Course au PLQ: qui l’aurait cru?

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Toujours se méfier de la machine libérale


Dominique Anglade est désormais la nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec, après le désistement du seul autre candidat dans la course, Alexandre Cusson.  


Tout de même incroyable, n’est-ce pas?  


On parle quand même du Parti libéral du Québec, pas du Bloc Pot, du Parti marxiste-léniniste ou du Parti culinaire.  


On parle ici du parti naturel au pouvoir du Québec, celui qui gouverne en temps normaux, celui de l’hydroélectricité et de l’assurance-maladie, celui de Jean Lesage, Robert Bourassa, Claude Ryan et Jean Charest, qui n’aura pas réussi à créer une course à la chefferie.  


Une course que même les apparatchiks libéraux souhaitaient ardemment.  


Et donc, le brassage d’idées et l’exercice de repositionnement politique du PLQ devront attendre ou se faire à l’intérieur même du leadership de Dominique Anglade.  


Car soyons honnêtes, le PLQ ne provoque plus grand-chose pour les électeurs, mis à part des questions: sur la corruption, sur les années d’austérité, sur le système de santé...  


Et, bien sûr, sur le nationalisme, l’enjeu qui touche le plus le cœur et le vote des Québécois.  


L’antinationalisme, prôné par le gouvernement Couillard, qui rejette toute forme d’appartenance à une nation québécoise ou bien à un «nous» collectif, devra absolument être repensé.  


Dans le cas contraire, le PLQ continuera de se marginaliser chez les francophones, n'ayant, rappelons-le, récolté que 15% de leur appui lors de la dernière élection et 9% lors du dernier sondage Léger en mars dernier.  


Un simple regard à la carte électorale du Québec permet de voir à quel point le PLQ est devenu un parti résolument montréalais.  


Redevenir crédible  


La seule façon de redevenir une option crédible pour l’électorat francophone passera nécessairement par deux gestes de rupture.  


Une rupture d’abord avec les dernières années du Parti libéral au pouvoir.  


En refusant systématiquement d’aborder les questions sensibles – immigration, langue française, place du Québec dans la fédération –, les libéraux sont devenus un parti allant même jusqu’à dénier les anxiétés québécoises.  


En les glissant continuellement sous le tapis, on a créé une frustration identitaire, encore plus chez une partie de l’électorat, qui a eu pour résultat plus de xénophobie et de racisme.  


Une rupture, ensuite, ou du moins quelques égratignures, envers le fédéralisme canadien.  


S’il y a bien une chose de claire et de consensuelle dans les débats identitaires depuis 2005, c'est que les Québécois refusent le multiculturalisme canadien comme doctrine d’État.  


Nationalisme, identité québécoise, immigration, laïcité, multiculturalisme... S’ils souhaitent une meilleure performance électorale en 2022, les libéraux devront trouver une manière d’articuler un discours autour de ces enjeux.  


Dans le cas contraire, ils risquent de s’enfermer dans leurs royaumes de l’ouest de Montréal et de Laval.  


Anglade comme cheffe  


Depuis lundi, certaines personnes tentent de disqualifier l’élection de Dominique Anglade à la tête du PLQ.  


Elle serait la brebis libérale sacrifiée face à un gouvernement Legault plus puissant et plus populaire que jamais en cette ère de COVID.  


Mais la prudence doit être de mise. La politique ne réagit pas à des formules mathématiques, mais bien à l’humeur d’une population à un moment donné.  


Qui aurait cru que neuf mois après la crise du verglas, alors que Lucien Bouchard disposait d’un taux de satisfaction aux alentours de 75%, ce serait plutôt Jean Charest qui récolterait le plus de votes lors de l’élection de 1998?  


Qui aurait cru, deux mois avant l’élection municipale montréalaise, que Valérie Plante battrait assez aisément l’omniprésent maire Denis Coderre?  


Qui aurait cru en début 2019, alors que le navire Trudeau voguait en eau calme, que les conservateurs d’Andrew Scheer récolteraient plus de votes que le Parti libéral du Canada?  


En politique, ce qui est vrai aujourd’hui sera peut-être faux demain.