À la recherche de la crise perdue

Le BQ à Ottawa


Privé des arguments qui ont moussé sa cause au cours des dernières années - commandites, déséquilibre fiscal - Gilles Duceppe s'est mis à l'oeuvre pour provoquer une nouvelle crise capable de remettre son parti en selle. Dans deux discours cette semaine, le chef du Bloc québécois a réclamé l'élimination du pouvoir fédéral de dépenser (i.e. l'émasculation du gouvernement canadien) et l'application de la loi 101 au gouvernement fédéral (i.e. l'abandon du bilinguisme dans les bureaux fédéraux au Québec).


La tactique est grossière au point d'en être risible. M. Duceppe sait très bien que même le gouvernement fédéral le plus ouvert à la réalité québécoise refuserait de telles exigences. Lorsqu'il se fera dire non par les conservateurs, il relancera le déchirage de chemise dont les bloquistes sont les maîtres incontestés.
Les leaders souverainistes se sont fait dire par leurs militants qu'ils avaient à tort délaissé les enjeux identitaires. Ils y reviennent donc en grande. Quoi de mieux que d'exciter l'insécurité linguistique des Québécois? C'est ce qu'a fait M. Duceppe en noircissant le portrait d'une situation linguistique pourtant fort avantageuse pour le français. Par exemple, le chef bloquiste a soutenu que «les transferts linguistiques jouent toujours majoritairement au profit de l'anglais», négligeant de préciser que la situation à cet égard s'améliore d'année en année (l'Office québécois de la langue française parle d'un «progrès considérable»). «Pour de trop nombreux francophones au Québec, la langue de travail demeure l'anglais», a aussi déploré M. Duceppe. Que veut-il dire par «trop nombreux», quand on sait que 93% des Québécois francophones travaillent principalement en français?
Ayant ainsi décrit la situation du français il ne manque, pour susciter l'indignation, qu'à blâmer le gouvernement fédéral, ce que le député de Laurier-Sainte-Marie s'est évidemment empressé de faire: «Une des raisons principales qui expliquent cet état de fait, c'est le refus obstiné du gouvernement canadien de reconnaître la loi 101 sur le territoire québécois.»
M. Duceppe exigera du gouvernement Harper qu'il amende la Loi sur les langues officielles de sorte qu'au Québec, les organismes fédéraux se soumettent à la loi 101. Ces bureaux afficheraient donc en français seulement (ou bien le français devrait être prédominant) et ne seraient plus tenus d'offrir des services en anglais. Autrement dit, M. Duceppe veut forcer le gouvernement du Canada à devenir unilingue!
C'est évidemment une exigence à laquelle Ottawa ne se pliera jamais. Pas parce qu'il nie la primauté de la langue française au Québec mais, notamment, parce que la réaction dans le reste du pays serait virulente, menant à terme au démantèlement du bilinguisme officiel. Pour les francophones hors-Québec, ce serait le début de la fin.
M. Duceppe croit avoir en main l'affrontement qu'il recherche. Sauf que les Québécois ne seront pas dupes. Ils savent distinguer une vraie crise d'un mélodrame. Une revendication sensée d'une arnaque.
apratte@lapresse.ca
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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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