M. Harper a raison

Québec 2007 - le facteur «Canada»


Où est le scandale?
Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a dit hier à la Chambre des communes qu’il ne négocierait pas de nouveaux arrangements fiscaux avec un gouvernement souverainiste. «Nous sommes toujours prêts à considérer les possibilités, a répondu M. Harper à une question du chef du Bloc québécois, harper-raison.jpgGilles Duceppe. Pour avoir de telles relations fiscales avec les provinces, il est nécessaire d’avoir un gouvernement fédéraliste à Québec et un gouvernement qui respecte les champs de compétence des provinces, ici à Ottawa.»
Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a réagi vivement. Il a accusé M. Harper de se livrer à «un chantage de bas étage», de s’ingérer dans la campagne électorale provinciale et de ne pas respecter la volonté démocratique des Québécois. Sur ces trois points, l’irritation de M. Boisclair est sans fondement.
Commençons par l’ingérence supposée de M. Harper dans la campagne québécoise. Un: si Gilles Duceppe peut mettre toute la machine de son parti, y compris lui-même, au service du Parti québécois, pourquoi serait-il interdit aux autres partis fédéraux de s’impliquer? Deux: de toute façon, M. Harper ne s’est pas ingéré dans la campagne québécoise. Il a répondu, à la Chambre des communes, à une question du chef d’un parti souverainiste au sujet des relations fiscales entre Ottawa et Québec. Ce faisant, il allait nécessairement parler de souveraineté, de fédéralisme et de négociations Québec-Ottawa. Si M. Duceppe préfère que le premier ministre n’aborde pas ces questions d’ici au 26 mars, il n’a qu’à l’interroger sur d’autres sujets.
Du chantage? Le premier ministre du Canada a dit qu’il ne négocierait pas plus loin dans le dossier du déséquilibre fiscal si les Québécois élisent un gouvernement indépendantiste. C’est non seulement une déclaration qui n’a rien de scandaleux, c’est un énoncé qui est plein de sens. Pas plus tard que dimanche dernier, M. Boisclair a soutenu que «la seule façon de régler (le déséquilibre fiscal), c’est de faire la souveraineté du Québec». Comment le gouvernement fédéral pourrait-il croire en sa volonté de négocier pour régler le problème autrement que par l’indépendance.
De plus, le Parti québécois a réitéré dans son programme électoral sa détermination à tenir un référendum sur l’indépendance le plus tôt possible. Pourquoi diable le premier ministre du Canada entreprendrait-il des négociations sur des réformes du fédéralisme avec un gouvernement qui, dès son élection, commencerait à préparer «la naissance du pays»?
Ce matin, M. Boisclair a déclaré qu’au lendemain de son élection, il amorcerait des discussions avec Ottawa sur le déséquilibre fiscal. Pourquoi perdrait-il son temps à faire cela, puisque selon lui le problème est impossible à régler au sein de la fédération et qu’il veut faire du Québec un pays indépendant le plus rapidement possible?
M. Harper mépriserait ainsi la volonté démocratique des Québécois? Pas du tout. Les Québécois ont le choix entre des options constitutionnelles claires. Le Parti libéral propose de continuer dans sa lancée de réformes pragmatiques du fédéralisme, l’ADQ propose de «s’affirmer sans se séparer» et le PQ veut faire la souveraineté. S’ils souhaitent profiter du «fédéralisme d’ouverture» que leur ont promis les conservateurs, les Québécois voteront pour un des deux partis qui partagent ce même souhait. S’ils élisent plutôt un gouvernement «résolu à tenir une consultation populaire sur la souveraineté le plus tôt possible durant son premier mandat», c’est qu’ils préfèrent la tenue d’un référendum à l’approche préconisée par le fédéral, le PLQ et l’ADQ. C’est ainsi que les péquistes interpréteront le vote s’ils sont portés au pouvoir; on voit mal selon quelle logique M. Harper devrait l’interpréter autrement.
M. Harper a raison (suite)
La déclaration de M. Harper sur son refus de négocier le fédéralisme fiscal avec un éventuel gouvernement du Parti québécois continue de faire des vagues, notamment sur ce blogue. Consensus québécois oblige, MM. Charest et Dumont ont sauté dans le train de l’indignation, affirmant tous deux que seuls les Québécois choisiront lundi leur gouvernement. Évidemment! Personne à Ottawa n’a soutenu le contraire.

M. Harper n’a pas dit aux Québécois: «Ne votez pas pour le PQ!» Il a dit comment lui, premier ministre du Canada, traiterait avec un gouvernement souverainiste en matière de relations fédérales-provinciales. Il n’a pas menacé de couper les transferts fédéraux. Il n’a pas dit qu’il n’adresserait pas la parole à un premier ministre péquiste. Il a dit que sur le sujet bien précis de la réforme du fédéralisme fiscal, il ne négocierait pas avec un gouvernement qui, aussi légitime soit-il, ne veut rien savoir du fédéralisme.
Un des commentateurs sur ce blogue, M. Gérard Boudreau, résume bien une opinion répandue: «Ce que M. Pratte est en train de nous dire ici c’est tout simplement que M. Harper n’a pas à respecter le choix de la population québécoise…» Respectueusement, M. Boudreau, ce n’est pas ce que je dis. Je prétends que M. Harper a le droit de dire comment le gouvernement du Canada agira. Ce faisant, il nous invite à être conséquents. Si nous, Québécois, souhaitons que le fédéralisme fonctionne mieux, nous devrions voter pour un des deux partis qui prônent cette option. Par contre, si nous portons au pouvoir un parti qui veut, dès son élection, préparer le terrain à l’indépendance, on ne peut pas du même souffle exiger du fédéral qu’il discute réforme du fédéralisme.
Autrement dit, les Québécois ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre, le fédéralisme d’ouverture et un gouvernement souverainiste.
***
Certains lecteurs ont souligné que ma comparaison entre l’intervention de M. Harper et la participation active de Gilles Duceppe dans la campagne provinciale était boiteuse. Après tout, me dit-on, Gilles Duceppe est québécois, par M. Harper. Et le chef du Bloc n’est pas premier ministre du Canada, fonction qui exige un certain devoir de réserve. Admettons…
Permettez-moi alors cette autre comparaison. Comment les souverainistes peuvent-ils d’une part s’indigner de cette déclaration de Stephen Harper, qui comme premier ministre du Canada est tout de même concerné par la question de la souveraineté du Québec, tout en multipliant depuis des années les voyages à Paris pour quêter l’intervention dans nos affaires des politiciens français?

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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