Obama et le défi de l'unité

derrière l'apparence de triomphe se cachent en fait une victoire relativement fragile et des lendemains incertains

Présidentielle étatsunienne


Quelques temps s'étant écoulés depuis la grande victoire historique de Barack Obama, il convient maintenant d'en faire une analyse nuancée. D'abord, il faut rappeler que, malgré le bilan médiocre de Georges Bush, près de la moitié des Américains n'ont pas voté pour Obama, et que le parti démocrate n'a pas obtenu les 60 sièges au Sénat qui lui aurait permis d'imposer ses réformes en étant à l'abri de l'obstruction parlementaire des Républicains. Ayant moi-même parcouru les États clés du nord au cours de la dernière semaine de la campagne électorale, je peux témoigner que cette grande partie de l'Amérique qui n'est pas tombée sous le charme d'Obama représente de larges spectres de la société américaine. Il y a bien sûr la majorité des Blancs, plus particulièrement des WASP (white anglo saxon protestant), mais aussi beaucoup de jeunes familles, d'aînés, de fermiers, de fiers patriotes et de gens des milieux ruraux. De même, si la communauté internationale semble apprécier grandement le nouveau leader du monde libre, il est intéressant de noter que certains pays se sont exprimés avec plus de réserve, qu'on pense à l'Italie ou même au Canada. Nous pouvons conclure de tout cela que derrière l'apparence de triomphe se cachent en fait une victoire relativement fragile et des lendemains incertains.
Dans ce contexte, on peut se demander comment le nouveau président américain pourra rebâtir l'unité des États-Unis et du monde. À mon avis, il devra se montrer toujours aussi inspirant certes, mais désormais sans doute plus conciliant, et ce tant sur la scène intérieure qu'à l'étranger. Concrètement, il devra faire du parti démocrate plus que le bras politique du lobby des minorités, et ce notamment en défendant l'identité nationale américaine. Car même si ce thème a été mis de côté suite aux problèmes économiques, il reviendra à l'ordre du jour avant longtemps, ne serait-ce que parce que les défis entourant l'intégration des millions d'hispanophones demeurent. Et sur la scène internationale, il devra concilier l'impératif de répondre aux besoins tout à fait légitimes de sa base, qu'on pense aux travailleurs favorables à davantage de protectionnisme, et les intérêts de ses alliés. Cela pourrait signifier que l'idée d'une renégociation de l'ALÉNA souhaitée par Obama devrait être abandonnée, ou du moins limitée à l'ajout de clauses protégeant les droits des travailleurs sans entraver le libre-échange, ce qui n'est pas évident.
Bref, il faudra à Obama beaucoup d'agilité pour rebâtir l'unité là où, malgré les apparences, il n'y en a guère pour l'instant. Mais parions qu'il saura le faire, et qu'ainsi il continuera d'inspirer les élus et les citoyens de partout dans le monde.
Guillaume Rousseau

Doctorant en droit à l'Université de Sherbrooke et à l'Université Paris I-Panthéon
Sorbonne

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Guillaume Rousseau33 articles

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L'auteur, qui est candidat au doctorat en droit à l'Université de Sherbrooke, a étudié le droit européen à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV. Actuellement, doctorant à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne





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