Amis du Québec, Salut et Fraternité!

Chronique de José Fontaine

Les images massives de la manifestation du 22 mai dernier à Montréal comblent le coeur de ceux qui espèrent que Jacques Généreux a raison. Généreux pense que le néolibéralisme a beau se pavaner pour l'instant à la tête de trop de pays dans le monde, sa volonté de détruire l'Etat social rencontre mille résistances - efficaces - dans le monde développé. Qui, par là, fait ce qu'il doit faire pour le reste du monde. Car si le modèle de l'Etat social surtout présent en Europe et les deux Amériques, s'effondrait, l'Europe et les Amériques deviendraient le remords de la Liberté et de la Justice sur la Planète.
La résistance au néolibéralisme
Voici ce qu'écrit Jacques Généreux dans Nous on peut (Seuil, Paris, 2011 pp. 65-66)) « Dans les vieux pays industriels qui ont initié la mondialisation néolibérale, l'essentiel de la production dépend toujours du marché intérieur ; la plupart des firmes conservent un intérêt premier pour leur activité sur le territoire national. Mais surtout : les systèmes économiques et sociaux restent sensiblement différents d'un pays à l'autre. La fiscalité, la protection sociale, les inégalités salariales, tous ces traits distinctifs d'un modèle de société sont encore très variés, et de très nombreuses études comparatives indiquent que ce sont encore des rapports de force locaux et des cultures locales qui déterminent ces traits. L'Etat-providence hérité du New Deal américain, du programme du Conseil national de la Résistance, du rapport Beveridge au Royaume-Uni, etc., cet Etat social dénigré et attaqué par les néolibéraux, n'a pas été abattu en trente ans de prétendue mondialisation du capitalisme. Certes, il est rogné, comprimé et l'on sait qu'il suffit de réduire un peu la dépense sociale pour aggraver dramatiquement la situation des plus démunis. Mais les structures de l'édifice sont toujours en place, et, aux Etats-Unis, elles viennent même d'être renforcées par une extension de la sécurité sociale publique. C'est précisément parce que les néolibéraux ont en réalité bien du mal à accomplir leur projet face à des électeurs attachés aux biens publics et à la protection sociale, qu'ils ont dû sans relâche mobiliser des forces contraires aux aspirations populaires : la pression de la concurrence mondiale, les exigences des gestionnaires de capitaux, les injonctions de la Commission européenne et du FMI ou encore, dernièrement, le spectre d'une nation en faillite. Et c'est encore parce que, en dépit de ces multiples pressions, leur projet n'a pas suffisamment progressé que, depuis quelques années, assumant le risque de perdre les élections, les néolibéraux tentent le passage en force, bravant l'impopularité, du moment qu'ils peuvent arracher , ici un pan supplémentaire du bien commun, là un bout de nos retraites, du moment qu'ils parviennent à livrer aux marchands un peu plus de nos écoles, de nos hôpitaux et de nos transports collectifs. »
Le Québec libre en prime

