Répliques aux commentaires

Chronique de Claude Bariteau

[Répliques aux commentaires->50731], Claude Bariteau 2 septembre 2012
1. Ce texte vient seulement renforcer les idées développées dans un texte (Refonder la démocratie au Québec) paru dans Le Devoir du 14 juillet 2012 où je montre que le peuple québécois n’a jamais choisi le système électoral dans lequel il s’exprime. Je soutiens aussi qu’une façon, peut-être la seule, de modifier ce système peut venir d’un engagement des partis politiques à ne promulguer des lois seulement lorsque celles-ci ont l’appui d’une majorité de députés détenant un support majoritaire des électeurs et électrices.
2. Je reviens sur ce dernier point dans le présent texte parce que, le 5 septembre, nous nous retrouverons au Québec possiblement avec un gouvernement majoritaire qui n’aura guère plus de 35 % du support des électeurs-électrices, voire un gouvernement minoritaire dont l’existence sera de courte durée parce que le pouvoir exécutif sera minoritaire.
3. Si j’y reviens, c’est qu’il m’apparaît incontournable que nous nous penchions sur ces anomalies et que nous développions une approche qui mise sur la collaboration et le débat constructif plutôt que sur le conflit et l’alternance dont le principal défaut est d’octroyer le pouvoir au parti qui réussit à faire élire une majorité de députés.
4. Il y a d’autres façons de procéder dans les démocraties représentatives : l’élection à deux tours comme en France et le système proportionnel mixte qui comprend de nombreuses variantes. Ces deux systèmes peuvent, de surcroît, favoriser la délibération à l’aide d’institutions appropriées.
5. La démocratie participative à laquelle fait écho Pierre Cloutier n’est possible qu’au sein de petite entité, ce qu’a mis en relief Pierre Rosanvallon. Dans des entités plus grandes, elle est de l’ordre de l’utopie, ce qui est, je crois, aussi l’avis de Manin dans son livre publié en 1997.
6. Pour ces deux auteurs et bien d’autres, nous sommes contraints à vivre la démocratie sur le mode de la représentation en bonifiant la délibération. Il en découle que nous devons chercher le système et ses compléments qui assurent le plus la prise en compte du peuple et fasse que le gouvernement agisse pour le peuple.
7. Dans ce cadre, il n’y a pas de système parfait ou idéal. S’il y en avait un, il serait sûrement privilégié. Ce n’est pas le cas. Tous les systèmes comportent des limites et véhiculent des biais. Sous cet angle, il importe plutôt de chercher le système qui minimise les défauts et assure une gouvernance équitable et faire en sorte que le peuple l’adopte à l’occasion d’un référendum, comme ce fut le cas en Nouvelle-Zélande. En quelque sorte, il nous revient d’inventer un système qui corresponde aux valeurs que nous partageons, comme ce fut le cas dans les pays qui se sont dotés d’un système électoral autre que le système uninominal à un tour.
8. Cela étant, il faut se rappeler que l’exercice du pouvoir est le fait d’un parlement qui légifère et gouverne. Séparer ces deux attributs est fondamental. À titre de suggestion pour alimenter le débat, je pense que l’exécutif devrait relever d’un président élu au suffrage universel qui s’entoure de hauts-fonctionnaires pour exécuter les lois adoptées par les parlementaires, un peu comme aux États-Unis, mais possiblement en deux tours, comme en France. Quant au pouvoir législatif, il pourrait être le fruit d’un système proportionnel mixte selon le modèle néo-zélandais ou tout autre modèle analogue. Je signale ce modèle parce qu’il valorise la démocratie délibérative pour assurer que les décisions des parlementaires se prennent après débats des différents points de vue et l’établissement d’un accord majoritaire sur le fond.
9. Autre point, dans le système électoral que nous utilisons, dès qu’il y a plus de deux partis, il y a des problèmes de représentation. Ce sont ces problèmes qu’il importe de corriger si on veut que la joute politique demeure entre les mains du peuple. Ce constat est partagé par une majorité d’analystes des systèmes politiques.
10. Soit dit en passant, le peuple, en régime démocratique, n’est pas une nation ethnoculturelle mais un ensemble de citoyens et de citoyennes qui s’expriment comme des sujets et des acteurs parce qu’ils forment une nation politique. Sous cet angle, il n’y a pas de « Vrais Québécois » comme les « Vrais finnois » membres du parti Perussuomalaiset. Il y a des Québécois et des Québécoises qui expriment leurs choix politiques en votant et en débattant. La nation politique québécoise existe. Mais elle n’arrive pas à se définir comme telle dans le système électoral actuel, ce que deux commentateurs ont signalé. Dans un système proportionnel, elle serait mieux à même de le faire.
11. Dernier point, ma proposition a pour but d’identifier un moyen pour rendre le pouvoir plus près du peuple en transformant les parlementaires en mandataires, le temps d’adopter un autre système. Il reste à le concevoir, ce qui implique fondamentalement de débattre de cette question, d’en délibérer et d’inciter les partis politiques à s’y investir. Pourquoi ? Parce qu’il y aura toujours un déficit démocratique avec un gouvernement qui exécute et légifère sur la base d’un support électoral de 35 %, voire inférieur à 50 % + 1.

