PQ - course ou couronnement ?

Tribune libre - 2007


En mettant fin avec noblesse et dignité à son leadership du Parti Québécois, André Boisclair a dégagé une marge de manœuvre essentielle à son parti pour qu’il puisse, sous un nouveau leadership, amorcer une analyse en profondeur de son échec du 26 mars et les nécessaires débats de fond afin d’être fin prêt pour la prochaine échéance électorale. L’échéancier est quand même serré et l’aile parlementaire détenant la balance du pouvoir ne pourra pas maintenir ce gouvernement minoritaire en place au-delà d’un minimum de respect des principes qui ont toujours guidé le mouvement souverainiste.
Dans l’état actuel du parti, il faut se demander quel est le meilleur chemin à suivre. Une course à la chefferie a l’avantage de faire connaître les candidats et de provoquer des débats qui sont souvent révélateurs en autant que le nombre de candidats puisse le permettre. La visibilité qu’une course donne au parti n’est pas négligeable puisque qu’elle interpelle la population intéressée à discuter du programme des candidats et de leur personnalité. Cependant, une fois la course terminée, il faut se rallier au vainqueur et dans le cas des membres du Parti Québécois, c’est loin d’être évident puisque ce parti est déjà une coalition englobant toutes les tendances de gauche, de droite et de centre avec toutes les nuances possibles et imaginables. Les séquelles d’une course amènent un autre élément de division qui mine la nécessaire discipline de parti. Le temps de colmater les brèches n’est pas là.
L’histoire du parti nous rappelle que les résultats des deux seules courses au leadership ont produit pour la suite des choses deux échecs, soit Pierre-Marc Johnson en 1985 et André Boisclair en 2005. À moins d’un oubli magistral, seules deux personnes peuvent prétendrent avoir ce qu’il faut pour prendre la relève d’André Boisclair soit Gilles Duceppe et Pauline Marois.
Malgré tout le respect qu’on peut avoir pour Gilles Duceppe et de la qualité de son travail à Ottawa, ce serait une erreur qu’il soit couronné chef sans avoir à passer l’étape d’une course au leadership. Gilles Duceppe n’a jamais exercé le pouvoir et n’a jamais eu à faire les nécessaires compromis pour diriger la coalition qu’est le Parti Québécois.
Pauline Marois a, quant à elle, une feuille de route impressionnante depuis 1976, occupant la direction de plusieurs ministères importants. Elle connaît bien le parti et les pièges de ses instances. Ayant participé aux deux seules campagnes à la chefferie du parti, il est compréhensible qu’elle ne veuille pas participer à une troisième course. Elle a certainement gagné ses gallons et son couronnement serait tout aussi bien accepté que celui de Jacques Parizeau en 1987. Pour que son couronnement se fasse dans l’enthousiasme, elle devra cependant promettre que les débats de fond se fassent malgré l’absence de course et elle devra avoir, comme Jacques Parizeau avant elle, L’ATTITUDE d’un chef d’État en devenir, et non celle d’une première ministre provinciale. Le succès de son leadership ne sera assuré que par l’obsession de la raison d’être du parti, soit l’indépendance politique du Québec.
James A. Wilkins

Ex-président du Parti Québécois de Brome-Missisquoi


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