Charest doit résister!

Dans le dossier du mont Orford, le gouvernement ne doit pas capituler devant les clameurs des manifestants de tous ordres

Mont Orford



Le gouvernement Charest est-il en perdition? A-t-il encore le temps, avant les élections générales, de regagner l'estime, le respect et la confiance, des Québécois? C'est certainement la question politique de l'heure. Mais pour bien comprendre la situation, cette question doit être précédée d'une autre, qui porte sur le pourquoi.
Pourquoi, en effet, le gouvernement Charest a-t-il perdu l'estime, le respect et la confiance des Québécois? La réponse n'exige pas de longues investigations. Elle tombe sous le sens de quiconque observe le moindrement la scène politique au Québec: le gouvernement libéral a perdu estime, respect et confiance tout simplement... en ne faisant pas ce qu'il a dit qu'il ferait!
C'est devenu un lieu commun d'affirmer que les électeurs sont devenus blasés, cyniques et incrédules, face à l'action politique. Il y a une grande part de vérité dans cette affirmation. Mais on oublie d'ajouter que, malgré leur cynisme et leur incrédulité, ils n'en demeurent pas moins d'une grande sévérité pour tout gouvernement qui renie ses engagements et qui devient un bateau à la dérive sans destination connue. Cyniques, peut-être, mais pas indifférents.
Programme
Rappelons-nous quel était le coeur du programme libéral: des baisses d'impôts substantielles, un milliard de dollars par année! Il y avait, cependant, me direz-vous, de bonne raisons de ne pas le faire. Tout à fait exact! Mais la seule chose qui compte, pour l'électorat, c'est que le gouvernement n'a pas été capable d'alléger le fardeau fiscal. Les Québécois se sont sentis trahis et floués. L'estime, le respect et la confiance, se sont alors évaporés. Et le fait de mettre soudainement le cap vers une destination dont il ne nous avait pas soufflé mot, lors de la campagne électorale, soit le remboursement de la dette, ne fera qu'amplifier la perplexité des citoyens.
En dehors de cet engagement central- la baisse d'impôts- tout le reste n'est que fioritures. La réingénérie de l'État? C'est du chinois pour l'humble citoyen! Pour tout dire, il s'en fout. Les ententes avec Ottawa? Bof! Les investissements dans la santé? C'est un puits sans fond! Le développement durable? Concept tellement fumeux que personne ne réussit vraiment à identifier sa présence avec certitude.
L'exemple de la France
Et voilà que sur une affaire très secondaire, le projet du mont Orford, le gouvernement trébuche et s'affale de tout son long! Un parc national, en vertu de la loi, est une portion de territoire maintenue dans son état naturel et où les interventions humaines- telles la coupe forestière, la construction de barrages, l'exploitation minière et la chasse- sont rigoureusement interdites. Une aire protégée, quoi! Donc, pentes de ski et terrain de golf n'ont pas leur place dans un parc. Par conséquent, rien de plus logique et de plus rationnel que de les en sortir. C'est exactement ce qui s'est fait au mont Tremblant. Le parc a même été rapetissé et le centre de ski n'en fait pas partie.
Pourquoi, alors, dans le cas du mont Orford, le gouvernement est-il victime d'une grogne aussi hargneuse, soutenue par des députés libéraux mortifiés? Les pentes de ski et le terrain de golf ne sont pourtant pas des milieux naturels. Le transfert au secteur privé a sans doute réveillé tous les socialo-étatistes pour qui la libre-entreprise est une horrible calamité. Mais, enfin, ce n'est quand même la première station de ski au Québec qui appartiendra à des promoteurs privés. Alors, pourquoi ces turbulences largement irrationnelles?
Essentiellement, parce que tous ces agitateurs sentent que le gouvernement est tellement affaibli et déboussolé, qu'il est tout à fait envisageable de le terrasser et de l'obliger à une reculade dans la honte et dans l'humiliation. Les partis de l'opposition, eux, espèrent l'heure de la curée.
J'en étonnerai plusieurs, mais je souhaite que le gouvernement résiste à cette éruption de mauvaise humeur. Il n'est pas souhaitable, ni sain, dans une société démocratique, que le gouvernement capitule à tout bout de champ devant les clameurs des manifestants de tous ordres.
La légitimité d'un gouvernement issu du suffrage universel ne doit pas, et ne peut être, mise en pièces constamment par le " Pouvoir de la Rue ".
Jetez un coup d'oeil du côté de la France et vous verrez ce qu'il advient d'un État qui se disloque devant les ultimatums frénétiques de la Rue.
C'est pas beau à voir, une démocratie malade!
Jacques Brassard
Ex-ministre péquiste de l'Environnement et de la Faune du Québec de 1994 à 1996 et ministre des Ressources naturelles de 1998 à 2002 l'auteur est chroniqueur pour " Le Quotidien " à Chicoutimi où ce texte est également publié aujourd'hui.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé