Barack Obama : de l’apparence de changement au vrai changement?

Primaires américaines 2008

L’homme pressenti pour devenir le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine, Barack Obama, du fait de sa couleur et de sa jeunesse, personnifie le changement aux yeux des Américains. Cependant, cela ne signifie pas pour autant qu’il peut leur apporter ce changement, car ce dernier dépend moins de l’image du candidat que de ses idées politiques. Or, quelles sont ses idées?
Évidemment, la première idée qu’Obama met de l’avant est son opposition à la guerre en Irak, et ce avec raison. Par contre, ce qui est souvent oublié à ce sujet, c’est qu’à l’époque du déclenchement de cette guerre Obama n’était pas au Sénat américain mais au Sénat de l’Illinois. Par conséquent, rien ne nous dit que sous la pression du microcosme washingtonien il n’aurait pas voté en faveur de cette guerre. De même, ses autres prises de position en matière de défense sont loin d’être rassurantes. À ce sujet, rappelons qu’il s’est dit favorable à l’utilisation d’armes nucléaires pour combattre le terrorisme.
Cette dernière précision est d’ailleurs liée à l’autre grande idée d’Obama, soit la priorité qu’il accorde aux démarches bipartisanes, et donc à la collaboration avec les Républicains. Sur ce point il est toutefois tentant d’approuver Obama, tant il est vrai que la bipolarisation excessive du système politique américain est une source de blocage, notamment en matière d’affaires étrangères où la ratification des traités requiert un vote positif du deux tiers des sénateurs. Mais si cette idée a du bon, en revanche elle risque bien de ne pas être une source de changement. Au contraire, elle signifie qu’Obama cherche à se rapprocher des Républicains et même de certaines politiques de l’administration Bush. Par exemple, en matière de santé, Obama ne s’engage pas à mettre en place un régime d’assurance-maladie vraiment universel qui couvrirait les quelques 45 millions d’Américains qui ne sont pas assurés à l’heure actuelle. Il préfère parler d’aide et d’incitation afin que ces derniers puissent s’assurer convenablement sans que l’État ne s’implique trop car, bien sûr, une telle implication horripilerait les Républicains. Bref, il propose une simple réforme dans la lignée du Medicare et du Medicaid, deux programmes qui existent déjà à l’intention des pauvres et des aînés, plutôt que la véritable révolution que constituerait une assurance universelle.
Et les autres positions d’Obama sur les grands enjeux de la politique intérieure américaine (armes à feu, avortement, etc.) sont du même acabit, soit dans la tradition des démocrates modérés. Par conséquent, l’Amérique qu’Obama promet ressemble à celle de Bill Clinton qui, à son époque, avait réussi à recentrer le Parti démocrate. Cela nous éloigne évidemment du changement tant désiré, mais nous rapproche de l’autre raison qui explique pourquoi Obama est perçu comme l’homme du changement : son adversaire Hillary Clinton. En effet, cette dernière, bien qu’elle apporte aussi une nouveauté du fait qu’elle soit une femme, est l’archétype même de l’establishment de Washington. Il est donc aisé pour Obama de l’associer au statut quo et dès lors se poser en porteur du changement. Pourtant, l’ex première dame a des idées politiques proches de celles d’Obama. C’est donc dire que ce n’est pas de son côté non plus que se trouve la possibilité d’un vrai changement de fond.
Est-ce à dire que les démocrates n’offrent pas une alternative vraiment différente? Non, puisqu’un troisième candidat, John Edwards, proposait des idées nettement plus tranchées. Que ce soit sur l’assurance-maladie, la protection des consommateurs et des travailleurs ou l’assainissement des mœurs politiques, Edwards allait plus loin en tenant un discours de lutte des classes inédit sur la scène américaine. D’ailleurs, cela lui a valu un appui crucial, celui de Ralph Nader, le porte-étendard de la gauche radicale dont le succès à l’élection présidentielle de 2000 avait coûté la victoire aux démocrates. Comment expliquer alors qu’Edwards s’est retiré de la course, faute d’argent et d’appuis? Eh bien c’est essentiellement parce que les médias accordaient plus d’attention à la forme, que ce soit la couleur ou le genre, qu’à la substance… et qu’Edwards avait le malheur d’être un homme blanc. Ironiquement, cela va à l’encontre de ce que prônait Martin Luther King, pour qui les gens devaient être jugés « non pas en fonction de la couleur de leur peau, mais en fonction de leur caractère ».
Espérons qu’Obama se souviendra de cette pensée du célèbre pasteur, et qu’ainsi il n’hésitera pas à se rapprocher des idées d’Edwards et à faire de lui son candidat à la vice-présidence. De cette manière, Obama pourrait l’emporter et offrir aux Américains un vrai changement aux prochaines élections, un changement qui va au-delà des apparences, un changement de fond.
Guillaume Rousseau

Doctorant à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne

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L'auteur, qui est candidat au doctorat en droit à l'Université de Sherbrooke, a étudié le droit européen à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV. Actuellement, doctorant à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne





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