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Claude Bariteau49 articles

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Claude Bariteau est anthropologue. Détenteur d'un doctorat de l'Université McGill, il est professeur titulaire au département d'anthropologie de l'Université Laval depuis 1976. Professeur engagé, il publie régulièrement ses réflexions sur le Québec dans Le Devoir, La Presse, Le Soleil et L'Action nationale.





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7 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    12 septembre 2012

    Bonjour Monsieur Bariteau,
    Il y a longtemps que j'ai quitté les bancs de l'université et l'effervescence de la vie étudiante. Mais je me suis toujours posé la question à savoir: "c'est quoi cette patente que l'on appel démocratie et qui est le refuge de toute une faune qui croit que nous, les non-élus, nous existons pour les servir".
    Évidemment, voyant le niveau de pédanterie et l'obstination crasse de ces citoyens qui se place en classe omnipotente pour tout les maux de notre société, j'ai décroché et je me suis fait une vie honnête dans le privé.
    Mais depuis quelques années, gouvernance faschisante libérale aidant je me suis penché sur les différentes variantes de représentations et de démocraties, qui ne sont en rien équivalente.
    A votre liste, pour le bien commun et les intérêts supérieur de la Nation, un principe fondamental doit être observé, aucun élu ne peut voter des lois qui le concerne, que se soit l'étendu de son influence, ses privilèges, sa rémunération.
    De sorte qu’au dessus de tout pouvoir, tel que défini après les révolutions de l’ère industrielle, le premier pouvoir ne devrait pas être celui du législatif, mais celui d’une instance constitué par le DGE par une initiative populaire recueillant l’appui de 5% auprès de l’ensemble de la population et 5% auprès d’une majorité significative de régions. Ce « Conseil Souverain » de 100 participants sélectionnés à travers un processus public serait constitué à partir d’une liste de 2000 électeurs inscrits choisit au hasard. Le pouvoir de ce Conseil se limiterait à la question soulevé par l’initiative populaire et n’aurait pour pouvoir que de mandaté de façon péremptoire, une commission d’enquête ou un référendum, une mise en examen. Ce pourrait être ce même Conseil qui serait le seul à produire ou modifier la constitution. Pour la création, la modification de la constitution, tout changement ne serait valide que suite à un référendum ou 50%+1 des électeurs inscrits se prononceraient en sa faveur, par exemple, s’il y a 4 000 000 d’électeurs inscrit, 2 000 000 + 1 serait nécessaire pour qu’il soit adopté, il n’y aurait plus ces histoire de référendums consultatifs, la souveraineté doit être le fait du peuple et plus jamais d’un petit groupe qu’il soit de l’extérieur ou de l’intérieur. Ainsi va la démocratie (le pouvoir au peuple). Pour les autres questions non constitutionnelles, la règle de 50% +1 des voies exprimées s’applique.
    Pour ce qui est du législatif une élection à deux tours nous donnerait au premier tour la répartition du vote proportionnel et le second tour ne retiendrait que les deux candidats ayant reçu le plus de vote pour déterminer les gouverneurs régionaux (des ministres régionaux en sommes élu par le peuple et non nommé par le Premier ministre. Évidemment, nous aurions à nous poser comme société ce qu’est une région, garderions nous le découpage issu de monopole privé ou du besoin de contrôle de gens de la capitale ou établirions-nous des régions en fonction de l’hydrographie, de l’histoire (dont l’istoire précolombienne), de la nature des sols, etc. Une trentaine de régions qui ne serait plus flottantes comme la dérive partisane des circonscriptions de la loi élastique électorale. Une région n’ayant pas le nombre minimum de citoyen pour être une région reconnue serait un territoire, un exemple 8 000 000 d’habitants/30 régions = 266 667 citoyens pour avoir droit à une élection du 2e tour et un député régional (ou Gouverneur). Ce sont les députés dument élus qui nomme un Président d’assemblée et le Premier ministre. Ce sont les consensus et non la confrontation qui doivent être au cœur du menu législatif.
    De plus, au sein de l’Assemblée Nationale, un Conseil de la Grande Paix ou les peuples autochtones du Québec y définiraient la nature et l’ampleur de leur revendication afin de préserver leurs cultures, leur bien-être et les liens avec la société et le reste du monde. Nous aurions là, un État plurinationale et plurilinguistique que la Grande Paix de jadis aurait dû accoucher mais ne nous condamna par son échec qu’à la honte, l’oubli et l’exil sur nos propres terres.
    Voici un court organigramme d’une éventuelle constitution du Québec
    Conseil souverain constitutionnel
    Constitution
    Conseil souverain
    Chartes et traités
    L’Assemblée Nationale et le Conseil de la Grande Paix
    Commissions Parlementaires
    Présidence
    Secrétariat d’État, la Défense, Secrétaire aux affaires extérieurs
    Court suprême
    Court d’appel
    Court civile et pénale
    Conseil Souverain régional
    Conseil régional
    Gouverneur et Secrétaire d’État régional (délégué par le Président)

