Les fausses évidences de Pauline Marois

Pauline Marois - entre urgence et prudence

L'arrivée de Pauline Marois à la direction du Parti québécois n'a pas eu l'effet de mobilisation escompté et ne semble pas avoir provoqué de mouvement d'opinion significatif. Ses déclarations d'intention relatives aux nouvelles orientations du parti n'ont pas suscité l'enthousiasme. Elles ont plutôt semé la déception et le désarroi chez bon nombre de souverainistes qui se demandent s'ils ne perdent pas leur temps à militer au Parti québécois.
La nouvelle chef du Parti québécois semble ignorer une des règles de la réussite politique: la fiabilité. Un parti qui renonce à faire la promotion de sa raison d'être ne peut inspirer confiance aux citoyens. En repoussant la souveraineté aux calendes grecques, Mme Marois se privera d'un argument de mobilisation des militants et n'attirera pas de nouveaux électeurs, car ceux-ci préfèrent faire confiance à des partis qui savent ce qu'ils veulent et qui ne jouent pas au yo-yo avec leur option constitutionnelle. Repositionner le PQ au centre est encore plus risqué aujourd'hui qu'en 1985, car la case autonomiste est déjà occupée sur l'échiquier politique.
Les discours de Mme Marois depuis qu'elle a été intronisée ne sont ni très inspirants ni très convaincants parce qu'elle se réfugie derrière de fausses évidences pour justifier ses choix. Sa thèse principale consiste à dire que la contre-performance électorale du Parti québécois est due au fait que ce dernier n'est pas au diapason de l'électorat et que dès lors, pour retrouver ses succès d'antan, il doit se mette à l'écoute de la population, car, dit-elle, «un parti politique qui ne se met pas à l'écoute de la population se condamne inévitablement à la marginalité, voire à la disparition». Cette déclaration mérite d'être discutée pour en apprécier toute la profondeur.
D'abord, que veut dire «être à l'écoute de la population»? Si René Lévesque avait tenu un tel raisonnement en 1968, aurait-il fondé le Parti québécois puisque la population québécoise ne pensait pas comme lui et adhérait massivement au fédéralisme?
On doit aussi se demander qui fait partie de la population? Est-ce que les 28 % d'électeurs du PQ font partie de la population québécoise? Il semble bien que non puisque Mme Marois propose de changer d'orientation en raison de ce résultat décevant. Le Parti québécois devrait donc dans son esprit s'aligner sur ce que pense la majorité. Dès lors, qui établit ce que pense cette majorité? Cela veut-il dire qu'un parti doit être à la remorque des sondages? Si tel est le cas, tous les partis ayant les mêmes informations sur l'opinion publique en arriveront à dire la même chose.
Intérêts dominants
Il faut aussi se demander comment et par qui la pensée de cette majorité est formée. Les idées partagées par la majorité de la population ne sont-elles pas un produit, ne sont-elles pas conditionnées, pour ne pas dire fabriquées, par les intérêts dominants et en particulier par les élites canadiennes qui contrôlent les ressources du gouvernement fédéral ainsi que les principaux médias? Comme le disait Marx, les idées dominantes ne sont que les idées de la classe dominante. Le pouvoir se reproduit en contrôlant les appareils idéologiques que sont l'école, les médias, les institutions culturelles. Les fédéralistes ont bien assimilé cette logique et sont conséquents en utilisant les ressources de l'État canadien pour promouvoir leur cause. Il faudrait peut-être commencer à réfléchir aussi à ces questions pour comprendre l'évolution de l'opinion publique québécoise et son ambivalence sur le plan de la question nationale, au lieu de faire l'autruche et de se draper de la vertu des innocents.
Au lieu de faire des têtes à queue idéologiques, le Parti québécois devrait plutôt réfléchir au rôle que doit jouer un parti qui veut changer le système politique comme c'est le cas d'un parti souverainiste. Comment l'opinion publique pourra-t-elle aller vers la souveraineté si personne n'en parle, n'en discute, n'en fait la promotion, ne l'explique? Comment un parti qui ne donne aucune formation politique à ses membres et qui n'a aucun organe d'expression, non seulement pour participer au débat public mais aussi pour communiquer avec sa base, peut-il espérer faire évoluer «ce que pense la population»?
Il y a une logique irréfutable de la communication politique qui veut qu'une thèse ou une option qui n'occupe pas l'espace public soit vouée à la disparition puisqu'elle n'occupera pas l'esprit du public. C'est ni plus ni moins ce que nous propose Mme Marois.
Le discours de la nouvelle chef du Parti québécois véhicule une autre fausse évidence: à savoir qu'il y aura un référendum quand les Québécois seront prêts et qu'ils en voudront un. On se demande bien comment, en dehors de l'opération du Saint-Esprit, cela pourrait arriver compte tenu de la position attentiste que préconise Mme Marois pour le Parti québécois et de l'acharnement des adversaires de la souveraineté. Mais il faut aller plus loin et lui demander de préciser les modalités qui permettront de déterminer quand le référendum aura lieu. Cela sera-t-il décidé par les maisons de sondage? Faudra-t-il une nouvelle loi référendaire reconnaissant la procédure de l'initiative populaire? Si oui, quel sera le seuil magique enclenchant le référendum? Cinquante pour cent de la population? Faudra-t-il signer un registre? Qui fera le contrôle? Y aura-t-il un registre pour et un contre? On n'est pas sorti de l'auberge. Autant les discussions sur les modalités référendaires ont pu paraître abstraites et déconnectées des besoins de la population, autant les débats engendrés par les modalités de l'initiative populaire nous promettent des soirées acrimonieuses.
Le caractère étriqué de la pensée politique de Pauline Marois est bien illustré par la conclusion de son discours d'intronisation lorsqu'elle a déclaré que «le Parti québécois doit redevenir le parti des Québécois». Qu'est-ce que cela veut dire? Doit-on comprendre qu'elle ambitionne l'unanimité, que tous les Québécois devront se rallier au Parti québécois?
Dans un autre sens, cela implique-t-il que le Parti québécois n'a pas été jusqu'à tout récemment le parti des Québécois et que tous ceux qui ont voté pour lui en 2007 ne sont pas des Québécois ou encore que, pour être Québécois, il ne faut pas croire à la nécessité de la souveraineté? Ce n'est pas avec des phrases creuses comme celle-là qu'on peut espérer restaurer la confiance et mobiliser l'électorat. Lorsqu'on pousse les fausses évidences de Mme Marois à leurs conséquences, on plonge en plein paradoxe, ce qui ne contribue nullement à clarifier les enjeux. Qui peut encore aujourd'hui se laisser éblouir par l'ambiguïté?


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