Agriculture : Resserrons les rangs, demande Desjardins

Agroalimentaire - gestion de l'offre


«Le monde agricole et agroalimentaire est engagé dans un débat de société qui est loin d'être achevé et il est urgent d'agir et de saisir l'occasion pour réaffirmer son importance, protéger notre capital agricole, assurer la sécurité alimentaire et ne pas laisser la seule conjoncture décider de notre avenir» a résumé Alban D'Amours, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, en se présentant hier devant la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois.
Les caisses populaires, qui depuis un siècle ont été des partenaires financiers pour les agriculteurs, déclarent aujourd'hui des engagements financiers en crédit agricole proches de six milliards dans plus de 17 500 entreprises, ce qui lui donne une part de marché de 42 % dans ce secteur au Québec. «Nous sommes rassurés par rapport à la situation actuelle. On fait confiance aux agriculteurs, mais en même temps, en regardant plus loin dans l'avenir, il faut se donner une vision claire et définie, car le monde change. On ne peut se payer le luxe de faire face à des concurrents extérieurs en rangs dispersés», a soutenu M. D'Amours.
La deuxième recommandation soumise à la commission par Desjardins vise directement le gouvernement: «Osons le dire clairement: l'État doit absolument redevenir, aux yeux de tous, un leader fort et déterminé du secteur agricole et agroalimentaire québécois. Le milieu a un urgent besoin d'une politique agricole comportant un solide arrimage entre les différentes politiques», lit-on dans son mémoire déposé à la commission. Selon Desjardins, les agriculteurs québécois ont pour mission de nourrir la population d'ici, mais aussi d'exporter certaines des productions massives. Toutefois, dans l'esprit de M. D'Amours, si le principal défi est d'ordre économique, arrive tout de suite après celui de l'environnement, qui est au coeur d'un débat de société.
Cela ne pouvait pas être plus évident hier car, après le Mouvement Desjardins, la commission a reçu la Fondation Lucie et André Chagnon et la Coalition de mobilisation politique, deux organismes très soucieux d'une saine alimentation. Mais il y a eu aussi Greenpeace et Équiterre, qui comptent présentement parmi les organismes les plus engagés en faveur d'une révolution verte, laquelle impliquerait des changements majeurs dans le monde agricole. Par exemple, Greenpeace parle d'agroécologie et propose que 25 % de l'agriculture québécoise soit biologique d'ici 2015 et qu'elle le soit à 50 % en 2025. Ce n'est que l'une de ses 24 recommandations. «Travailler avec la nature plutôt que contre elle», a déclaré Steven Guilbeault. En réponse à une question de la commissaire Pascale Tremblay sur la taille des fermes, Éric Darier a mentionné que Greenpeace n'était pas forcément contre les grosses fermes et qu'il ne fallait pas être romantique et vouloir de petites fermes partout, bien qu'il arrive aussi que de petites fermes soient plus productives que certaines qui sont grosses. À cela, son collègue Guilbeault ajoutait que, même avec l'adoption d'un nouveau paradigme, cela ne voulait pas dire qu'il fallait jeter le bébé avec l'eau du bain. De son côté, Équiterre part d'une approche tout à fait locale et fait de la souveraineté alimentaire la clef de voûte de son programme. Ces organismes ont déposé des mémoires substantiels et très documentés, qui comme tous les autres documents remis à la commission apparaissent sur le site Internet de celle-ci.
Pour ce qui est de la taille des fermes, le Mouvement Desjardins constate que les fermes de taille moyenne ont tendance à laisser place à de plus grosses fermes, ou alors à tout simplement disparaître. Par ailleurs, il y a l'émergence de petites fermes qui s'intéressent à de nouveaux créneaux et qui font souvent preuve d'innovation. D'une manière générale, ce sont les productions sous gestion de l'offre qui sont sur la sellette, souligne Desjardins, en notant que l'ouverture des marchés et la pression des négociations commerciales forcent une réflexion. Il ajoute ce commentaire: «Il n'y a plus de place pour la confrontation, ni pour la dissimulation face aux difficiles virages qu'il faudra prendre.» On lit aussi dans le mémoire que les secteurs les plus menacés sont ceux du lait, des oeufs et de la volaille, qui sont justement sous gestion de l'offre. «Il faudra accepter d'explorer de nombreuses idées, même celles qui déplaisent et qui bousculent», insiste-t-on, après avoir commencé par prévenir qu'il faudra «plus que de la combativité pour envisager l'avenir avec sérénité». Ce sont là des messages qui de toute évidence s'adressent à de nombreux membres de l'Union des producteurs agricoles.
Hier matin, André Coutu, p.-d.g. du Groupe Export agroalimentaire Québec-Canada, a déclaré à la commission que, dans un petit marché de sept millions d'habitants comme celui du Québec, il était essentiel d'offrir un soutien à l'exportation. Selon lui, pour chaque dollar investi il y a un retour de 188 $. «L'exportation est la quatrième patte de la table», a-t-il dit. Il a nommé des entreprises comme Lassonde dans les jus, Leclerc dans les biscuits, mais a aussi ajouté que l'avenir des exportations était beaucoup moins du côté du porc, du poulet et des bovins, des productions où la concurrence est devenue plus vive ailleurs dans le monde. «Il faut se trouver des créneaux à valeur ajoutée dans les produits transformés», suggère M. Coutu.
Parmi les autres groupes qui ont défilé devant la commission hier, il y a eu Danone, une multinationale présente un peu partout dans le monde et qui a une filiale au Canada. Son directeur général, Louis Frenette, a carrément affirmé que «le lait canadien est le plus coûteux de la planète, à quasi-égalité avec celui du Japon». Comme le lait est la matière première du yogourt, cela expliquerait qu'un pot de yogourt au Québec coûte 99 ¢ de plus qu'aux États-Unis (ou 40 % plus cher). Comme tous les autres transformateurs, Danone propose des amendements à la loi et aux règlements afin de rétablir «un équilibre raisonnable entre tous les acteurs de la chaîne». Avant lui, Pierre Nadeau, du Conseil des industries laitières du Québec, avait lancé le même message, en confiant que la plupart des membres de son conseil d'administration voteraient en faveur de l'abolition du monopole de la Fédération des producteurs de lait du Québec. Jacques Légaré, du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation, a suggéré pour sa part que, «dans un partenariat équilibré entre producteurs et transformateurs, on pourrait avoir une tierce personne pour assurer la direction de la fédération». Est-il besoin d'ajouter que la conclusion de cet échange d'idées devant la commission a été celle-ci: «C'est le partage des pouvoirs qui accroche.»


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