  • Luc Archambault Répondre

    3 septembre 2012

    La démocratie directe n'est applicable que dans de petite communauté. Du moins c'est ce que la pratique nous enseigne.
    La démocratie directe été pratiquée pendant des millénaires notamment dans la plupart des Premières nations d'Amérique du Nord, on sait que ça fonctionne dans des petites communautés. Aucune décisions n'était prise avant que l'unanimité émerge. Et on discutait tant et aussi longtemps qu'une seule personne s'opposait à l'avis de la majorité.
    Mais dès lors que le groupe dépassait un certain nombre il devenait impossible d'appliquer cette méthode, puisque la majorité n'était pas en mesure de consacrer autant de temps et d'énergie à convaincre une seule personne.
    Les Premières nations entre elles fonctionnaient cependant sous le mode de la représentativité, des chefs représentaient chaque communauté et prenaient positions et négociaient des arrangements au nom des communautés plus petites à l'intérieur d'une même nation. Et pareillement pour résoudre les conflits ou tenir une guerre avec d'autres nations.
    Le mode jury par tirage au sort fonctionne généralement pour la justice, et encore, on a ainsi condamné un très grand nombre d'innocentes victimes de la police et des procureurs incompétents, mais il ne faut pas confondre la justice et le politique ; le jury et le gouvernement ; le fait de statuer sur un événement passé, le fait de statuer sur les éléments d'une preuve portant sur un événement passé et le fait de concevoir et de mettre en place des solutions à une quantité infinie de dysfonctionnements sur lesquels on a souvent que peu de prise.
    On peut prendre le temps qu'il faut pour que justice soit rendue, des années pour un seul cas s'il le faut, parce que le procès, son déroulement, sa durée, ne change rien aux faits passés.
    Le politique c'est autre chose, les décisions à prendre, les décisions prises ou celles qui ne sont pas prises, ont prise sur le réel et participent à l'évolution mouvante de la situation. Ne pas prendre de décision comme prendre une décision change la donne.
    Le politique ce n'est pas simplement régler un a un les problèmes qui se présentent, c'est prévoir, anticiper, élaborer des plans, bien avant que les problèmes ne se présentent ou pour limiter l'impact de ce que représente le fait de ne pas agir. Par exemple : l'anglicisation du Québec et le fait de la contrer en partie par la loi 101.
    C'est appréhender, comprendre et penser le monde, non pas porter un jugement sur ce que le monde a été en fonction d'une preuve qui postule qu'il a été de telle manière et d'une preuve contraire qui affirme qu'il a été de telle autre manière.
    Et on peut penser le monde en fonction de plusieurs grilles d'analyses : de gauche, de centre ou de droite, vert, religieux, laïque, etc. ; on peut penser l'État de plusieurs manières : démocratique, autocratique, souverain ou fédéral, etc.
    Les programmes de gouvernements qu'on élabore en fonction de ces analyses, et en vertu desquels on se gouverne quand on gouverne, il faut les connaître, il faut savoir comment ils peuvent s'incarner ou pas dans le réel, il faut faire des choix. Toutes choses qui ne peuvent s'improviser, si on ne veut pas d'un gouvernement qui ne fonctionne qu'à l'instinct et sans vision. Et encore faut-il un gouvernement. Qui formera le gouvernement ? Qui aura la compétence dans une telle assemblée pour former un gouvernement ?
    Des personnes élues par tirage au sort et qui n'ont aucune idée de ce qu'est le politique n'ont pas à juger du bien fondé d'une preuve face à une autre preuve, le tout encadré par des lois et des règles contraignantes pré-établies ; elles doivent plutôt établir les règles, les lois, AGIR ou ne pas AGIR dans tel dossier et dans une très grande quantité de dossier distincts ou connexes. Quelle sera l'action d'une telle assemblée de personnes qui ne se connaissent pas, des personnes qui n'ont jamais pensé à ce qu'engage le fait de gouverner, de penser le monde ; qui n'ont pas de programme d'action ni de critères pour penser et encadrer leur action ?