Voyant tous mes amis du Québec (et notamment Andrée Ferretti éternelle militante de la gauche et de la liberté du Pays), s'engager à fond aux côtés des étudiantes et des étudiants, j'ai reproduit le magnifique discours d'Andrée Ferretti sous le titre VIVE LE QUEBEC LIBRE! Et on me l'a reproché en me disant que ce n'était pas de la souveraineté du Québec qu'il s'agissait mais d'une opposition sociale!
Il me semble que l'on commet une erreur en admettant cette séparation entre les mille façons dont un corps social s'affirme et se lance à la conquête de lui-même. On peut évidemment faire des distinctions. Mais comme le dit le Professeur Christophe Traisnel de Moncton (auteur d'une thèse de doctorat comparant la Wallonie et le Québec), le tort de la science politique française c'est de ne voir le nationalisme, en particulier le nationalisme de contestation, qu'en le disséquant à partir de l'idéologie nationaliste considérée a priori comme détenant la clé de toute l'explication. Alors que le nationalisme d'émancipation est avant tout un mouvement social, certes avec une particularité, à savoir de ne pas se battre dans le cadre de l'Etat existant et d'en vouloir un autre. Mais pas d'en vouloir un autre pour n'importe quelles raisons, mais pour des raisons sociales qui le lient inévitablement avec la lutte des jeunes, des femmes, des travailleuses et travailleurs et pour le maintien de l'avenir, notamment sous sa forme écologique, car il est aussi, comme eux, un mouvement social. Il y a toujours du social dans le national et quand il est républicain - on l'a vu avec Mélenchon - il est non seulement progressiste, socialiste, mais, parce qu'il est national, il ouvre l'idée de la Citoyenneté aux quatre vents du monde. C'est le sentiment que m'avait donné Mélenchon à la plage du Prado à Marseille, face à la Méditerranée, mer et mère républicaines de tant de civilisations, de métissages, de démocraties et de justices. Alors, là, on entendait parler la France comme on ne l'avait plus entendue depuis le général de Gaulle, une France qui n'est elle-même que lorsqu'elle porte une part de l'espérance humaine.
Québécois, vous portez une part de l'espérance humaine!
Nous, Wallons progressistes, avons, comme les Français du même bord, le devoir de détecter partout dans le monde les mouvements qui font que la République est une part de l'espérance humaine. Mais nous avons en particulier le devoir de les détecter quand ils se font en français. Les membres de la Francophonie ne devraient pas ignorer ce qui tour à tour a grandi les peuples de langue française dans le monde à travers des événements anciens ou plus récents mais qui fondent pour longtemps! La Révolution française. La crise d'octobre 1970 au Québec.. Le soulèvement du peuple wallon durant l'hiver 1960-1961. Et je ne cite ici que trois pays alors qu'il faudrait aussi parler de la Romandie, de la Tunisie, du Sénégal, du Liban, du Congo (...) et aussi, par exemple, du Luxembourg.
Si les peuples ne pouvaient se retourner, aux heures du doute et des combats menacés par la lassitude, vers ces grandes lumières dans leur histoire, ils ne pourraient plus élever leurs rêves assez haut afin de ne les oublier jamais, même quand le terre-à-terre et le désespoir rongent leurs espérances et leurs forces.
Ah! Québécois! Voir ces centaines de milliers de jeunes filles et de jeunes gens défiler dans Montréal avec une grande liberté d'allure dans leur manière de se vêtir, avec tant de détermination, cela donne le sentiment comme jamais que le Québec est vraiment une nation ainsi que le disent les résolutions parlementaires. Il ne serait pas impossible que ce qui se passe donne une telle force à la société québécoise, qu'elle se libère ipso facto du Canada tout en donnant l'exemple aux autres provinces de la résistance au néolibéralisme. Ce ne serait pas la première fois qu'un peuple en entraîne d'autres qui pouvaient lui sembler opposés. Ce ne serait pas la première fois qu'en trahissant leur pays, des élites font déferler les énergies dissimulées sous leur férule à cause de cette loi de l'Histoire énoncée par Péguy : «Depuis les Cités grecques et même avant, les Cités sont défendues par les gueux et livrées par les riches car les riches n'ont que des biens temporels à perdre alors que les gueux ont à, perdre ce bien : l'amour de la patrie.»

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José Fontaine355 articles

  • 362 606

Né le 28/6/46 à Jemappes (Borinage, Wallonie). Docteur en philosophie pour une thèse intitulée "Le mal chez Rousseau et Kant" (Université catholique de Louvain, 1975), Professeur de philosophie et de sociologie (dans l'enseignement supérieur social à Namur et Mirwart) et directeur de la revue TOUDI (fondée en 1986), revue annuelle de 1987 à 1995 (huit numéros parus), puis mensuelle de 1997 à 2004, aujourd'hui trimestrielle (en tout 71 numéros parus). A paru aussi de 1992 à 1996 le mensuel République que j'ai également dirigé et qui a finalement fusionné avec TOUDI en 1997.

