Réplique à Normand Lester

Talbot Mercer Papineau, un véritable héros canadien

Par sa tentative de jeter le discrédit sur ce noble et courageux soldat, Lester porte atteinte à l'honneur des 240 000 Canadiens tués ou blessés lors de la Grande guerre

Loi 101 - 30e anniversaire - Adoption de la loi 101

Par Brian McKenna
Hélas, encore une fois, Normand Lester a trempé sa plume dans le vitriol pour calomnier les morts, c'est sa spécialité.


Dans son texte [«Le Canada en mal de héros : de Talbot Mercer à Justin Trudeau»->1426] (Le Devoir, 2 août 2006), on retrouve la galerie traditionnelle des méchants : Radio-Canada, CBC, les politiciens fédéraux. Il a même découvert une nouvelle façon pathétique pour assassiner Pierre Elliott Trudeau et son fils.
En tant que réalisateur des Mémoires de Pierre Trudeau diffusées sur les ondes de Radio-Canada et de CBC, je me rappelle très bien les attaques empoisonnées et les faussetés de Lester. Des critiques si erronées que, finalement, il s'en est excusé auprès de moi.
Lester met l'accent sur les origines raciales des noms et des gens, avec ce que cela comporte d'implications sinistres. S'attaquant à l'un des personnages de notre série La Grande guerre, il écrit que nous devons «réinventer un personnage historique, Talbot Mercer Papineau (prononcez à l'anglaise)». Ne pourrions-nous pas répondre que l'auteur de ces lignes est «Normand Lester, prononcez à l'anglaise» ?
Lester dit que nous faisons de la propagande. La série de Galafilm sur la Seconde guerre mondiale, La Bravoure et le mépris, a poussé les vétérans du Bomber Command à nous intenter des poursuites judiciaires pour plus de 500 millions $. Nous avons gagné toutes les causes jusqu'à la Cour suprême. Ce n'est pas nous qu'il faut accuser d'être des cinéastes de propagande.
Au-delà de la conscription