    Agir en réaction ? Régler tel problème, arbitrer tels conflits entre différents groupes de pression et l'avis de technocrates ?
    Le politique c'est bien plus qu'un arbitrage, que de juger de la valeur d'une preuve.
    Le politique et la justice sont deux types d'activités qui n'ont rien à voir.
    La démocratie directe pour les nations ce n'est pas une utopie, ce n'est pas l'expression d'une vision idéale de ce que pourrait être la démocratie, c'est tout simplement une fausse bonne idée, tout simplement inadaptée à ce qu'engage le politique.
    Une assemblée tirée au sort ne pourrait à la rigueur n'avoir de sens et d'utilité démocratiquement fertile que pour arbitrer des conflits entre différents programmes politiques pensés par d'autres et qui s'affrontent. Une telle assemblée tirée au sort pourrait se prononcer pour choisir entre différentes avenues proposées par d'autres : un gouvernement, des technocrates, des groupes de pression ( voire, un membre de l'Assemblée ou un groupe parlementaire de cette Assemblée, parce qu'il s'avèrerait que, par hasard, cette personne ou ce groupe de personnes disposent déjà d'une réflexion utile, et nous sommes en ce cas en présence de ce qui a produit la formation des partis politiques ; au départ, un regroupements de parlementaires ), et ce, pour amender et voter des lois proposées par un gouvernement élu ou pas, voire, pour former un gouvernement. Et encore, rien n'indique qu'une telle assemblée, puis une autre ensuite, seront mieux informées, plus indépendantes, plus avisées que ne le sont les actuelles députations élues sous la houlette des partis.
    Si une telle assemblée a charge de former un gouvernement, il sera formé de quelles personnes ? Des personnes qui seront choisies en fonction de quels programmes d'action et de quels critères ? Et comment se prémunir contre la corruption de ces élu,es par tirage au sort ? Et dans le cas où la dynamique de groupe fonctionnait à merveille et produisait des merveilles, tout serait à recommencer la fois suivante avec une autre assemblée, avec ce que pourra produire une autre dynamique de groupe... N'IMPORTE QUOI ! Le politique n'est pas une loterie.
    Si la justice doit être aveugle, c'est parce qu'au contraire le politique doit être une affaire de vision. Ce n'est pas pour rien qu'on a séparé les pouvoirs, l'un doit être aveugle l'autre doit avoir les yeux bien ouverts.
    Faire justice n'a pas pour but de distinguer le bien du mal, le bon du mauvais, ça, c'est l'affaire du politique qui édicte les lois. Une fois votées, la justice se gouverne en conséquence des lois et la loterie aveugle du jury en dispose et décide si telle personne a transgressé ou pas la loi. Du moins dans un État de droit, si possible démocratique.
    Tout ça nous éloigne du réel politique qui est le nôtre
    Le nôtre, consiste à vivre sous une dictature d'occupation canadianisatrice incapable d'obtenir le clair OUI référendaire des Québécois,es. Il faut faire l'UNION des forces démocratiques citoyennes et politiques de ce peuple qui dispose déjà des pleins pouvoirs et droits démocratiques de renverser cette dictature du seul fait de se prononcer par référendum pour INVALIDER sur son sol et sous-sol national du Québec tout État qui n'a pas obtenu le clair OUI référendaire des Québécois,es et pour VALIDER la Constitution primordiale d'un État du peuple vraiment démocratique.
    Un État est vraiment démocratique quand ses Actes constituants sont validés par référendum par le peuple. Cet État ce sera une République où trône à son sommet nul autre que Le PEUPLE : la République démocratique du peuple souverain du Québec.
    Nul besoin de réinventer la roue. Nul besoin de subordonner l'effectivité de la souveraineté démocratique du peuple à la réinvention de la roue démocratique.
    Suffit de disposer d'une députation qui rompt avec la gouvernance collabo d'un État qui NIE la primauté de l'Autorité démocratique du peuple. Suffit ensuite de l'élire pour qu'elle forme un gouvernement de libération nationale qui s'est engagé à renverser la dictature d'occupation canadianisatrice.

