Un brin de causette, chez les Bouchard-Taylor

Il faut fermer immédiatement les frontières à l'immigration réticente, quémandeuse, celle qui vient établir ici un avant-poste en pays à conquérir et ne veut pas devenir comme nous, mais nous rendre semblables à elle

Tribune libre - 2007


"La dictature, c'est 'ferme ta gueule'; la démocratie, c'est 'cause
toujours...' "
Ce mot, qu'on a prêté à Coluche et à Woody Allen, est en
fait de Jean-Louis Barrault. Bien d'actualité, au moment où le gouvernement
Charest, bien démocratique, vient d'inviter les Québécois à faire un brin
de causette sur l'immigration, l'hospitalité, les accommodements
raisonnables, la tolérance et l'altérité en général, toutes choses au
demeurant fort sympathiques. Nous sommes tous démocratiquement invités à
aller en parler chez les Bouchard-Taylor, un couple de papis de mon âge,
eux aussi bien sympathiques. Venez, on va jaser au salon...
Disons tout de suite que je n'aime pas l'immigration et que je suis pour
l'hospitalité quand c'est moi qui ai invité. Je suis tout à fait pour la
tolérance de laisser les gens être ce qu'ils veulent être, mais pas celle
de leur permettre de vouloir changer ce que je suis. Ce qui m'amène à
trouver tout accommodement déraisonnable. J'aurais pu traduire ce texte en
"politically correct", mais je suis sûr que d'autres le feront et je pense
que nous avons mieux à faire.
D'abord, avant qu'on me traite de sale facho ou de raciste, je précise que
j'ai vécu la moitié de la vie ailleurs, côtoyant les autres et, parfois,
m'immergeant dans des cultures fort distinctes avec lesquelles j'ai fait
bon ménage. J'ai trouvé à toutes ces cultures des vertus et, chez la
plupart, des leçons à apprendre que j'aimerais bien que nous apprenions. En
un mot, j'aime bien les "Autres".
Je dis bien « les Autres », car étranger serait ici bien mal choisi ; je
les ai vus chez eux et c'était moi, l'étranger. Un étranger qui les
respectait et s'accommodait. Depuis 50 ans, j'ai écrit des centaines de
textes qui n'ont eu d'autre but que de nous rapprocher les uns des autres.
Prétendre que je suis xénophobe serait incongru. Pourtant, je n'aime pas
qu'on fronce les sourcils quand les Québécois s'expriment chez les
Bouchard-Taylor. Je n'aime pas qu'on leur dise que ce qu'ils disent n'est
pas bien...
Je suis contre l'immigration, parce que je crois qu'aucune culture ne
devrait être forcée de devenir différente de ce que veulent qu'elle
devienne ceux qui s'en réclament. Parce qu'aucun individu ne devrait être
obligé, non plus, par les circonstances, de renier sa culture propre pour
en accepter une autre. Il peut le faire si c'est sa propre évolution qui
l'a librement convaincu de faire ce choix, mais pas autrement. Pas parce
qu'il crève de faim ou est pourchassé par une police politique.
C'est un consternant déni de la vérité de prétendre que l'immigrant qui
nous arrive aujourd'hui au Québec est venu ici parce qu'il préfère notre
culture. Ce sont les circonstances économiques et politiques de son propre
milieu qui l'y ont poussé. Il ne s'est pas embarqué pour Cythère, il
débarque du radeau de la Méduse...
Et à qui la faute, s'il l'a fait ? C'est nous, les Occidentaux qui avons
détruit son foyer. Acceptons en la faute, mais ne créons pas un second
problème sans aucun espoir de régler le premier. Ceux qui pensent qu'un peu
de générosité ici, à l'accueil d'une minuscule fraction de la population de
ces pays, va régler les horreurs commises là-bas mériteraient une paire de
baffes. En facilitant l'immigration, on compromet irrémédiablement
l'évolution normale de la culture postchrétienne laïque qui est celle de
l'Occident... ET ON NE RÈGLE RIEN !
Si on veut vraiment aider le tiers-monde, il faut d'abord sortir de chez
eux, où nous allons uniquement pour exploiter, piller, voler leurs
ressources. Il faut ensuite cesser de feindre qu'on les accueille ici pour
leur rendre service. On les a jadis importés comme du bétail sur pied, pour
avoir une main-d'oeuvre bon marché et on veut maintenant continuer à les
exploiter, en mode génisses gestantes, pour rebâtir notre pyramide des
âges. C'est une infamie.
Il faut leur donner une aide pour qu'ils construisent leur propre maison
chez-eux... Avec discernement, car il y a deux (2) tiers-mondes. Le premier
n'est pas une victime, il est un concurrent. Ce sont des pays qui
s'enrichissent et qui montent à l'assaut de nos privilèges. Ce qui est de
bonne guerre... mais reste une forme de guerre. Il n'y a rien de
