Les dangers du surf

Québec 2007 - ADQ

La révélation de la présente campagne électorale au Québec est sans contredit l'Action démocratique qui, si elle continue sur sa lancée, influencera de façon déterminante le résultat du scrutin du 26 mars. Les jeux sont loin d'être faits, mais on ne peut exclure aucun scénario, dont celui d'un gouvernement minoritaire. Cette montée inattendue du parti de Mario Dumont suscite autant d'étonnement que d'inquiétude.

De l'Action démocratique, personne ne croyait, voilà un an, qu'elle pourrait jouer le rôle de premier plan qui est le sien aujourd'hui. La défaite de 2003 avait été d'une sévérité implacable et ce parti en était sorti moralement et financièrement abattu. Les cicatrices en sont encore visibles puisque l'ADQ n'a ni les candidats, ni l'organisation, ni les moyens financiers de la dernière campagne. Pourtant, elle occupe une solide troisième place et se rapproche de la deuxième.
La résurrection apparente de ce parti s'explique de plusieurs façons. Tout d'abord, il y a la désaffection d'électeurs péquistes et libéraux insatisfaits soit du leadership d'André Boisclair, soit de la gestion du gouvernement Charest. Pour ces électeurs, l'ADQ apparaît comme une solution de rechange crédible, notamment en raison de la personnalité de son chef, Mario Dumont, perçu comme le plus honnête des chefs des trois principaux partis et comme celui qui est le plus proche des gens. Son image globale est meilleure que celle d'André Boisclair. Ce n'est pas sans raison que le nom officiel de l'ADQ, celui que l'on retrouvera sur les bulletins de vote, est «Action démocratique du Québec/Équipe Mario Dumont».
Le programme dont s'est dotée l'ADQ contribue aussi à lui attirer des appuis. L'esprit est rassembleur. Ont été évacuées pour l'essentiel les politiques néolibérales qui, aux élections de 2003, avaient transformé Mario Dumont en «danger public». Pas question cette fois d'abolir la sécurité d'emploi dans le secteur public ou de faire l'éloge de la privatisation dans tous les secteurs, à commencer par ceux de l'éducation et de la santé. Le programme est conservateur, mais pas trop. Quant à la question nationale, elle est revenue sur l'écran radar adéquiste. On retrouve le Mario Dumont défenseur de l'autonomie du Québec face à Ottawa, celui qui avait quitté le Parti libéral du Québec en 1992, après que celui-ci eut rejeté le rapport Allaire. Ce retour de l'ADQ à ses origines le fera apparaître à une partie de l'électorat comme le parti du juste entre l'option de la souveraineté défendue par André Boisclair et le fédéralisme-renouvelé-mais-qui-ne-se-renouvelle-pas promu par Jean Charest.
Les deux derniers sondages réalisés par Léger Marketing font toutefois état d'un fort taux de volatilité, de telle sorte qu'il est permis de penser que la popularité actuelle de l'ADQ pourrait s'accroître ces prochaines semaines, tout comme elle pourrait chuter. Par exemple, le scénario d'un gouvernement minoritaire, avec l'instabilité qui s'ensuivrait, pourrait lui coûter bien des votes au dernier moment.
La perspective que l'Action démocratique maintienne le niveau d'appui actuel, voire l'augmente d'ici le 26 mars, devrait nous rendre plus exigeants envers ce parti. Pour l'instant, on se doit de constater que Mario Dumont surfe sur sa vague sans faire l'effort d'articuler ses engagements. Un jour il lance l'idée d'abolir les commissions scolaires sans en évaluer l'impact réel pour le lendemain proposer la création d'un poste de protecteur de la jeunesse, égrenant les propositions comme le Petit Poucet les cailloux, le tout sans cadre financier.
De la part d'un tiers parti dont on sait qu'il exercera dans le débat politique une influence marginale, on peut accepter qu'il agisse ainsi. Or ce n'est plus le cas pour l'ADQ, qui à ces élections aspire à quitter ce statut de tiers parti. On ne pourra, par exemple, prendre au sérieux sa promesse de désengorger les urgences si celle-ci n'est pas accompagnée d'un plan d'action. Comme le Parti québécois et le Parti libéral, il lui faut faire ses devoirs. Autrement, personne ne sera dupe.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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