Montréal doit conserver sa bourse

Bourse - Québec inc. vs Toronto inc.



Dans un éditorial paru hier qui traite de l'avenir de la Bourse de Montréal, Jean-Robert Sansfaçon, reconnu pour la grande rigueur de ses écrits, me prête des intentions qui ne sont pas les miennes. Je le remercie de me fournir aujourd'hui l'occasion de préciser ma position quant à l'avenir de la Bourse de Montréal.

Ma première préoccupation dans ce dossier, à titre de ministre des Finances, est d'assurer l'essor du secteur financier à Montréal. Grâce au succès de la Bourse de Montréal, notre métropole s'est taillé une niche très enviable dans le secteur des produits dérivés. Montréal doit poursuivre son développement dans ce créneau incontestablement porteur d'avenir.
D'ailleurs, lors du débat qui a entouré l'entente intervenue en 1999 entre les diverses bourses canadiennes, je me suis prononcée en faveur de l'exclusivité des transactions sur les produits dérivés accordée à la Bourse de Montréal. Il m'apparaissait clair dès lors que le secteur des produits dérivés était promu à une forte expansion qui profiterait grandement à Montréal.
L'entente d'exclusivité prendra fin en mars 2009. Depuis plusieurs mois, la Bourse de Toronto a à maintes reprises signifié son intention d'effectuer un retour dans le négoce des produits dérivés. Cela a donné naissance à plusieurs rumeurs au sujet de l'avenir des bourses canadiennes. Une éventuelle fusion entre les Bourses de Montréal et de Toronto a notamment été largement évoquée.
Dans son éditorial, M. Sansfaçon affirme que je n'interviendrais pas dans le cadre de l'acquisition de la Bourse de Montréal par celle de Toronto. Je n'ai jamais tenu de tels propos.
J'ai dit à plusieurs journalistes lors d'entrevues sur le sujet que je tiens à ce que Montréal conserve sa place boursière et son expertise dans le secteur des produits dérivés. Je crois fermement qu'il faut tabler sur l'énorme potentiel que représente le marché des produits dérivés pour poursuivre le développement de Montréal comme place financière. Par exemple, Montréal se doit de développer un nouveau système canadien d'échanges de droits d'émissions de gaz à effet de serre, communément appelé Bourse du carbone.
Cela étant, le marché des produits dérivés est international et hautement concurrentiel. On doit féliciter la Bourse de Montréal d'avoir déjà conclu des alliances stratégiques avec des partenaires de haut niveau, tels le Chicago Climate Exchange et le New York Mercantile Exchange (NYMEX). D'ailleurs, le 25 juillet dernier, la Bourse de Montréal a annoncé avec le Chicago Climate Exchange le lancement d'ici la fin de l'année d'un contrat à terme lié aux émissions de carbone.
Depuis quelques années, on assiste à un vaste mouvement mondial de consolidation des places boursières dans le but de réduire les coûts de fonctionnement. Par exemple, la bourse paneuropéenne Euronext, elle-même issue de la fusion des parquets de Paris, Bruxelles et Amsterdam, a uni sa destinée au New York Stock Exchange, créant la première plateforme boursière au monde. Pour se développer, la Bourse de Montréal ne peut faire abstraction de ce mouvement mondial de consolidation. À titre de ministre des Finances, je ne peux ainsi rejeter a priori tout scénario d'alliance entre la Bourse de Montréal et d'éventuels partenaires.
Pour être acceptable, tout projet devra assurer la pérennité de l'expertise et des emplois à haute valeur ajoutée de Montréal dans le marché des produits dérivés.
Le gouvernement dont je fais partie a toujours défendu avec fermeté et vigueur les intérêts supérieurs du Québec. Comptez sur moi pour défendre les intérêts du Québec dans le dossier de l'avenir des places boursières.
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Monique Jérôme-Forget, Ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor


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