait aussi au sein d’une nation allemande dont la logique semble commander qu’elle se maintienne, d’autant que l’unité allemande s’est toujours nourrie des liens entre ses Etats autonomes. On pourrait dire la même chose de la Suisse, même si, en ce dernier pays, le fédéralisme structure au moins indirectement la dualité dominante entre la Suisse romande et la Suisse alémanique.
Avancées de ces six-là
L’Ecosse est une ancienne nation indépendante. Depuis la fin du siècle passé, son Parlement se réunit à nouveau et il a gagné des compétences étendues. Un parti indépendantiste y domine. C’est le cas aussi de la Catalogne et du Pays Basque. La Flandre et la Wallonie sont entrées dans des rapports qui sont partiellement ceux qui unissent des Etats indépendants dans une confédération. Il est probable que ces pays de vieille tradition démocratique (pas l’Espagne de la Catalogne et du Pays Basque, mais l’Espagne a manifestement rattrapé son retard démocratique, anormal si l’on veut), permettent à la fois des évolutions contredisant l’unité de l’Etat englobant, mais modérant des évolutions plus radicales. Car le débat démocratique y répugne : un pacte national démocratique fondateur, même imparfaitement démocratique, ne pousse pas aux solutions tranchées. Mais en revanche le pacte démocratique de ces entités sub-étatiques nourrit le nationalisme québécois et écossais, fortifie l’affirmation catalane et basque (avec ici, cependant, le contrepoint des violences), pousse à des avancées institutionnelles inédites pour des entités fédérées comme la Wallonie et la Flandre qui agissent comme telles sur le plan international et organisent des plans de relance de leur autonomie tandis que leur Etat fédéral s’amenuise de jour en jour.
Les critères qui mettent le Québec en tête
Voilà six peuples (deux « belges », deux « espagnols », deux « britanniques ») qui mériteraient d’être envisagés ensemble quand on veut tenter de prévoir où ils vont. Dans les six cas, ce sont des peuples appelés à grandir encore et le Québec est manifestement le plus fort et le plus avancé de ce G6. En raison des multiples critères suivants.
Population et taille du territoire : le Québec, le plus peuplé, est immédiatement visible sur la Planète, la Catalogne ou la Wallonie non. Visibilité dans les grandes langues internationales : le français, l’anglais. Développement économique et humain. Poids dynamisant du passé : l’Ecosse a été un royaume indépendant, la Nouvelle-France une entité certes française, mais distincte. Extension des compétences avec un pouvoir sur l’économie : voir l’intervention de Parizeau à propos du budget avancé par P. Marois au début de ce siècle qui crée 100.000 emplois et même si Flandre et Wallonie ont des compétences plus importantes au plan international. Intransigeance dans la lutte : guerre des patriotes, crise d’octobre, les deux référendums, et même si le Pays basque – par des moyens que l’on peut et doit contester – a soutenu, soutient une lutte ouverte, a subi le premier bombardement « moderne » - Guernica. Dans tous ces critères, le Québec est en tête. Il est cependant enfermé dans une forme de souveraineté classique où le pouvoir national (canadien), forme la communauté politique ultime contrairement aux cinq autres pays cités dont la communauté politique ultime n’est plus l’Etat national, mais, l’Europe, Communauté inter-étatique réelle ou substantielle, disposant de compétences en quelque sorte exclusives par rapport aux souverainetés nationales. Ce qui est l'avenir. D'autres formes moins poussées de ce type d'unions existent: la Francophonie, l'ONU. Il y aura sans doute un jour une Union des Amériques dont le Québec sera le leader francophone. Indépendant, le Québec pénétrera encore plus notre culture en France, dans toute la Francophonie, en Wallonie. Ceux qui ne l'attendent pas avec espoir et impatience se trompent.
José Fontaine

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Né le 28/6/46 à Jemappes (Borinage, Wallonie). Docteur en philosophie pour une thèse intitulée "Le mal chez Rousseau et Kant" (Université catholique de Louvain, 1975), Professeur de philosophie et de sociologie (dans l'enseignement supérieur social à Namur et Mirwart) et directeur de la revue TOUDI (fondée en 1986), revue annuelle de 1987 à 1995 (huit numéros parus), puis mensuelle de 1997 à 2004, aujourd'hui trimestrielle (en tout 71 numéros parus). A paru aussi de 1992 à 1996 le mensuel République que j'ai également dirigé et qui a finalement fusionné avec TOUDI en 1997.

Esprit et insoumission ne font qu'un, et dès lors, j'essaye de dire avec Marie dans le "Magnificat", qui veut dire " impatience de la liberté": Mon âme magnifie le Seigneur, car il dépose les Puissants de leur trône. J'essaye...





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