Un seul CHU à Montréal

Chronique de Louis Lapointe

Construire un seul CHU à Montréal et en faire un établissement de langue française avec des services en anglais pour la minorité anglophone ferait plus pour le français à Montréal que toutes modifications apportées à la loi 101.
Cela aurait pour conséquence de consacrer le français comme langue commune de travail dans les services de santé de Montréal autant pour les allophones, francophones et anglophones qui y travaillent.
Cela permettrait également aux allophones de recevoir des services de santé en français. Pour en avoir fréquemment croisés, nous savons tous qu’il existe dans la région de Montréal de nombreux immigrants qui réussissent l’exploit d’y résider et d’y travailler sans jamais prononcer un seul mot de français parce qu’ils peuvent recevoir en anglais des services qui devraient être uniquement destinés à la minorité anglaise. Une situation complètement surréaliste dans une société qui souhaite intégrer ses immigrants.
La construction d’un seul CHU ferait en sorte que les subsides provenant de nos impôts versés au gouvernement fédéral bénéficieraient équitablement à toute la population de Montréal, sans égard à la langue maternelle. Je n’ai pas encore digéré le fait que la Fondation canadienne de l’innovation (FCI), dont les fonds proviennent de nos impôts fédéraux, ait versé une subvention de 100 millions uniquement au CUSM (McGill) sous prétexte qu’il était mieux géré que le CHUM, un véritable camouflet pour les équipes de recherche de l'Université de Montréal.
Quand on sait que cette présumée meilleure gestion du CUSM est possible grâce aux versements de généreuses donations privées qui ne sont pas prises en compte dans le financement des établissements publics aux fins du versement des subventions de fonctionnement du gouvernement du Québec, alors que l’Université McGill jouit d’un fonds de dotation de près de 800 millions de dollars, on comprend facilement pourquoi ces établissements sont mieux gérés, ils ont plus d'argent.
Les établissements anglophones de Montréal ont plus de moyens parce qu’ils ont l’avantage de bénéficier de l’effet de levier que leur procure d’importants fonds privés auxquels n’ont pas accès la plupart des établissements francophones et parce que les fonctionnaires fédéraux qui ont la responsabilité d’évaluer et de comparer les services du CHUM et du CUSM ne tiennent pas compte des fonds provenant des fondations privées dans leur méthodologie, parce que ces fonds n’apparaissent pas officiellement dans les états financiers de ces centres hospitaliers universitaires.
Ne nous le cachons pas, ces établissements ont plus d’argent pour offrir les mêmes services à une population plus riche, plus instruite et généralement en meilleure santé. Plus d’argent pour les plus riches parce qu’ils ont plus d’argent pour mieux gérer leurs établissements ! Une situation complètement ridicule qui s’apparente de plus en plus à l’apartheid quand on apprécie la qualité des services qui sont offerts dans les quartiers francophones de Montréal. Un seul CHU à Montréal contribuerait certainement à engendrer une situation plus juste pour l’ensemble de la population de l’île.
***
Si l’on devait construire un seul CHU à Montréal, il faudrait tout d’abord oublier la formule PPP qui ne comporte que des inconvénients tant au plan des coûts que nous savons déjà plus élevés, des risques comme on l’a vu avec l'échec d'une formule semblable à l’UQAM, que de l’organisation des services comme nous l’annoncent de nombreux médecins et spécialistes.
Où devrions-nous alors construire ce nouveau et unique CHU? On devrait probablement écarter assez rapidement le site de l’hôpital St-Luc qui a le désavantage d’être trop petit et qui pose de plus en plus de problèmes en terme logistique, dont celui de la démolition d’un pavillon que rien ne justifie objectivement, n’ayant même pas atteint la limite de sa vie utile. A-t-on à ce point les moyens de gaspiller l’argent des contribuables du Québec?

Reste donc les sites de la cour Glenn, de la gare de triage d’Outremont et l’espace au coin des rues St-Denis et Rosemont. S’il y avait un seul site pour tous les hôpitaux universitaires de Montréal et que toutes les subventions provenant des gouvernements fédéral, provincial et de différentes fondations privées y étaient consacrées, le site de la gare de triage d'Outremont que souhaite l’Université de Montréal pourrait devenir plus intéressant compte tenu de l'importance de l’espace et des capitaux disponibles.
On le voit bien, la construction d’un seul CHU en mode conventionnel à Montréal comporte de nombreux avantages en termes économiques, sociaux et linguistiques. Reste à savoir si nos élus auront l’intelligence de profiter de la crise économique qui remet en question l'actuelle formule PPP déjà choisie, et saisiront cette occasion pour changer le visage de Montréal qui risque de devenir celui d’une ville anglophone si rien n'est fait.
Plusieurs anciens opposants au projet de la grande cour de la gare de triage d’Outremont seraient certainement prêts aujourd'hui à se rallier au projet d’un seul CHU français avec des services destinés à la minorité anglaise de Montréal. Ne l’oublions pas, Jean Charest et Pauline Marois étaient de ceux qui favorisaient ce site.

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Autrefois avocat, chroniqueur, directeur de l'École du Barreau, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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2 commentaires

  • Lionel Lemay Répondre

    7 mars 2009

    Le projet original devait se situer sur les terrains de la rue St.Denis et Boul.Rosemont, un site idéal, facile d'accès et adjacent à une bouche de métro pouvant être reliée par un passage souterrain au nouveau CHUM.
    On prétend que le terrain est pollué parce qu'on y stationnait des tramways et des autobus. Le terrain d'Outremont doit être aussi pollué parce qu'il servait à entreposer des wagons pour être déchargés dans des camions. J'ai lu que ce terrain avait été acheté du CPR par le clan Desmarais.
    Je ne serais pas surpris que la décision finale prise par le gouvernement Charest favoriserait le site Outremont, en guise de reconnaissance envers les bienfaiteurs qui lui ont fourni les moyens de prendre la tête du PLQ.

  • Raymond Poulin Répondre

    6 mars 2009

    Voilà sans doute le seul projet de centre hospitalier qui respecterait à la fois le bon sens, l’économie, les intérêts du Québec français de même que ceux des patients, des praticiens et des chercheurs. C’est justement pourquoi il ne sera probablement pas retenu : il va à l’encontre des intérêts néoconservateurs (ou néolibéraux, c’est la même chose) et fédéralistes. Par ailleurs, le Parti québécois, lorsqu’il était au pouvoir, ne semble pas s’être comporté, dans ce dossier, beaucoup plus en fonction du bien commun que le gouvernement Charest, peut-être par peur de faire crier la minorité rhodésienne, pardon, anglaise, comme il en avait pris l’habitude depuis 1996. Vous avez dit : colonisé?