raisonnable à aider les pays d'Asie à nous rattraper et à nous dépasser. Le
monde tourne, et ils le feront certainement sans nous. Je ne vois pas
l'utilité de les y aiguillonner.
C'est le deuxième tiers-monde qu'il faut aider, une zone sinistrée que
nous avons saccagée et à laquelle nous devons certainement une réparation.
On devrait donner des milliards à l'Afrique - à qui l'on a fait tant de mal
- et à beaucoup de pays en Amérique latine, aussi, à qui l'on n'a pas fait
que du bien non plus. C'est à ça que servirait la taxe Tobin que préconise
ATTAC, si ceux qui nous dirigent en comprenaient le sens et la portée
d'abord et avaient ensuite la dignité de l'accepter.
Pour aucun pays du tiers-monde l'émigration n'est une solution. C'est une
aberration de penser que l'on va régler les problèmes du tiers-monde en
acceptant chez nous 1, 5, 10 % de leur population, le moindre de ces
chiffres représentant déjà cinq (5) fois la population du Québec tout
entier.
Pour nous ? Pour nous, l'immigration intensive est une MAUVAISE SOLUTION.
Il ne faut pas accepter un seul immigrant dont nous ne sommes pas sûrs que
nous pouvons l'intégrer à notre culture et en faire un Québécois tricoté
aussi serré que si la laine avait été tissée chez nous. Ce n'est pas
impossible, mais ce n'est possible que s'ils ne sont pas trop nombreux et
s'ils VEULENT s'intégrer à notre culture. A ceux qui ne le veulent pas, il
faut fermer les frontières.
Il faut fermer immédiatement les frontières à l'immigration réticente,
quémandeuse, celle qui vient établir ici un avant-poste en pays à conquérir et ne veut pas devenir comme nous, mais nous rendre semblables à elle.
Fermons les portes de la maison et aidons plutôt les tenants d'autres
cultures à construire la leur. Ailleurs.
Plus tard, un jour, une infinie compréhension et une infinie bienveillance
prévaudront et chaque être humain sera chez lui partout, mais ce ne sera
pas demain. Pour le moment, nous n'éviterons un choc cataclysmique entre
notre culture en agréable décadence et les autres cultures en agressive
émergence, que si nous limitons au maximum les contacts. Chaque culture sur
ses propres terres.
Pour que cela soit fait dans l'éthique et la dignité, cependant, il ne
faut permettre aucune malveillance envers ceux qui sont devenus citoyens ou
immigrants reçus chez-nous. Ils sont désormais des nôtres et doivent être
traités comme tels. Ils doivent être acceptés et jouir de tous leurs
droits, dans le respect des nôtres. Ils nous respecteront et nous en ferons
tout autant...
Le respect, entre autres, c'est d'affirmer que dans l'espace privé chacun
a droit à sa religion, à ses croyances et à toutes ses fantaisies. Dans
l'espace public, nous sommes un État laïc et il n'y a place pour rien au
dessus de la raison, surtout pas pour la foi. Ce pays doit rester laïc. Que
ceux qui sont de culture différente, prient comme ils l'entendent, mais
qu'ils soient responsables de leurs imams, que je veux bien voir, mais que
je ne veux pas entendre.
Cette règle, d'ailleurs, vaut pour tous. Je garde toute ma pugnacité pour
ceux qui, comme le cardinal de Québec, font allusion à des croyances dont
je trouve regrettable de découvrir encore parfois des séquelles mal
extirpées dans le grenier de ma propre psyché. Que ceux d'autres cultures
gardent tranquilles leurs imams, nous garderons tranquilles nos curés.
C'est à ce prix que nous vivrons en paix. Chez nous et partout sur cette
planète.
Je pense que c'est ce langage que les Québécois sont à tenir chez les
Bouchard-Taylor. Je pense qu'il serait irrecevable que le gouvernement
Charest n'en tienne pas compte, qu'il nous coupe la parole en parlant de
pyramide des âges, d'économie, de production, de dénatalité... Cela, en
clair, voudrait dire qu'il lui importe plus de maintenir les indicateurs
économiques au vert que d'assurer la survie de notre appartenance
culturelle. Cela est inacceptable.
Si une nation ne peut pas survivre sans sacrifier son identité culturelle,
elle ne mérite pas de vivre. Avant de nous résigner, cependant, nous
devrions aller jusqu'au bout de la démocratie. La démocratie commence quand
il est acquis que le gouvernement dira poliment au peuple "cause toujours",
mais la démocratie ne devient vraiment mature que si le peuple, ayant bien
causé et dit ce qu'il avait à dire, peut aussi enjoindre un gouvernement
qui ne l'écoute pas de faire ce que le peuple lui dit de faire... et de
fermer sa gueule.