Notre nouvelle mini-série traite de la Grande guerre. Il nous semblait que le moment était venu de raconter comment 625 000 Canadiens s'étaient engagés pour combattre et comment 425 000 avaient traversé l'océan, ce qui constitue un nombre extraordinaire par rapport aux quelque huit millions de citoyens habitant à l'époque ce pays. La moitié d'entre eux furent tués ou blessés.
Venant du Québec et d'ailleurs au Canada, plus de 15 000 Canadiens français se sont portés VOLONTAIRES pour combattre et mourir aux côtés de Canadiens anglais, et leur histoire est toujours occultée par le débat sur la crise de la conscription de 1917. Nous pensons qu'il est temps de passer outre ce débat et de raconter l'histoire de ces hommes et de ces femmes qui avaient une conception différente du Canada.
C'est ainsi que nous avons rassemblé près de 150 Canadiens, venant de partout au pays, dans un champ de bataille reconstruit à Saint-Bruno pour le tournage. Dix pour cent des 6500 Canadiens qui se sont inscrits sur notre site sont des francophones. Cela reflète la proportion des Canadiens français ayant répondu à l'appel aux armes à l'époque de la Grande guerre. Par ailleurs, en 1914, la majorité du premier contingent de Canadiens à s'enrôler était née en Angleterre et se sentait donc plus encline à se porter à la défense de la Grande-Bretagne que les Canadiens de naissance, francophones comme anglophones.
Parmi nous, il y a Sandy Gow, une descendante de John MacCrae, l'auteur du célèbre poème In Flanders Fields (Au champ d'honneur). Parmi les centaines de Canadiens français qui se sont manifestés sur notre site web, www.grandeguerre.ca, nous avons choisi un certain nombre de descendants du célèbre 22e régiment. Notre attention s'est portée sur Patrice Blais, petit-fils d'Ernest Lamarche dont le journal exceptionnel -- un joyau encore inédit -- relate cette guerre.
Cinq batailles décisives
Avec la participation ces 150 descendants de Canadiens ayant pris part la Grande guerre, nous voulons reconstituer cinq batailles qui furent décisives. La première partie de la bataille de la Somme ne donna strictement rien puisque, le 1er juillet 1916, 92 % du Newfoundland Regiment fut anéanti en même temps que 200 000 soldats britanniques. La deuxième bataille fut celle de la tranchée Régina, au cours de laquelle beaucoup de Québécois anglophones furent tués, puis il y eut Courcelette où le 22e régiment, les «Van Doos», subit des pertes terribles. Mais, précisément, c'est à Courcelette que s'est opérée une fusion extraordinaire.
Ernest Lamarche a écrit dans son journal : «Baissés, les yeux rougis, vieillis, couverts de glèbe, les hommes attendaient la relève du soir. Elle vint. D'autres hommes prirent nos places. Tranquillement mais émus, les hommes du 22e et du 25e, les premiers français, les seconds anglais, tous canadiens, ne voulant plus se séparer. Dévalant le long des pentes abruptes de la route de Bapaume à Albert, ils ressemblaient aux fantômes des légendes bretonnes. »
Puis nous racontons l'histoire de Vimy. Si, à Courcelette, la fusion entre Canadiens anglais et Canadiens français se mua en une force de combat, Vimy fut le creuset qui forgea -- au point d'en faire un alliage -- les quatre divisions canadiennes. Pour la première fois de notre histoire, tout le corps d'armée canadien attaqua comme un seul homme.
Talbot Papineau
Afin de raconter l'histoire de cette croissance militaire et politique du Canada durant la guerre, nous avons choisi de conter aussi celle de Talbot Mercer Papineau, arrière petit-fils de Louis-Joseph Papineau, un des chefs de la rébellion de 1837.
Bien sûr, à cause de ce patronyme célèbre, Normand Lester s'est jeté sur l'histoire de Papineau et du jeune homme que nous avons choisi pour interpréter le rôle, Justin Trudeau. Dans le Globe and Mail, Jeffrey Simpson prétend que le fils de Pierre Trudeau ne pouvait représenter ce grand héros canadien parce que, ainsi que nous l'avons découvert récemment, Trudeau fut dans sa jeunesse un Québécois nationaliste radical. Nous avons déjà répondu que ce n'est pas Pierre mais Justin que nous avons choisi. Comme Papineau, Justin est dans la jeune trentaine, comme Papineau il porte un nom difficile à porter, comme Papineau son père est francophone et sa mère anglophone, et par sa nature il personnifie bien la maturité de Pierre Elliott Trudeau, le père de la Constitution et de la Charte des droits.
Dans sa tentative de dévaloriser Talbot Papineau, Lester tire des citations du livre magnifique de Sandra Gwynn, Tapestry of war, a social history of English Canada in the First World War. Citant hors contexte quelques bribes soigneusement sélectionnées, Lester dépeint Papineau comme «un guignol prétentieux et insignifiant» avec de dangereuses racines anglaises, un Québécois qui a eu l'audace de fréquenter l'université McGill. Il est aussi affligé du péché mortel d'être le fils d'une mère non seulement américaine (comme la femme de Lucien Bouchard), mais également de foi presbytérienne.
