Au-delà du Kosovo

DUI - Référendum - Kosovo (17 février 2008), Soudan (janvier 2011)


Des étudiants se sont rassemblés hier au centre de Belgrade, au lendemain de la déclaration d'indépendance du Kosovo. (Photo Reuters)

L'indépendance du Kosovo était inévitable tant les haines entre Albanais et Serbes étaient nombreuses et sans doute irréconciliables. Un nouvel État est né.


Il doit être accueilli au sein de la communauté internationale. Pour autant, le processus de fragmentation des anciens pays du bloc de l'Est, à l'oeuvre depuis une quinzaine d'années, porte en lui les germes de dangers futurs. Il multiplie les micro-États, dont certains sont incapables de soutenir sinon de défendre leur souveraineté, et les sources d'instabilité et de confrontation. Il faut y voir. L'intégration à l'Europe est une partie de la solution.
Albanais et Serbes du Kosovo n'ont, semble-t-il, jamais vécu en bonne intelligence. L'ex-Yougoslavie de Tito avait maintenu le couvercle sur cette marmite. Mais, comme l'Union soviétique, ce pays était, pour certains peuples, une prison où chaque nationalisme broyait du noir en attendant l'éventuelle libération. L'effondrement du bloc communiste, en 1990-1991, a fait sauter les verrous. Ce séisme géopolitique unique dans l'histoire mondiale a donné naissance à une vingtaine de nouveaux pays, la plupart du temps de manière pacifique. Les Russes ont rapidement lâché prise, même s'ils sont aujourd'hui de retour en force en Ukraine et en Asie centrale. Les Serbes n'ont pas été aussi conciliants.
Le Kosovo indépendant, il faudra voir à sa stabilité. L'Union européenne s'est engagée samedi dernier à y déployer aux côtés des troupes de l'OTAN une mission civile afin de renforcer les institutions et de consolider les assises du nouveau pays. Il y faudra du temps. Par ailleurs, la multiplication des micros-États en Europe centrale et orientale soulève des questions dont l'Europe, le Canada et les États-Unis ne peuvent faire l'économie d'une ample réflexion. Deux questions, au moins, viennent à l'esprit: la géopolitique régionale et l'ordre interne des nouveaux États. L'indépendance du Kosovo va certainement entraîner de nouveaux morcellements. On parle déjà de la sécession des Serbes du Kosovo. Et que dire des revendications à l'indépendance de la république serbe de Bosnie? À Chypre, les Turcs vont demander pourquoi on ne reconnaît pas leur république proclamée il y a 30 ans. En Géorgie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud défient ouvertement le pouvoir central avec l'appui de Moscou. La Moldavie est divisée. Le Caucase russe est une montagne de peuples plus ou moins en rébellion contre Moscou. Les minorités russes d'Ukraine et des pays baltes n'ont jamais complètement accepté l'indépendance de ces États. Si les États continuent à se désagréger, le risque de guerres augmente.
Pratiques démocratiques douteuses
Sur le plan intérieur, les micros-entités peuvent se transformer en États faillis aux potentialités dangereuses. Inutile de se retourner vers l'Afrique pour trouver des exemples. Plusieurs des États nés de l'éclatement du bloc communiste ont des pratiques démocratiques douteuses, des gouvernances déficientes et des élites politiques et économiques gangrenées par la mafia. Certains pouvoirs sont très fragiles et la souveraineté de l'État n'est souvent que de papier.
Que faire afin de répondre aux aspirations parfois légitimes de ces peuples? L'indépendance est une option, avec ces pièges, l'autonomie au sein de grandes entités en est une autre. L'Espagne est un exemple. La dictature a fait place à une démocratie et le pouvoir central s'accommode plutôt bien des statuts politiques particuliers de la Catalogne et du Pays basque.
Quelle que soit la solution adoptée, la plupart de ces peuples ont une chance: ils sont en Europe. Le Vieux continent a appris de ses divisions. Depuis 1945, il s'est engagé dans un processus d'unification politique, économique et militaire dont même les pères fondateurs n'auraient pu imaginer l'ampleur et la profondeur. Intégrer à l'Europe le Kosovo, la Moldavie, le Monténégro et d'autres encore est le défi des prochaines années. Certains le diront impossible. Dans les années 70, on pensait ainsi face aux dictatures espagnole, portugaise et grecque. Ces trois pays étaient considérés comme sous-développés tant au plan politique qu'économique et social. Les Européens voyaient leur intégration comme une menace à leur niveau de vie et à l'équilibre financier de l'Union. Pourtant, le miracle s'est produit. L'Espagne est une puissance économique et frappe à la porte du G8.
L'Europe d'aujourd'hui est la contribution la plus formidable à l'édification de la paix et de la sécurité dans le monde. Nul n'est prophète, mais si le passé est garant de l'avenir, l'Europe devrait réussir à gérer convenablement les soubresauts actuels nés de l'effondrement du bloc de l'Est. Le Canada doit être présent sur ce front, tout aussi important, sinon plus que celui d'Afghanistan.
***
Jocelyn Coulon
L'auteur est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix et professeur invité au GERSI et au CÉRIUM de l'Université de Montréal (j.coulon@cerium.ca).
- source


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé