Le Québec de rêve, version PQ

«Un pays apprenant, entreprenant et vert», les grands axes de la plateforme électorale du Parti québécois

Québec 2007 - Analyse



Québec -- Réinvestissement de 2,5 milliards en éducation, création d'au moins quatre fonds (de la réussite scolaire, de l'avenir, vert urbain, national de la culture), remboursement de la dette de 500 millions par année -- d'un milliard dans un Québec souverain --, rehaussement des services de garde éducatifs de 34 millions par année, prestation universelle pour les proches aidants, création d'institutions culturelles, etc.: ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses mesures coûteuses que contenait la version préliminaire de la plateforme électorale du Parti québécois, un document touffu dont Le Devoir a obtenu copie. Un texte qui, sur la façon d'accéder à la souveraineté, reprend pour l'essentiel la méthode Parizeau.


Intitulé «Un pays apprenant, entreprenant et vert», le document fait quelque 60 pages et a été remis le 5 juillet dernier au chef du Parti québécois en bonne et due forme. Depuis, a-t-on commenté au bureau du chef péquiste, «certaines choses ont sauté, d'autres se sont ajoutées». Selon des sources, la plupart des grandes orientations sont demeurées intactes. Les grandes lignes de la dernière version -- laquelle reste à être adoptée par un conseil national le 24 février -- en ont été présentées au caucus de jeudi dernier.
Pour produire la version préliminaire, le bureau de M. Boisclair avait émis une directive au comité de la plateforme, a-t-on appris: «Ne vous occupez pas des contraintes budgétaires. On fera les arbitrages après coup, on révisera le tir.» Au total, une douzaine d'élus (dont Camil Bouchard, François Legault, Richard Legendre et Daniel Turp) et de conseillers politiques (dont Daniel Audet et François Rebello) se sont réunis une quinzaine de fois la session dernière et ont produit ce document décrivant un Québec de rêve.
Éducation
Comme dans les discours du chef André Boisclair, la priorité y est accordée à l'éducation. D'ailleurs, le principal auteur en fut Camil Bouchard, critique parlementaire en ce domaine: «Le pays se fera à coup de connaissances, de recherche, de découvertes. Sa matière première: la matière grise!», peut-on lire dans l'avant-propos. Le document ne précise toutefois pas la politique du PQ en matière de droits de scolarité universitaires.
Chose certaine, le Parti québécois, s'il respectait cette première version, investirait des montants titanesques en éducation. Il s'engagerait à ajouter une heure et demie d'activités scolaires et parascolaires par jour à l'école, offrirait une plus grande diversité de projets éducatifs particuliers dans les écoles non sélectives, créerait un Fonds de la réussite scolaire pour les communautés «à partir du modèle élaboré et validé par le CREPAS au Saguenay-Lac-Saint-Jean». Les enseignants aussi auraient droit à un coup de pouce: l'État assurerait un ratio d'une «ressource spécialisée» par groupe de 10 enfants en difficulté et verrait à multiplier les conseillers pédagogiques et des mentors auprès des profs.
Un gouvernement du PQ travaillerait aussi au niveau des CPE, pour encourager la clientèle des ménages défavorisés à inscrire leurs enfants dans ces centres. Ainsi, on offrirait la gratuité aux enfants dont les parents sont inscrits à l'aide sociale. Dans les écoles de milieux défavorisés, le ratio enseignant/élèves serait considérablement «amélioré», «réduit d'au moins 10 %», et des formules de tutorat serait instaurées auprès de ces milieux, peut-on lire dans le document. Aussi, le PQ «doublerait le taux de diplômes en formation professionnelle chez les jeunes», renforcerait significativement le financement des collèges et des universités et définirait une politique de formation «qualifiante» pour les adultes tout «au long de leur vie».
En somme, un gouvernement Boisclair augmenterait de 1 % de son PIB (soit 2,5 milliards) le budget de l'éducation durant le premier mandat. Pour financer en partie cette augmentation, le gouvernement créerait un autre fonds, le «Fonds de l'avenir», afin de relever le budget de l'éducation, financé par les redevances sur l'eau, ce qui rapporte 500 millions annuellement.
Par ailleurs, dans le domaine de la famille, le PQ promettrait aussi une «loi-cadre sur la conciliation famille-travail-engagement civique», qui permettrait aux travailleuses d'avoir accès à une banque de congés de 12 jours payés annuellement et faciliterait l'accès aux régimes d'épargne-études.
Économie et dette