Mais le pire c'est que Lester s'ingénie avec bien de la peine à dépeindre «l'ambition politique» de Papineau.
Ambition, certes, mais avec de bonnes raisons. Talbot Papineau fut l'un des premiers Canadiens à bénéficier d'une bourse Rhodes. À l'Université d'Oxford, il faisait partie de l'équipe de hockey des Oxford Canadians, la première qui représenta le Canada sur la scène internationale -- en vérité la première à arborer la feuille d'érable rouge sur un maillot blanc.
Une fois revenu au Québec, Papineau réussit son examen du barreau et commença à rêver et à parler d'un Canada nouveau. Comme son cousin Henri Bourassa, Papineau était scandalisé que le Canada ne puisse tenir un vote sur sa participation à la guerre de 1914. La Grande-Bretagne déclara la guerre et le Canada, telle une simple colonie ou presque, fut automatiquement en guerre.
Papineau, à cause de son nom célèbre, sillonna le pays et, à l'instar de Bourassa, parla d'un nouveau Canada libéré des chaînes anciennes qui l'assujettissaient à l'Angleterre comme un enfant. Papineau retint l'attention de Wilfrid Laurier, dont il devint un protégé. Comme l'écrit Sandra Gwynn : «Papineau était clairement destiné à la célébrité... Produit des deux cultures, d'une certaine façon il préfigurait Pierre Elliott Trudeau.»
Au coeur de la tempête
Comme bien des personnes sur Terre, au cours de ce chaud mois d'août 1914, avant le déclenchement des hostilités, Papineau, comme son cousin Bourassa, n'était pas militariste. Puis l'Allemagne et ses alliés, sans avoir été provoqués, ont envahi la Russie à l'est et la Belgique et la France à l'ouest. Les atrocités qui ont fait de l'Allemagne un pays si décrié au cours de la Seconde guerre mondiale ont débuté en 1914 avec son lot de viols, de tortures et de meurtres de civils à grande échelle. Ceci fut largement rapporté.
Papineau, comme beaucoup d'autres, eut la conviction qu'il fallait arrêter les Allemands. Dans Le Devoir également, Bourassa soutenait la participation du Canada à la guerre. Tandis que Bourassa écrivait des éditoriaux éloquents, Papineau choisit de s'enrôler dans un régiment montréalais.
Lester s'applique à le montrer opportuniste et peureux. Les faits sont tout à fait autres. Après 90 jours, Papineau est sur la ligne de front dans les tranchées d'Ypres, dirigeant un raid nocturne avec tellement de bravoure qu'il obtient la Croix militaire, la deuxième décoration pour fait d'armes après la Victoria Cross. Bien vite, sur les 40 officiers de son régiment, il est le seul indemne. Mais en son for intérieur, il est convaincu qu'un nouveau Canada est sur le point de naître.
Alors que Papineau est au coeur de la tempête, combattant d'une guerre mondiale face à la plus puissante armée du monde, Bourassa s'embourbe dans des polémiques politiciennes locales.
À ce moment de la guerre, Papineau avait été poussé dans un travail clérical en arrière-ligne. Écrivain talentueux, on lui avait demandé d'écrire l'histoire du Canada en guerre. Mais il prit une décision qui devait sceller son destin.
Dans son attaque la plus perfide, Lester accuse Papineau d'être retourné dans les tranchées pour des considérations purement politiciennes. Monsieur Lester, ayez le courage de vous renseigner sur Passchendaele : pensez vous que quelqu'un, déjà décoré de la Croix militaire, irait dans un tel purgatoire aux seules fins de relancer une carrière politique ?
La veille de la bataille de Passchendaele, alors qu'Arthur Currie, un des meilleurs généraux canadiens, prévoyait des pertes de 16 000 soldats, Papineau écrivit sa dernière lettre. Puis, à bord du Gravenstaefel, menant sa compagnie au combat par-delà la tranchée, à 5h50 du matin le 30 octobre 1917, Papineau est tué par un obus qui le coupe en deux. Il est un des 15 634 Canadiens français et anglais qui seront blessés ou tués dans cette vallée de la mort.
Lester semble avoir oublié la dernière assertion de Sandra Gwynn : «De façon exceptionnelle, Talbot Papineau incarne pour les Canadiens, le symbole non seulement de Passchendaele, mais aussi de toutes les promesses d'un avenir radieux détruites d'un coup par la Grande guerre.»
Mackenzie King remarque que si Papineau avait survécu à la guerre, lui-même, King, ne serait pas devenu premier ministre mais aurait plutôt fait partie du cabinet du premier ministre Talbot Mercer Papineau.
Par sa tentative de jeter le discrédit sur ce noble et courageux soldat, Lester porte atteinte à l'honneur des 240 000 Canadiens tués ou blessés lors de cette guerre épouvantable. Peut-être devrait-il honorer ses propres ancêtres et visiter les immenses cimetières qui entourent Passchendaele, la crête de Vimy ou mon préféré, le minuscule cimetière sur une colline herbeuse de Picardie simplement nommé Québec. C'est là que reposent les morts de Courcelette, Canadiens français et anglais, unis dans la mort comme ils le devinrent dans la vie.
Brian McKenna
_ Auteur et réalisateur de la série La Grande guerre


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