  • Jean-Louis Pérez-Martel Répondre

    3 septembre 2012

    Monsieur Cloutier,
    Entre l’idéalisme ‘’démocratique’’ et la réalité sociopolitique
    Les peuples (dans ce cas que nous débattons, il faut faire la distinction entre le peuple canadien-français et le ‘’peuple québécois’’ constitué par ce ‘’melting pot’’ interethnique que les internationalistes de gauche et les antinationalistes canadien-français aiment tant dénommer ainsi) qui détiennent la majorité politique dans une société multiethnique, comme au Québec, et qui ont expérimenté des ingénieries sociopolitiques afin d’accommoder les communautés exogènes à leur raison d’être. Ou bien ils sont devenus apatrides, ont disparu ou sont en train d’être engloutis par la convergence politique antinationaliste de ces communautés qui cherchent un contrepouvoir à celui de la majorité d’accueil, avec les conséquences inhérentes à ce dualisme sociopolitique. L’Histoire des peuples nous montre les embuches et les erreurs à éviter afin de prévenir les affrontements fratricides.

    JLPM

  • Archives de Vigile Répondre

    3 septembre 2012

    Cher Claude,
    [1] Ta disqualification de la démocratie participative est bien mince. Cela ressemble à une pétition de principe que d'affirmer arbitrairement que la démocratie participative ne fonctionne que dans des petites entités.
    [2] En fait, c'est plutôt le contraire. L'élection est susceptible d'être plus démocratique dans les petits ensembles, comme les villages et les petites municipalités où les gens se connaissent souvent depuis l'enfance. Les gens connaissent vraiment les candidats pour qui ils votent et ces derniers ont plus de chances de représenter ainsi la volonté générale. Mais dans les grandes villes, connaissez-vous les candidats qui se présentent? Les avez-vous vraiment choisis ou vous-ont-ils été imposés par les partis politiques? Poser la question c'est y répondre.
    [3] L'élection cependant ne résout pas le problème du conflit d'intérêts qui se pose inévitablement lorsqu'on doit élire quelqu'un qui, au départ, veut le pouvoir et prend les moyens pour l'obtenir. Il faut se méfier au départ des gens qui veulent gouverner à tout prix. Les petits boss des bécosses qui organisent les autres, dans la vie, il y en a plein. C'est surtout ces gens-là qu'il faut éviter, si on ne veut pas précisément "se faire organiser""
    [4] Le tirage au sort, que tu n'as nullement mentionné, permet au contraire de choisir au départ des citoyens "ordinaires" qui ne veulent pas nécessairement gouverner et qui ne sont pas des professionnels de la politique, mais "des professionnels de la vie".
    [5] Le meilleur exemple que l'on peut donner, c'est celui des jurés en matière criminelle. Ces gens-là sont choisis au hasard et nommés après une procédure de tamisage pour effectuer un travail à court terme, c'est-à-dire rendre un verdict après étude de la preuve et des règles de droit qui s'appliquent. Ce ne sont pas des professionels de la justice, mais des professionnels de la vie. Et ça marche. Très bien. Le meilleur exemple, c'est la condamnation du juge Delisle de Québec récemment pour le meurtre de son épouse. Croyez-vous qu'un juge professionnel aurait fait la même chose? Pas sûr.
    [6] Or, ce qui est vrai pour les jurés en matière criminelle, peut être aussi vrai pour la gestion publique. à la condition que le mandat soit court et non renouvelable, comme dans le cas des jurés.