Le Parti québécois prétend pouvoir hausser le PIB par habitant de tous les Québécois en relançant les investissements des entreprises. Pour ce faire, un gouvernement Boisclair créerait une nouvelle structure, soit le Conseil du développement économique, présidé par le premier ministre. Sorte de sommet socioéconomique qui se tiendrait deux fois par année, il se composerait d'experts et de représentants des grandes institutions économiques du Québec. Sur le plan économique, le document fait état d'une mesure déjà annoncée par André Boisclair ces dernières semaines: un gouvernement péquiste diminuerait graduellement la taxe sur le capital des entreprises afin de l'abolir d'ici 2010. Le PQ tenterait du reste, dans l'esprit du dernier rapport de ses députés surnommés «les mousquetaires», de faire prendre un virage vert à l'économie québécoise. L'État aurait ici un rôle crucial. Un gouvernement péquiste soutiendrait par exemple la création de «grappes industrielles» pour les technologies vertes.
Au pouvoir, le PQ poursuivrait l'objectif de réduire la dette du Québec et le ferait, peut-on lire dans le document, grâce au «règlement du déséquilibre fiscal», lequel permettrait de consacrer pas moins de 500 millions annuellement à la dette. On soutient dans le document qu'un Québec souverain pourrait rembourser encore plus vite la dette: un milliard par année, du moins pour les premières années. «Pour les années subséquentes, un montant supplémentaire, qui dépendra de la croissance économique du Québec, sera accordé au remboursement de la dette.»
Environnement
Le Parti québécois veut non seulement faire l'indépendance politique du Québec, il veut «mettre le cap vers l'indépendance à l'égard du pétrole». Un objectif qui devrait être atteint en 2020, promet-on dans le projet de plateforme. Il propose entre autres d'instaurer un programme de redevance-remise sur l'achat de véhicules légers et de moduler des droits d'immatriculation en fonction de l'efficacité énergétique des véhicules. Pour stimuler les transports dits «collectifs» et concurrencer la voiture, le PQ s'engagerait à offrir un crédit d'impôt de 20 % aux usagers et développerait des projets de tramways à Montréal, Gatineau et Québec. Ainsi, un gouvernement Boisclair ferait en sorte que le Québec respecte la réduction des émissions de gaz à effet de serre de la province de 6 % sous les niveaux de 1990. Quant à la question forestière, un gouvernement péquiste convoquerait un grand «Sommet des forêts» et rehausserait à 12 % la taille globale des aires protégées (le même objectif a été avancé par Québec solidaire).
Culture
En culture, le PQ créerait un autre fonds: le Fonds national de la culture, qui serait financé par une nouvelle taxe sur les entrées au cinéma et aux spectacles, la vente et la location de livres, de disques, etc. L'argent amassé permettrait entre autres d'accroître le soutien aux créateurs. Du reste, le document imagine quelles institutions culturelles seraient créées dans un Québec souverain qui aurait rapatrié les ressources et les activités du ministère du Patrimoine canadien au Québec: «un Orchestre national des jeunes du Québec, un Théâtre national des jeunes du Québec, un Ballet national des jeunes du Québec et un Opéra national des jeunes du Québec». Dans le domaine des médias, les institutions pulluleraient. «Quatre chaînes publiques de radiotélédiffusion: une chaîne générale -- Télé-Québec (TQ) et Radio-Québec (RQ) --, une chaîne dédiée à l'information continue -- Réseau de l'information du Québec (RDI-Québec), RDI-Québec (Télévision) et RDI-Québec (Radio) --, une chaîne consacrée à la culture (Télévision culturelle du Québec (TQC) et Radio culturelle du Québec (RCQ)) et une chaîne interculturelle (Télévision interculturelle du Québec (TIQ) et Radio interculturelle du Québec (RIQ)).»
Parizisme
Sur le plan de l'accession à la souveraineté, le document décrit une démarche s'apparentant à celle qu'avait adoptée Jacques Parizeau en 1995. À la différence que le gouvernement inviterait des observateurs internationaux afin d'éviter la reproduction des «irrégularités commises en 1995». Au reste, le gouvernement Boisclair créerait dans toutes les municipalités et régions du territoire national un «Forum du pays», équivalent des Commissions sur l'avenir du Québec. Après un OUI, le gouvernement ferait adopter une Déclaration de souveraineté du Québec dans un premier temps, promulguerait une constitution et, après une période de négociation, adopterait une «proclamation d'indépendance du Québec».=


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