Pierre JC Allard
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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[Avocat (1957), économiste (1965)->http://nouvellesociete.wordpress.com/auteur/]. Premier directeur général de la Main-d’oeuvre au gouvernement du Québec, directeur général de l’Institut de Recherches et de Normalisation Économique et Scientifique (IRNES) et vice-président adjoint (Finance/Administration) du Groupe SNC.





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6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    12 août 2012

    Je souhaitais réagir à votre article car la plupart du temps j'aime beaucoup ce que vous faites mais là je trouve que c'est un peu dommage.
    « L'immigration désigne aujourd'hui l'entrée, dans un pays, de personnes étrangères qui y viennent pour y SEJOURNER OU S'Y INSTALLER". Le mot immigration vient du latin migratio qui signifie « passage d'un lieu à l'autre ».
    « je précise que j’ai vécu la moitié de la vie ailleurs, côtoyant les autres et, parfois, m’immergeant dans des cultures fort distinctes avec lesquelles j’ai fait bon ménage. J’ai trouvé à toutes ces cultures des vertus et, chez la plupart, des leçons à apprendre que j’aimerais bien que nous apprenions. En un mot, j’aime bien les "Autres" ».

    Je trouve ça un peu paradoxal de soutenir cette position par rapport à l'immigration alors que c'est bien à la possibilité d'avoir pu immigrer que vous devez une partie de ce que vous êtes devenu (et, vu la manière dont vous assumez ce que vous dites vous avez plutôt l'air dans être content :) ). Alors cette ouverture que l'immigration vous a aussi permis de forger vous la refuseriez à d'autres ?
    Vous me répondriez sur un argument d'échelle que pas du tout c'est l'immigration intensive que vous condamnez et sur un argument qualitatif du dit immigré qui pour vous convenir devrait être « comme » le bon immigré que vous étiez ?
    "Pour le moment, nous n’éviterons un choc cataclysmique entre notre culture en agréable décadence et les autres cultures en agressive émergence, que si nous limitons au maximum les contacts".
    Je ne suis pas du tout d'accord avec cette proposition, je pense même que c'est l'inverse qui risque de se produire. Si les cultures restent très clivées les unes des autres, là nous risquons des guerres cataclysmiques. Plutôt que d'éviter le contact, il me semble plus judicieux de favoriser le métissage culturel et tout ce qui peut permettre de mieux se connaître afin de moins se redouter. Se confronter à l'autre nous apprends beaucoup sur nous même et vous le savez très bien. Le conflit, tant qu'il reste dans une certaine mesure est tout à fait constructif voir évolutif... etc.
    Pour finir, avec tout le sincère respect que je vous porte, il me semble que la culture est ce qu'elle est aujourd'hui, c'est à dire déjà métissée de toute part et plus important encore une culture qui « n'est pas » mais qui se construit, qui devient... Ce protectionnisme culturel est l'Idée que vous vous faite de la culture, une Culture Idéalisée. Les murs (symboliques) que vous suggérez d'ériger ne m'apparaissent que comme un rempart contre des peurs qui ne me semblent pas métabolisées et dont l'idée-racine pourrait être « celle de permettre à d'autre de vouloir changer ce que je suis ». peut importe que la personne soit étrangère ou pas... et pourtant de votre côté avez vous renoncez à vouloir changer les autres ? Je n'espère pas !
    Avec toute ma reconnaissance pour votre travail,
    Une citoyenne du monde.

  • Archives de Vigile Répondre

    20 novembre 2007

    Merci à toux ceux qui ont commenté.
    @Lou Marcel:
    "Qui donc le Québec a-t’il pillé ?" Nous sommes les petits derniers de la grande famille "Occident". Nous n'avons rien fait de mal, mais nous profitons de la rapine...
    "Comment fera-t-on taire le Cardinal ? ". Pas besoin de le faire taire, juste continuer à ne pas écouter. Pas besoin de la Sibérie; l'Église charrie avec elle son propre 0 K. Celà dit, Foglia a eu récemment une de ses belles sorties qui font qu'on retrouve des plumes partout et que les canards volent plus bas.
    PJCA

  • Archives de Vigile Répondre

    18 novembre 2007

    Très bon. En plein dans le mille, Enfin une lueur de vérité qui commence à poindre.
    Je ne suis pas d'accord avec tout. Je me demande par exemple qui donc le Québec a-t'il pillé ou bien comment fera-t-on taire le Cardinal et si on l'enverra en Sibérie pour cela.
    Mais dans l'ensemble ce texte nous change un peu de la platitude monocorde ambiante et a le mérite de désigner le vrai problème que constitue l'introduction au pays d'une culture antinomique et non agrégeable.

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    18 novembre 2007

    Ce texte de M. Allard pourrait marquer un tournant dans l'expression publique de nos hésitations
    et un clou dans le cercueil des détracteurs mercenaires de notre nation.

  • Hélène Béland Répondre

    18 novembre 2007

    La causerie psychadélique Bouchard-Taylor qui pointe du doigt les médias d'un côté et les Hérouxvillistes de l'autre pour la supposée mauvaise image de leur commission délirante qui se veut dans le moule de la langue de bois, n'en finit plus de nous jouer dans les tripes identitaires.
    Bouchard avec ses prêches imamesques jouant les pédagogues coraniques à la vérité absolue et Taylor dans ses clowneries anglosaxonnes du culte passe-partout multiculturel sans borne sont à gerber.
    J'espère juste une chose, que le peuple québécois ne tombera pas dans le panneau de cette commission dont il est facile d'en prédire l'issu et le contenu du rapport.
    M.Allard, je partage votre avis, pour avoir moi-même suffisamment voyager pour comprendre que l'immigration ne peut être que l'aboutissement d'un mal nécessaire dont la résultante risquerait de n'être qu'un lamentable échec. L'immigration du 21ième siècle, à l'ère de la mondialisation est à repenser.

  • Georges-Étienne Cartier Répondre

    17 novembre 2007

    Ouf ! Superbe! Et quelle chute !
    Merci !