    [7] Cela permettrait à des citoyens ordinaires qui souvent ne veulent pas gouverner - et c'est tant mieux - de se voir offrir l'opportunité au moins une fois dans leur vie, de participer aux décisions publiques qui concernent l'ensemble des citoyens. Ce sont ces gens-là, les "non intéressés" dans le sens qu'ils n'ont pas d'intérêts personnels à défendre, qui méritent d'être choisis pour gouverner par des mandats courts et non renouvelables, si évidemment ils acceptent après avoir été tirés au sort. C'est cela le peuple au pouvoir. C'est cela la vraie "démocratia", le pouvoir du peuple par le peuple et non pas uniquement le pouvoir de choisir ses maîtres - qui les trahissent inévitablement - à tous les 4-5 ans..
    [8] Je verrais très bien ainsi au Québec une Chambre citoyenne formé de citoyens tirés au sort pour des mandats courts et non renouvelables, pour faire contrepoids à la Chambre des élus, le tout formant l'Assemblée nationale. Ce serait en quelque sort un "Conseil législatif" (aboli en 1968) moderne à composition non pas aristocratique comme un Sénat, mais à composition citoyenne.
    [9] Le gros problème avec les intellectuels qui réfléchissent sur la "démocratie" c'est qu'ils prennent pour acquis que la démocratie c'est l'élection et que l'élection c'est la démocratie, confondant ainsi la démocratie avec le système politique de gouvernement représentatif dans lequel nous vivons et qui ressemble plus à une oligarchie et à une ploutocratie qu'à une véritable démocratie au service des pauvres et non pas des riches.
    [10] Ces gens-là posent comme hypothèse qu'il n'y a pas d'autre chose que l'élection pour assurer la démocratie alors que c'est complètement faux.
    [12] Il y a maintenant comme sujet de réflexions, divers mécanismes de démocratie participative, le tirage au sort et les référendums d'initiative populaire qui peuvent être législatifs, abrogatoires, révocatoires ou constitutionnels.
    [13] Quand on s'enferme dans le dogme de l'élection et qu'on cherche uniquement diverses façon de l'améliorer, comme tu le fais, cher Claude, on reste toujours dans le dogme et on n'en sort pas. L'élection serait-elle devenue la seconde Église catholique? "Hors de l'élection, point de démocratie"? Faux et archi-faux. Bien au contraire. C'est élection qui est la cause première de toute cette farce macabre qu'on nous impose et tout ce cirque affligeant de l'Assemblée nationale qui n'en finit plus de nous écoeurer par sa bêtise et sa stupidité partisane.
    [14] Beaucoup de ces intellectuels refusent de s'aventurer sur un terrain qui leur fait peur et les font sortir de leur zone de confort. Ils mettent alors des cataplasmes sur une jambe de bois.
    [15] Moi je n'ai pas peur de remettre en cause l'élection et de la dénoncer et j'explique pourquoi. Le peuple, lui le sait instinctivement, en développant du cynisme et de l'indifférence envers la "politique", les politiciens professionnels et les prétendus "représentants du peuple" qui finissent inévitablement, à cause des structures dans lesquelles ils gravissent, de défendre leurs intérêts personnels au lieu du bien commun.
    [16] L'argument voulant que "tout n'est pas parfait" est une généralité qui ne veut rien dire. Cela sert tout simplement à maintenir le statu quo.
    Pierre Cloutier

  • Jean-Claude Pomerleau Répondre

    3 septembre 2012

    De la division du vote au temps des anglais
    Vous dites : " je montre que le peuple québécois n’a jamais choisi le système électoral dans lequel il s’exprime". En fait dès la chute du Régime français, les Habitants (entité politique) ont imposé leur choix pour un type d'institution qui était contraire aux "idées démocratique" (l'assemblée élective) pour en choisir une structure politique qui servait mieux leurs intérêts, c'est-à-dire, celle qui leur permettait de mieux conserver leur cohésion nationale. Ils ne voulaient pas se chicaner entre eux devant les marchands anglais. D'autant plus les anglais avait clairement exprimer leurs volonté d'assimiler les français en les enfermant dans les institutions britanniques.
    Explications :
    ...
    " (Les Habitants) expriment aussi l'opinion que le temps n'est pas convenable à l'instauration d'une chambre d'assemblée élective (...) Ils proposent plutôt un grand conseil, composé de nouveaux et vieux sujets. En mai 1774, les marchands britanniques de Québec répondent en soumettant leur point de vue au roi."
    Le mouvement triomphera définitivement avec l'entrée en vigueur de l'Acte de Québec en 1774.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_constitutionnelle_du_Canada#Mouvement_de_restauration_.281764-1774.29
    ...
    " Le gouverneur garde ses pouvoirs discrétionnaires et est assisté par un conseil législatif composé de 17 à 23 membres. On n'accordera pas la chambre d'assemblée que demandaient les marchands anglais"
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Acte_de_Qu%C3%A9bec
    ....
    Donc les Habitants, pour la plupart illettrés, ont évité le piège de "la division du vote", alors que les diplômés patentés de notre époque donne dedans allégement. Ils ont oublié la notion même de cohésion nationale.
    Je me méfie de l'idéalisme en politique. La seule question qui importe est qu'est-ce qui est nécessaire à notre existence de nation française en Amérique.
    Je suis un pur et dur de l'ontologie
    JCPomerleau

  • Jean-Louis Pérez-Martel Répondre

    3 septembre 2012

    Monsieur Bariteau,
    Dans mon dernier article intitulé « La politique mercenaire contre l’État », envoyé hier à Tribune libre de Vigile, j’ai écrit ce fait aberrant et antidémocratique :
    « Il va sans dire que la nouvelle classe aristocratique représentée par les 125 députés à l’Assemblée Nationale lors des élections générales au Québec, devient de plus en plus convoitée par les 911 candidats faisant partie des 20 organisations politiques concurrentes au scrutin du 4 septembre prochain. Combien seront-ils dans un système électoral de scrutin proportionnel avec un Québec de plus en plus balkanisé ? »
    En effet, le sondage suivant apparu le mercredi dernier à Cyberpresse témoigne de cette balkanisation politique du Québec. Toutefois, cette division n’a pas encore pris l’ampleur sidérale qui nous attend dans un futur non lointain, en raison de l’actuel mode de scrutin uninominal qui prévaut :
    Question du jour (29-08-2012)
    Pas moins de 20 partis politiques sont inscrits pour les élections du 4 septembre, deux fois plus qu'il y a quatre ans. Cette multiplication est-elle une bonne chose?
    OUI ................ 25%
    NON ................ 69%
    Je ne sais pas ..... 6%
    Nombre de votes : 13 739
    ***
    Cordialement,
    JLPM

  • Jean-Serge Baribeau Répondre

    3 septembre 2012

    Je pense qu'à de nombreux égards nos penses se rejoignent. Voci un texte que j'ai récemment commis:
    «Je pense que dans un scrutin uninominal à un tour il arrive souvent, très souvent même, que les gagnants de l’élection gouvernent sans avoir l’appui de la majorité des personnes votantes.
    Actuellement Harper gouverne avec 39% des votes et il fait aveuglément et sourdement tout ce qu’il veut. Il fait glisser le Canada vers un conservatisme presque absolu et vers un intégrisme pernicieux.
    Après une élection nous disons : « le peuple a parlé ». C’est partiellement vrai. Mais le hic, c’est que nous n’avons aucune forme de scrutin proportionnel et aucune votation à deux tours.
    Ce scrutin uninominal à un tour est un des legs les plus sordides, legs (ou cadeau empoisonné) d’origine britannique.
    Nous les Québécois, nous sommes sociologiquement, anthropologiquement et culturellement très particuliers. Notre idiosyncrasie n’est pas toujours reconnue ou appréciée.»
    JSB