Offensive pour les véhicules électriques

Québec tente de faire oublier ses échecs

Braderie technique : Auto électrique - Brevets - moteur-roue



La ZENN

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir


Québec — Le gouvernement Charest tentera aujourd'hui de faire oublier ses multiples échecs et reports en matière de transports électriques. Pas moins de quatre ministres (Ressources naturelles, Transports, Environnement, Développement économique) accompagneront Jean Charest pour annoncer en grande pompe le Plan d'action 2011-2020 sur les véhicules électriques, dont le but est d'en «accélérer l'arrivée». «L'arrivée» de ce plan d'action ne s'est toutefois pas faite en mode accéléré, car il avait été promis en juin 2009 et son lancement a constamment été repoussé depuis.
Certaines grandes lignes et quelques éléments du plan sont déjà bien connus. Dans son discours inaugural, fin février, Jean Charest «annonçait» une nouvelle fois que le Québec s'engageait «dans le développement de la nouvelle industrie des transports électriques». Le gouvernement appuiera donc «la fabrication de produits et de composantes de véhicules électriques afin que le Québec devienne un acteur mondial de cette nouvelle industrie». L'industrie des batteries, entre autres, est visée. Récemment, le député péquiste François Rebello déplorait en Chambre qu'Hydro-Québec songe à céder des licences de production du phosphate de fer, lequel est nécessaire au fonctionnement des batteries de voitures électriques, sans exiger qu'une partie de la production se fasse en territoire québécois.
Une autre industrie visée par le plan, celle des bornes de recharge, a déjà fait l'objet d'une annonce d'aide financière, au Salon de l'auto de Québec, le 18 mars (d'ailleurs, une borne québécoise AddÉnergie sera en présentation à la conférence de presse aujourd'hui). Du reste, Québec annoncera une aide pour les sociétés de transport municipales prêtes à se tourner vers l'électricité.
Autre avenue: le gouvernement dit vouloir encourager les Québécois à se tourner vers les véhicules électriques et hybrides. La principale mesure se trouvait dans le budget du 17 mars: Québec remplacera le crédit d'impôt pour les véhicules électriques par un «rabais à l'achat». Il compte y consacrer 50 millions d'ici 2015-2016, dont 1,7 million cette année. Ce rabais a toutefois été décrié par plusieurs observateurs. Ainsi, un citoyen québécois pourra obtenir — à partir du 1er janvier 2012 seulement — 5100 $ à l'achat d'une Prius rechargeable et 8000 $ s'il commande une Nissan Leaf tout électrique (d'autres modèles de voiture seront admissibles). Il faudra toutefois que ce même acheteur réussisse à mettre la main sur un de ces véhicules, lesquels sortiront au compte-gouttes des usines des constructeurs ces prochaines années. Le rabais sera aussi dégressif jusqu'en 2015 et dès 2013, seuls les véhicules totalement électriques seront couverts. Autrement dit, pas les hybrides branchables (dont un modèle fonctionnel, une Prius modifiée par l'Université Laval, sera présenté à la conférence de presse aujourd'hui). Cette insistance, dès la deuxième année de la mesure, sur les tout-électriques, «c'est à la fois déplorable et ridicule: avec cette approche rétrograde, le Québec rejoint le gouvernement fédéral et fait de nous l'exception du monde industrialisé», déplorait Daniel Breton, président de Maîtres chez nous au 21e siècle (MCN21), dans nos pages, le 28 mars. Comme souvent en ces matières, soutient M. Breton, le gouvernement Charest multiplie les discours, mais ses actions se résument à «une goutte dans l'océan». À preuve, le rabais sera limité à 10 000 voitures en quatre ans.
Projet-pilote au point mort
Un des projets les plus visibles du gouvernement Charest en matière de véhicules électriques ces dernières années est au point mort depuis près d'un an. Autorisé par la loi en 2007, annoncé en grande pompe à la mi-juin 2008 comme un «tournant déterminant dans le domaine de la mobilité durable», le projet-pilote sur les véhicules électriques à basse vitesse, qui devait durer trois ans, s'est rapidement enlisé. Il devait favoriser l'acquisition d'une voiture, la ZENN (Zero Emission No Noise) ou d'une camionnette, Nemo, toutes deux assemblées au Québec. Fin 2009, ZENN Motors a annoncé la fin de la production de sa voiture. En décembre dernier, l'Autorité des marchés financiers (AMF) déposait 260 chefs d'accusation et des amendes de 3,2 millions pour sollicitation illégale d'investisseurs à l'endroit des entreprises Nemo.
Selon les derniers chiffres disponibles, seuls 26 véhicules à basse vitesse ont fait l'objet d'une demande d'immatriculation depuis le lancement du projet en 2008: 11 Nemo et 15 ZENN. Questionné le 18 mars sur les grandes difficultés du projet-pilote, le ministre des Transports Sam Hamad a soutenu qu'il serait malgré tout intégré au plan d'action annoncé aujourd'hui: «Ça continue et ça va être une bonne nouvelle. Ça fait partie de l'ensemble de la stratégie.» Selon lui, même si une entreprise a cessé ses activités et que l'autre est paralysée par une poursuite judiciaire, le projet «va nous permettre de développer [...] la filière électrique».
Version préliminaire
Aujourd'hui, le gouvernement fixera des objectifs chiffrés en vue, entre autres, d'atteindre l'objectif de -20 % d'émissions de gaz à effet de serre en 2020. Dans une version préliminaire du plan obtenu par Le Devoir, le gouvernement songeait à se donner trois cibles: 1) «Qu'en 2015, 20 % des véhicules neufs pour passagers achetés au Québec soient des véhicules électriques.» 2) «D'ici 2015, 25 % des nouveaux véhicules achetés par le gouvernement devront être des véhicules électriques.» 3) «En matière d'électrification du transport collectif, le gouvernement vise à ce qu'en 2015, il y ait» une augmentation importante (la cible était toujours à déterminer) du «nombre de déplacements en transport collectif effectués en mode électrique».
Toujours dans cette version du plan, il était prévu qu'Hydro-Québec achète une sélection de 150 véhicules entièrement électriques. Quant à la recherche-développement et l'innovation dans le secteur des véhicules électriques, Québec jonglait avec le chiffre de «23,15 millions de dollars» puisés à même des programmes existants.


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