Esprit et insoumission ne font qu'un, et dès lors, j'essaye de dire avec Marie dans le "Magnificat", qui veut dire " impatience de la liberté": Mon âme magnifie le Seigneur, car il dépose les Puissants de leur trône. J'essaye...





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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    28 mai 2012

    À l'émission française Kiosque de TV5, Christian Rioux, correspondant du Devoir à Paris, qui le plus souvent fait dans le neutre sur les différents sujets traités qui concernent le Québec, se serait-il mépris ? Ou aurait-il bien évalué la situation ?
    Tous les journalistes invités (de Turquie, d'Égypte, d'Angleterre et de Grèce), ainsi que l'animateur étaient suspendus à ses lèvres.
    Finalement, il a échappé que ce débat, ces tintamarres, ces charivaris remontaient au Moyen âge et qu'il était IDENTITAIRE, j'ai bien écrit IDENTITAIRE.

  • Claude Richard Répondre

    28 mai 2012

    Pour compléter le commentaire de Me Cloutier, on voit aussi beaucoup de drapeaux des Patriotes dans ces manifestations (tricolores à bandes horizontales vert-blanc-rouge). Une référence à un moment crucial de notre histoire. C'est le signe indéniable d'une volonté de prise en main collective de notre avenir.
    Merci aussi, monsieur Fontaine, de cet appui outre-Atlantique. Le Québec social et national a besoin de complicités partout dans le monde.

  • Archives de Vigile Répondre

    28 mai 2012

    Merci M. Fontaine. Depuis quelques temps j’ai le cœur ulcéré à voir certains des miens, les restants de baby-boomers se comporter comme des parias, résumant le mot traitrise à un euphémisme, exacerbant un égoïsme hors du commun. Par contre, quand je regarde ces jeunes étudiants se tenir debout, quand je vois leurs représentants tenir en échec le gouvernement pourri leur tendre des pièges malicieux, quand je vois ces jeunes gens garder un calme olympien et une intelligence à toute épreuve devant ces vieux vicieux qui nous dirigent, leur action se répand comme un baume sur mes ulcères virtuelles, et je reprends espoir. Pour nous, les plus âgés, ne font-ils pas ce que nous n’avons pas eu le courage de faire précédemment. Ce pourrissement de la politique n’est pas arrivé en cliquant des doigts, ça se préparait de longue date.
    Merci encore M. Fontaine de votre texte.
    Ivan Parent

  • Archives de Vigile Répondre

    27 mai 2012

    Merci Monsieur, c'est vous qui me donnez espoir, je suis très ému par l'expression de solidarité de tous nos cousins européens.

  • Archives de Vigile Répondre

    26 mai 2012

    Merci pour ce beau texte plein de justesse, d'amitié mais aussi de raison.
    Ceux et celles qui n'ont vu dans la révolte étudiante québécoise qu'une lutte ponctuelle contre une augmentation des frais de scolarité sont des imbéciles et des idiots qui ont le nez collé sur l'arbre et qui ne voient pas la forêt.
    Depuis le début de la grève, je n'ai pas vu un seul drapeau du Canada. Pas un. Mais beaucoup de drapeaux du Québec. On réalise bien que ce mouvement fait partie d'un mouvement plus grand d'émancipation nationale et qui est aussi profondément anti-néolibéraliste.
    La lutte pour l'indépendance nationale et la lutte contre le néo-libéralisme se rejoignent parfaitement. C'est vraiment le printemps "érable" québécois.
    Tous ces jeunes gens n'oublieront jamais ce qu'ils ont vécu et vivent "sur les barricades" en luttant avec leurs camarades. L'espoir renaît enfin chez nous après tant d'années de déception et de grisaille.
    Pierre Cloutier ll.m
    avocat à la retraite